Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Désirs d'Avenir 76

Sègolène Royal : «Si les socialistes se divisent, ce sera la fin du PS»

8 Octobre 2010 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Ségolène ROYAL

http://plus.lefigaro.fr/sites/default/files/imagecache/Petite/images/avatar-journalistes-defaut.jpg

L'ex-candidate à l'Élysée insiste sur sa volonté d'union. 

Crédits photo : Jean-Christophe MARMARA/Le Figaro

LE FIGARO. - Jugez-vous suffisante la proposition du gouvernement concernant les retraites des mères de famille de trois enfants ?

Ségolène ROYAL. - Non. C'est l'ensemble des injustices qu'il faut corriger. Pourquoi se limiter aux mères de trois enfants ? La taille la plus répandue des familles, c'est un ou deux enfants. Il faut une autre réforme. Faire contribuer les revenus du patrimoine, intégrer la pénibilité. En couplant report de l'âge légal et allongement de la durée de cotisation, le gouvernement impose le recul le plus dur d'Europe. Leur réforme, c'est une taxe sur le travail puisqu'il va falloir travailler plus pour gagner moins.

Mais le FMI valide cette réforme…

Ce n'est pas si simple. Le FMI dit préférer le recul d'âge à la baisse des pensions. Avec cette réforme, on a les deux. Il ne dit pas qu'il faut cumuler le recul de l'âge et l'allongement de la durée de cotisation. Enfin, on attend du FMI qu'il soit aussi dur avec le capital qu'avec le travail. Certes, il a besoin de signaux sur la bonne gestion des fonds publics et sur la lutte contre la dette. Il a raison. La dette française a doublé en cinq ans. Mais le modèle de société, c'est aux Français de le choisir. D'où l'importance du débat démocratique.

Considérez-vous que Nicolas Sarkozy a reculé face aux menaces de grève ?

La réponse n'est pas à la hauteur de la tension sociale. Cette provocation est volontaire pour pouvoir plaider «le courage». Mais là, on atteint un seuil qu'il n'avait pas prévu ! À cette stratégie de tension, j'oppose une volonté de confiance. À cette peur du lendemain, une action de redressement. À la France disloquée, je préfère la France unie.

Le Parlement ne serait pas légitime pour mener le débat ?

Mais si. Et je pense même qu'un bon débat pourrait faire émerger un consensus car quand on explique bien, cette réforme n'est pas tenable. La Sécurité sociale n'est pas la propriété de l'UMP, c'est un acquis de la Résistance, c'est un patrimoine commun. Mais pour la première fois on a l'impression que la roue de l'histoire tourne à l'envers. C'est idéologique : la retraite à 60 ans et à 65 ans est tellement symbolique des acquis de la gauche et du mitterrandisme qu'il faudrait la détruire

Soutenez-vous les appels à la grève reconductible ?

C'est la responsabilité des organisations syndicales. Nous sommes plusieurs à demander un référendum sur cette réforme. Et je crois que, vu l'impasse, les syndicats, en complément à leur action, pourraient appeler avec les partis de gauche au recueil, mardi prochain, des quatre millions de signatures qui obligeraient le pouvoir à consulter le peuple français. Ce serait une formidable mutation démocratique.

Les autres partis de gauche défendent la retraite à taux plein à 60 ans. Le PS accepte l'allongement de la durée de cotisation…

Il ne faut pas être sur une position totalement immobile, les Français ne le comprendraient pas. Et nous refusons l'allongement à 67 ans car le chômage des jeunes va exploser. Enfin, nous faisons cotiser les revenus du capital. Tout se tient.

À propos de la menace terroriste, vous aviez dénoncé une mise en scène de la part du gouvernement. Maintenez-vous ces critiques ?

Bien sûr. D'ailleurs, j'observe que le gouvernement et notamment le ministre de l'Intérieur sont beaucoup plus prudents dans leur communication. Il n'y a plus de mise en scène type visite sous la tour Eiffel avec les caméras pour annoncer des risques terroristes !

