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Désirs d'Avenir 76

Les 10 mots socialistes de 2008

30 Décembre 2008 Publié dans #Dans la presse

  http://medias.lemonde.fr/mmpub/img//lgo/lemondefr_pet.gif30 décembre 2008

hamon-et-aubry.1230313086.jpgGAUCHE. Pas de doute, c’est le mot-valise de l’année. Evidemment, la crise est passée par là. Le libéralisme, c’est mal. Le socialisme, c’est bien mais le terme est un peu démonétisé ; alors « à gauche toute ». Le mot apparait en majesté dans l’intitulé des quatre  grandes motions. On le voit aussi surgir à 61 reprises dans le texte de la motion Hamon, à 54 dans la motion Aubry, à 37 dans la motion Delanoë et 17 fois dans la motion Royal. Le problème, c’est que derrière celà on ne voit pas – pas encore, en tous cas  – l’imagination au pouvoir mais un catalogue de propositions déjà avancées par le PS (la relance par la consommation, etc…) voire des vieilleries (l’autorisation administrative de licenciement) ou des engagements qui mériteraient, pour le moins, d’être précisés (le blocage des loyers, la réquistion de logements vides, des investissements publics à tout-va). Quitte à faire désordre, disons que flotte comme un léger parfum « vintage » pour ne pas dire un risque de régression intellectuelle derrière ce mot-magique agité à tout bout de champ, de Benoit Hamon à Ségolène Royal, comme une assurance politique tous-risques. 

 A ce propos, et pendant que nous y sommes, évoquons à titre personnel et en guise d’autocritique le “bide journalistique socialiste 2008″: la thèse selon laquelle, cette fois, un congrès socialiste n’allait plus forcément se gagner “à gauche”. Errare humanum est…

LEADERSHIP. La crise de leadership est la maladie socialiste de 2008, bien qu’elle ait été diagnostiquée depuis longtemps. Glissons sur la crise de nerfs démocratique que fut l’élection de la première secrétaire. Remarquons plutôt que l’année où la Constitution de la Véme République célèbre son cinquantenaire, les dirigeants socialistes n’ont toujours pas intégré (enfin, ceux qui n’ont pas de candidat sous la main…) le fait que pour remporter l’élection présidentielle, mère de toutes les élections françaises, il faut un leader légitime, reconnu comme tel et, si possible, respecté. Donc, s’organiser en conséquence. Cette incapacité à poser calmement les enjeux de personnes engendre des innovations lexicales assez spéciales. Tel Bertrand Delanoë évoquant « le dispositif humain » pour qualifier la question de qui installer à la tête du parti. Une expression de DRH annonçant un plan social.

LIBERAL. Le gros-mot socialiste de l’année. On n’ose le répéter, on hésite même à l’écrire. Tonton Bertrand avait pourtant essayé de raconter la belle histoire du Siècle des Lumières à ses camarades. Apparemment, il y en a certains qui ne l’ont pas compris.  

“SANS EXCLUSIVE ET SANS PREALABLE” . La locution socialiste de 2008. Pas une motion, pas un texte, pas une déclaration, pas un rassemblement qui ne doive s’effectuer « sans exclusive » et une candidature se formuler « sans préalable ». Ces précautions de langage sont probablement le reflet du morcellement des sensibilités du PS. Et du fait que, pour cette raison, tous les manœuvriers socialistes marchent sur des œufs.

PETAUDIERE.  En juin, juste après l’annonce de la candidature de Ségolène Royal à la direction du PS, Jean-Christophe Cambadélis, s’insurge.  « Le PS se transforme en pétaudière » lance-t-il. La saillie fait aussitôt réagir les partisans de Ségolène (c’est un peu ce que recherchait « Camba »…). Au-delà de cette polémique, il faut reconnaîre que le terme utilisé par le député de Paris n’est, au fond, pas si mal choisi. Cette parabole de l’année, il peut, en effet, s’appliquer à tout le PS. On s’en convaincra en prenant connaissance de la définition de la pétaudière telle que la propose Le Robert :  « assemblée où, faute de discipline, règnent la confusion et le désordre ».

RECOLEMENT.  Le terme technique de l’année. Devenue célèbre en raison des mutliples contestations apparues lors du deuxième tour de l’élection de la première secrétaire, la “commission de récolement” tire son nom du vocabulaire des huissiers de justice. Issu du latin “recolere” (repasser dans son esprit, examiner) le récolement s’applique aux vérifications des listes de meubles établies dans le cadre d’une saisie-vente. Ah, le romantisme des congrès socialistes…

L’ALLIANCE AVEC LE CENTRE. Depuis les municipales de mars 2008, on pensait que le-refus-de-l’alliance-avec-le-centre était une vaste farce. Il faut croire que non. L’affaire est plus sérieuse. En réalité, la tarte à la crème de 2008 ressemble à une bombe à retardement programmée pour 2010, lors des élections régionales. C’est qu’alors, il faudra bien négocier des alliances (comme aux municipales) avec « ces gens-là »… Et tant pis si la majorité de Martine Aubry, elle-même alliée au MoDem nordiste, s’est bâtie sur le « non au MoDem ». En 1988, au temps de “l’ouverture au centre” menée par François Mitterrand et Michel Rocard, les socialistes faisaient bien moins de chichis.

FRIGIDAIRE :  Voilà l’objet socialiste de l’année. Refermé en septembre par Ségolène Royal qui y avait placé sa candidature – il s’agissait de la condition sine qua non pour obtenir le ralliement des barons Jean-Noël Guérini et Gérard Collomb – le Frigidaire a été prestement ouvert en novembre après que la motion de l’ancienne candidate fut arrivée en tête. Opération menée au terme d’un « blitzkrieg » dont peu (à commencer par MM Peillon, Guérni et Collomb) considéraient Mme Royal capable. Reste que si l’expression a fait un tabac, il faudrait que quelqu’un explique à Ségolène que, dans la vraie vie, personne ne dit plus « Frigidaire » pour désigner un « Frigo »

“LE LOCAL”.  La consolante de l’année. Les Français considèrent que les socialistes ne sont pas à la hauteur pour diriger le pays (ils le confirment avec une régularité d’horloge depuis plus de onze ans) mais, régulièrement, ils leur attribuent, si l’on ose dire, une sorte de prix de camaraderie en plébiscitant les maires et les conseillers généraux estampillées « le poing et la rose ». Or donc, vive le « le local », irremplaçable objet de ressourcement.  L’an 2008, avec son impressionnante moisson de maires, d’élus municipaux, de conseils généraux et de sénateurs socialistes confirme que le PS est un parti à double face. Inaudible et divisé en haut, bien mieux dans sa peau et plus à l’écoute « en bas ». Les journalistes, ces rabat-joie, évoquent aussitôt le risque de voir émerger une SFIO new look.

« CA VA PETER ».  C’est déjà l’oracle de l’année 2009. Même si tous ne croient pas au ressourcement-rédemption du PS dans les conflits sociaux (c’était déjà l’idée de la Gauche socialiste et du NPS), les dirigeants socialistes prévoient un gros temps social et peut-être politique à venir. 

Meilleurs voeux.

Jean-Michel Normand

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