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Désirs d'Avenir 76

Un Président en panne sèche à mi-mandat

26 Janvier 2010 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Actualité

http://www.mediapart.fr/sites/all/themes/mediapart/mediapart/images/mediapart_head.pngGérard Desportes

Nicolas Sarkozy a commencé son show à 20 heures hier soir et quand il l'a terminé, il était plus de 22h15. Tout ce temps, il l'aura passé quasi exclusivement à se justifier. Les titres des journaux sont explicites : « Nicolas Sarkozy défend sa politique » (Le Monde), « Nicolas Sarkozy promet que Proglio se consacrera à  100% à EDF » (Les Echos), « Les Français verront bientôt reculer le chômage » (Le Figaro). Pratiquement aucune annonce digne de ce nom, aucun calendrier susceptible d'indiquer des changements promis.

Ainsi, le Président a à nouveau évoqué une taxe carbone aux frontières de l'Europe. Mais quand ? Des mesures contre l'inactivité des seniors, mais quand ? Des discussions avec la filière du lait pour rééquilibrer au profit des producteurs les marges des intermédiaires, mais quand ? Même ceux qui pensaient que le Président en profiterait pour suggérer aux partenaires sociaux un geste en direction des 600.000 chômeurs qui arriveront en fin de droits cette année en ont été pour leurs frais.

La prestation de Nicolas Sarkozy n'aura donc pas brillé par le nombre ou la précision de mesures nouvelles susceptibles d'inverser le cours des choses en matière de chômage ou de pouvoir d'achat.

 Cette émission a été une véritable co-production entre TF1 et l'Elysée. Non pas que la tâche était facile et que la mise en scène était par trop voyante. Seul le jeu des questions-réponses avec Laurence Ferrari, sans être particulièrement obséquieux, a paru empreint de connivence, notamment à un moment où l'interviewé et l'intervieweuse unirent leurs voix pour dire ensemble que la question sur l'après 2012 et un éventuel second mandat était « incongrue »

Les éléments de langage avaient-ils été rodés? Ce qui est certain, c'est que Nicolas Sarkozy avait bossé ses dossiers et qu'il connaissait par cœur, et les cas des onze Français qu'il avait devant lui, et les chiffres clés sur chacun des dossiers, et les mesures que le gouvernement a mis en œuvre pour apporter des solutions à ces types de situations.

Tout était réglé comme du papier à musique, les éléments d'improvisation, les séquences émotions (confidence au sujet de son malaise de l'été et l'IRM qu'il a subie, rappel de son anniversaire demain) ou les coups de gueule (contre les sportifs qui gagnent trop, la stratégie de Renault qui part à l'étranger...) , les soutiens appuyés aux invités contre les décisions de Jean-Pierre Pernaut qui voulait passer à un autre sujet («Je veux répondre, je ne voudrais pas que Nathalie ait l'impression...»). Le Président voulait montrer qu'il affrontait les problèmes ? Il a fait front. C'était même un peu trop.

L'échantillon choisi par TF1 était en effet particulièrement marqué par la poisse et le malheur, nulle complaisance du côté des Français, pas la moindre trace d'évitement du côté du Président. Les angoisses de Sylvie, la productrice de lait, celles de Nathalie, la jeune chômeuse, les doutes de Martine, l'infirmière, les critiques de Pierre, le syndicaliste CGT, les évidences de Bernadette sur ses fins de mois impossibles, la désolation de Marguerite l'épouse éplorée d'un mari socialement déclassé, les sanglots ravalés de Jean Georges l'artisan courage ... Nicolas Sarkozy a tout pris en pleine face.

Pour les observateurs, notamment pour ceux qui ont disséqué la dizaine de séances de vœux que Nicolas Sarkozy a prodiguées depuis le début du mois, sa performance d'hier est sans comparaison. A l'exception du discours au monde de la culture et de celui à destination des personnels de santé, un mois qu'on voit le chef de l'Etat hésitant sur les mots que ses conseillers lui ont préparés, traînant sa flemme, étirant des tirades improvisées et approximatives. Et hier soir, miracle. Le Sarkozy nouveau est arrivé.

Quelques mensonges certes, quelques vieux trucs éculés de professionnel du spectacle, mais c'est un Président appliqué, documenté et persuasif qui a fait le show hier soir. Sauf à imaginer qu'il disposait d'une oreillette qui lui permettait d'écraser le débat de ses connaissances, avec une batterie de chiffres servie sur chaque dossier, on n'attendait pas Nicolas Sarkozy à ce niveau de performance.

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La tentation protectionniste

Pour le reste, pas grand-chose, pour ne pas dire rien. Si ce n'est en fil rouge, tout au long de l'émission, la tentation du protectionnisme, comme si les frontières de la France devaient constituer le meilleur rempart à tous les problèmes. Sur l'immigration, les délocalisations ou la sous-traitance dans l'automobile, les prix du lait et la concurrence, on a même eu droit au couplet sur l'euro qui a fait augmenter les prix, comme si avec le franc la situation n'aurait pas été encore plus difficile.

Appliquée à toute la production hexagonale, la phrase – «Je n'accepte pas que des voitures vendues en France ne soient pas construites en France» – devenait même un modèle de l'ineptie économique la plus crasse. Cette tendance que l'on retrouve aussi chez François Fillon marque-t-elle un tournant dans l'approche des grands sujets qui vont être abordés ces prochains mois, la réunion de Londres sur l'Afghanistan, les suites de Copenhague et la taxe carbone, les négociations avec les autres Européens sur la PAC? Si l'argument des frontières et du modèle (« C'est ça la République ») peut rassurer, il n'est pas tenable longtemps. Servira-t-il tout au long de cette sortie de crise que le Président veut croire bien réelle ?

Que restera-t-il ? Il faudra d'abord regarder si les téléspectateurs du début étaient aussi ceux de la fin de l'émission pour avoir une première indication. Nicolas Sarkozy est depuis bientôt mille jours à l'Elysée et il n'est pas certain que le projet pour le restant du quinquennat apparaisse plus clairement après la prestation de ce lundi soir. Selon un dernier sondage pour le JDD, 38% des Français étaient satisfaits de l'action du Président. Deux heures d'un habile matraquage suffiront-elles à faire repartir la courbe à la hausse ?

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