Vous ne croyez pas en une menace plus forte ?

Je ne vais pas faire le contraire de ce que je viens de dire, en parlant plus qu'il ne le faut. Je dis qu'il ne faut pas de «dissonance cognitive». Lorsque la menace terroriste est à un pic, on applique le dispositif Vigipirate écarlate. A-t-il été lancé ? Non. Il y a même mieux : quelques jours après cette annonce, il y a eu les Journées du patrimoine avec 12 millions de personnes se rendant dans les lieux les plus fréquentés du pays, y compris à l'Élysée. Il faut être sérieux. J'observe d'ailleurs que François Fillon ne s'est pas laissé aller à la surenchère.

Dans sa gestion du dossier des Roms, Nicolas Sarkozy a-t-il «abîmé» l'image de la France ?

Pas seulement lorsqu'il parle des Roms. C'est un comportement global sur bien d'autres sujets. C'est une arrogance qui n'est plus de mise. Il invente des affirmations d'Angela Merkel qu'elle est obligée de démentir. Cela porte atteinte à l'unité européenne. Toujours la provocation et l'affrontement. Quand on lit la presse internationale, on se dit que la France et les Français méritent beaucoup mieux et il est urgent de rendre à la France le rang qu'elle n'aurait jamais dû perdre. Par ailleurs, l'instrumentalisation des populations immigrées a un effet boomerang. Il ne faut pas croire que les dégâts se cantonnent au champ diplomatique. C'est aussi une atteinte vitale portée à nos entreprises qui se battent pour conquérir des marchés dans les pays émergents.

Vous participez aujourd'hui à une convention du PS. C'est la première fois depuis Reims. Le PS a-t-il changé ?

Oui, car la gravité de la situation et les attentes très fortes des Français nous poussent à être responsables et à repousser les vieux démons de la division. Je ferai tout pour que ce bon état d'esprit dure. C'est la condition de la victoire en 2012, on le sait très bien.

Faut-il changer le calendrier des primaires ?

Il est fixé donc c'est compliqué de le changer. Mais c'est vrai que les choses s'accélèrent : la situation économique et sociale ainsi que la crédibilité du président s'effondrent. Il règne une pagaille indigne au gouvernement soumis au supplice de la goutte d'eau du remaniement et la guerre fait rage à l'UMP tandis qu'une centaine de députés de droite viennent de demander l'abolition du privilège du bouclier fiscal, symbole majeur du sarkozysme ! On comprend l'impatience des Français pour que tout cela cesse et qu'une autre politique, efficace et juste soit conduite. C'est à cela que nous nous préparons.

Pour Laurent Fabius, deux socialistes auraient la carrure de président, Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn…

Évitons les petites phrases qui ont un air de déjà entendu. Ce sont les électeurs des primaires qui diront librement et honnêtement leur vérité. Si jamais les socialistes se divisent à nouveau ou rentrent dans des guerres d'appareil, ils perdront. Et jamais les Français ne leur pardonneront. Ce sera la fin de ce mouvement politique. C'est pour ça que nous mettons, avec Martine, autant d'énergie dans l'union.

Pensez-vous que le PS puisse se rassembler derrière vous ?

Ce sont tous les Français qui le veulent qui viendront voter. Puis tout le PS se rassemblera derrière celui ou celle qui sera choisi. Je n'ai aucun doute là-dessus.

Avez-vous parlé avec DSK ?

Pas en direct car il est à juste titre très respectueux de ses obligations. Mais il est évident que son avis compte.

Par Nicolas Barotte, François-Xavier Bourmaud, Philippe Goulliaud

Partager cet article

Commenter cet article

Legouy Pierre 09/10/2010 09:12



Ce texte est parfait et l'union est essentiel. Mais Fabius, comme en 2007 commence à savonner les planches de certains candidats. On dirait qu'il souhaite le retour de Sarko comme il a favorisé
son arrivée.