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Désirs d'Avenir 76

Sondages : l'Elysée ne parvient pas à lever les interrogations

19 Octobre 2009 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Sondages

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Auditionné à l'Assemblée à propos de sondages commandés par l'Elysée et épinglés par la Cour des Comptes, le directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy a avancé des chiffres aussitôt démentis par Pierre Giacometti et OpinionWay. Le PS réclame une commission d'enquête.

Selon un compte-rendu publié jeudi 15 octobre au soir de l'audition à l'Assemblée du directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, le spécialiste des sondages, Pierre Giacometti, bénéficie d'un contrat de 43.500 euros mensuels avec l'Elysée, et Patrick Buisson d'un contrat de 10.000 euros par mois. Patrick Buisson est un ancien responsable du journal d'extrême-droite Minute, ex-chroniqueur sur LCI, et proche de Nicolas Sarkozy, qui l'a décoré en 2007 de la Légion d'honneur. La Cour des comptes avait publié en juillet dernier un rapport épinglant l'Elysée pour des sondages qu'il avait commandés.
Le montant de ces contrats a été révélé par Christian Frémont, lors de son audition mardi devant la commission des Finances sur le budget de l'Elysée. Si, selon le compte-rendu, Christian Frémont a déclaré que "Pierre Giacometti reçoit une rémunération mensuelle de 43.500 euros", ce dernier a affirmé à l'AFP que ce contrat correspondait à des prestations de sa société "GiacomettiPeron et Associés", auxquelles s'attelait une "demi-douzaine" de salariés.

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Contradictions


"En 2009, notre estimation est que OpinionWay percevrait environ 820.000 euros et Ipsos environ 300.000 euros. Pour 2010, nous avons estimé le montant des sondages à environ 1.300.000 euros", a également dit Christian Frémont, toujours selon le compte-rendu officiel de l'Assemblée.
C'est "plus du double de la somme payée par l'Elysée via Publifact (la société de Patrick Buisson, ndlr), pour les sondages OpinionWay en 2008. Cherchez l'erreur", s'est insurgée la députée PS Delphine Batho sur son blog.
Interrogé par l'AFP, Christian Frémont a déclaré dans la soirée, au risque de se contredire, que "l'Elysée n'a jamais versé un centime pour des sondages à OpininonWay" et que la somme de 820.000 euros évoquée correspondait en réalité à des factures de "Publifact et Publiopinion", sociétés appartenant à Patrick Buisson.
Un peu plus tôt, OpinionWay avait également démenti auprès de l'AFP avoir facturé le moindre euro en sondages à la présidence en 2009, en précisant que "moins du quart de la somme évoquée" avait été facturé "à la société Publifact, prestataire en conseil de la présidence".

"Manque de transparence"


Christian Frémont a indiqué qu'au total, le budget "sondages" de l'Elysée devrait s'élever en 2010 à 1,424 million d'euros (contre 1,631 en 2009 et 3,28 en 2008).
Il a précisé que le contrat de 43.500 euros mensuels de Pierre Giacometti était en "baisse de 21%" depuis mars et que celui de Patrick Buisson ne concernait plus les sondages depuis juillet mais uniquement une activité de "conseil".
Dans le premier audit jamais réalisé sous la Ve République des dépenses de l'Elysée, la Cour des comptes avait fait part en juillet de ses interrogations sur un contrat d'une page signé en juin 2007 pour 1,5 million d'euros par an entre la présidence et le cabinet d'études de Patrick Buisson, lui-même chargé de commander des sondages à OpinionWay.
La présidence a ainsi payé en 2008 pour un "Politoscope" 392.288 euros alors que cette enquête avait aussi été publiée par LCI et Le Figaro et pouvait donc être connue gratuitement. Au total, 15 enquêtes payées sur fonds publics étaient disponibles dans la presse.
La gauche et le Modem voient le mécanisme comme un instrument de manipulation de l'opinion, OpinionWay étant à leurs yeux subventionné pour fournir aux médias des enquêtes aux méthodes discutées - utilisant internet - et laissant penser que la politique gouvernementale a l'appui de l'opinion.
Interrogé sur les pratiques dénoncées par les magistrats, Christian Frémont a affirmé aux députés qu'il y avait "mis fin" et que "cela appartient désormais au passé", reconnaissant au passage que, jusqu'en mars 2009, il y avait "un manque de transparence" dans la collaboration avec Patrick Buisson.

"Gamin pris en faute"

Il a justifié le choix de recourir auparavant à OpinionWay via Publifact sans appel d'offre en affirmant que la technique de sondage par internet de cet institut permettait à l'Elysée d'avoir accès à des "verbatim" contrairement, selon lui, aux autres.

Il a également admis que Patrick Buisson était précédemment rémunéré pour "un travail de conception des questions" et "d'analyse" des sondages.

Christian Frémont a accepté en outre de transmettre à la commission la liste des 15 études payées par l'Elysée et publiées dans des médias, que la Cour des comptes épinglait.

Cette audition confirme "largement tous les soupçons d'irrégularités que nous avions formulés", estime la députée PS, Delphine Batho. "A la manière d'un gamin pris en faute qui veut vite ranger sa chambre, l'Elysée nous annonce donc qu'une grande opération de nettoyage et de remise en ordre des contrats de conseil et de sondages est menée tambour battant à l'Elysée depuis le mois de juillet", écrit-elle. Elle juge que cela "doit inciter les socialistes à aller jusqu'au bout de leur démarche pour obtenir la création d'une commission d'enquête".

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