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Désirs d'Avenir 76

Ségolène Royal : "Rester en éveil car Nicolas Sarkozy va entrer en campagne"

6 Février 2012 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Actualité

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Avez vous digéré votre élimination au premier tour de la primaire ?

Je vous le confirme : j'ai intégré le fait que je ne serai pas candidate à la présidentielle ! Il est vrai que l'échec était public, et particulièrement violent. Pendant cinq ans, je m'étais préparée, avec des déplacements internationaux, dix-sept universités populaires, le travail dans ma région laboratoire. Cela a été un choc.

Privé du moteur élyséen, la "voiture" Ségolène Royal peut-elle continuer à avancer ?

Oui, parce que c'est la voiture du futur : électrique et à pile à combustible qui se recharge en roulant ! Blague à part, je continue parce je suis portée par un idéal. Je ne reste pas enfermée dans mon obsession présidentielle. Il faut avoir la force d'âme de se dire qu'un échec, c'est l'ouverture d'autres possibles, et s'engager en acceptant de ne plus etre en première ligne en portant l'un d'entre nous à la plus haute fonction.

Vous qui le connaissez bien pour l'avoir affronté en 2007, comment jugez-vous la situation de Nicolas Sarkozy ?

Sur la forme, j'ai trouvé son exercice de communication à l'Elysée assez réussi. On a vu un Sarkozy plutot volontariste, ayant tous les toupets, même celui de proposer des mesures applicables au 1er octobre ! Il est dommage qu'aucun des intervieweurs ne lui aient répondu que c'était après la présidentielle et qu'il était donc candidat... Sur le fond, il y avait un décalage entre l'image et le son. Sa crédibilité s'est totalement effondrée.

Que pensez-vous des derniers dispositifs annoncés par le président de la République ?

On a le sentiment qu'il vient de se rendre compte que son quinquennat est fini. Comme quelqu'un qui arrive à l'heure des examens et qui s'aperçoit qu'il n'a pas utilisé les mois qui précèdent pour réviser, ou un architecte qui fait charrette au dernier moment ! La réalité, c'est qu'en cinq ans de sarkozysme, tout a reculé. Georges Pompidou avait fait des choses sur l'industrie, Valéry Giscard d'Estaing a fait des réformes de société, l'IVG notamment, Jacques Chirac avait une certaine prestance sur la scène internationale... Là, tout s'est dégradé. La France n'a fait que régresser.

Estimez-vous, comme Pierre Moscovici, que Nicolas Sarkozy "ne peut plus battre" François Hollande ?

Ce sera difficile pour lui de redresser la barre et de renverser la tendance. Le rejet est très profond. Du style, des contenus, de l'accumulation des promesses, de la désinvolture... Et ce n'est pas la frénésie actuelle qui devrait y remédier. Nicolas Sarkozy était passé maître dans la maîtrise du timing : il imprimait son agenda, son calendrier. Là, on a le sentiment qu'il a perdu la main sur la gestion du temps. Je ne sais pas s'il a bien fait de retarder sa candidature.

Comment comptez-vous aider M. Hollande ?

Avec loyauté et ardeur comme je le fais depuis l'entre-deux-tours des primaires. En parlant clair, avec pédagogie. Une expression simple et directe. Quand il y a eu un début de dissenssion entre socialistes je me suis exprimée. Forte de mon expérience de candidate. Et ça, c'est important pour aider le candidat. De même, avec les catégories populaires, les cités, j'ai un lien particulier, que je vais mettre au service de la mobilisation. Je regrette que la banlieue abandonnée pendant cinq ans par celui qui avait promis un "plan Marshall" ait disparu de la campagne. C'est quand même incroyable que ce soit les Etats-Unis qui viennent y chercher des talents ! La France doit rassembler toutes ses énergies dont celle des jeunes des quartiers. Mardi je serai à Marseille dans un quartier qui a voté à 95 % socialiste en 2007.

Comment" fonctionnez-vous" avec François Hollande ?

En direct.

Comment jugez-vous la belle unanimité socialiste autour du candidat, dont vous n'aviez pas bénéficié en 2007 ?

Très positivement. Je le dis sans amertume : on se rend compte aujourd'hui à quel point l'unité, c'est puissant. J'aurais bien aimé... D'ailleurs François Hollande, à la première réunion de l'équipe de campagne, l'a rappelé : " Souvenez-vous de ce que Ségolène demandait : dites du bien de la candidate ! "

François Hollande est-il suffisamment fracassant dans ses propositions et prises de position ?

Il a indéniablement franchi une étape au meeting du Bourget. C'était précis, charpenté, la ferveur était là, c'est indéniable. Mais il faut rester en éveil, car Nicolas Sarkozy va entrer en campagne. Il faudra gérer ce moment, dont on ne sait pas ce qu'il va donner. Il peut aussi se passer beaucoup de choses, en politique intérieure ou internationale, qui peuvent déterminer le cours d'une campagne, susciter des propositions nouvelles. C'est encore long, 80 jours. Ce n'est jamais clos.

Pourquoi avoir protesté, après le meeting du Bourget, contre votre effacement politique et personnel ?

Parce qu'on m'a interrogée sinon je n'en aurais pas parlé, par pudeur. Il est vrai que c'était très étonnant. Blessant, même sur le plan personnel et politique. On ne peut pas arrêter l'histoire des campagnes socialistes en 2002. Celle de 2007 avait une dynamique, une femme au deuxième tour pour la première fois, 17 millions de voix, beaucoup d'idées neuves reprises aujourd'hui. Le problème sera réparé, avançons.

Confirmez-vous votre intérêt, si d'aventure la gauche l'emportait, pour la présidence de l'Assemblée nationale ?

Je ne souhaite pas parler de l'après. Là, on est dans le feu de l'action, de la campagne. Même s'il n'est pas anormal que le futur président de la République potentiel réfléchisse à l'organisation des pouvoirs publics. Rien n'est fait, gagnons d'abord la confiance des Français puis mettons nous à leur service...

Propos recueillis par David Revault d'Allonnes et Thomas Wieder

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