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Désirs d'Avenir 76

Ségolène Royal, mitterrandienne sans parti

22 Novembre 2009 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Ségolène ROYAL

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                                             Par 
Stéphane Alliès

Le 16 novembre 2008, le simulacre de Reims a laissé espérer à Ségolène Royal la prise du parti socialiste par-dessus la procédure de congrès. Au terme d'un long feuilleton entaché de fraudes de toutes parts, la candidate défaite de la présidentielle de 2007 échouait finalement à mettre la main sur l'appareil socialiste. Contrairement à son modèle politique François Mitterrand, qui refondait le parti autour de lui à Epinay, après avoir marqué les esprits lors de la présidentielle de 1965.

Un an après le congrès de Reims, Ségolène Royal est sortie de son élévation au-dessus des courants pour remettre (un peu) les mains dans un cambouis interne qui l'a toujours répugnée. A Dijon, le week-end dernier, la rivalité psychodramatique avec Vincent Peillon a livré plusieurs enseignements de la nouvelle stratégie royaliste. Privée peu à peu de lieutenants, la présidente de la région Poitou-Charentes s'est désormais inscrite dans une trajectoire reposant sur les militants et les médias.

La conquête du pouvoir mitterrandienne misait sur le temps, reposait sur une incarnation personnelle, définissait une stratégie d'alliances et s'appuyait sur un parti unifié. Celle de Ségolène Royal emprunte les mêmes ressorts, à l'exception du parti et donc de ses finances. C'est donc en dehors de l'appareil qu'elle est contrainte de mener sa longue marche vers le pouvoir, en misant sur l'audace et le soutien de l'opinion.

De François Mitterrand, qui lui avait mis le pied à l'étrier politique en 1988 après avoir été interpellé en pleine cérémonie protocolaire (la séquence vidéo ici), elle conserve encore aujourd'hui une partie de l'entourage. Jean-Louis Bianco (ancien secrétaire général de l'Elysée) et Dominique Bertinotti (ancienne secrétaire générale de l'institut François-Mitterrand) sont parmi ses derniers relais politiques (aux côtés de la "jeune garde" composée de Guillaume Garot, Delphine Batho et Najat Vallaud-Belkacem). Sophie Bouchet-Petersen (déjà conseillère au cabinet de la présidence) dirige son cabinet au conseil régional. Béatrice Marre (chef de cabinet de Mitterrand en 1988) est d'ailleurs venue renforcer récemment l'équipe Royal.

Problème, son financier Pierre Bergé, grand argentier de la mitterrandie, semble décidé à faire le "service minimum" en termes de subventions d'ici à 2011, acceptant de ne payer à sa protégée que le loyer de ses locaux parisien du boulevard Raspail. Et préfère se tourner ostensiblement vers Vincent Peillon.

Lors de la fête de la Fraternité en septembre à Montpellier (lire notre reportage), Sophie Bouchet-Petersen n'hésitait pas à tisser la métaphore: «Aujourd'hui, Ségolène montre qu'elle est beaucoup moins seule que Mitterrand après l'affaire de l'Observatoire. Pour une traversée du désert, ça reste très peuplé.» Actuellement, Ségolène Royal est en panne de courant mais elle ne manque pas pour autant d'atouts dans son jeu socialiste.

Eviter l'écueil Rocard

Le premier d'entre eux, ainsi que le reconnaissent tous ses opposants au PS, c'est la capacité à réunir sur son seul nom «entre 15 et 20% du parti». Une assise militante non négligeable, encore faut-il ne pas abandonner totalement des militants laissés dans la nature après le congrès de Reims. Absente lors des universités d'été de son courant Espoir à gauche (EAG), elle a cette fois-ci décidé de montrer qu'elle était de retour auprès de ceux qui ne sont plus vraiment siens.

«Elle ne sera jamais chef de courant, elle est la leader», explique désormais son entourage. Pour autant, elle a compris qu'il n'était plus possible d'abandonner la vie interne d'EAG, sous peine de voir ses derniers proches peu à peu écartés de tous mandats électoraux (premier exemple la semaine dernière avec les investitures régionales, et la mise à l'écart de Dominique Bertinotti à Paris – lire notre enquête). 

En se rendant à Dijon, Ségolène Royal démontre qu'elle n'a rien perdu de son culot et de son courage, quitte à faire sortir de ses gonds Vincent Peillon et à mettre en péril sa stratégie en braquant ses potentiels alliés, écologistes ou centristes. Comme si l'important pour elle serait maintenant d'occuper l'espace médiatique coûte que coûte (avec une journaliste de France-Inter, Françoise Degois, en renfort communicationnel), profitant du vide laissé par la direction actuelle du PS, dont l'omniprésence audiovisuelle n'est pas franchement la tasse de thé.

Son bilan régional en bandoulière (la désormais fameuse «politique par la preuve»), Ségolène Royal part à l'assaut de la reconquête en ne comptant que sur elle-même. Avec le risque parfois que la forme vienne brouiller le fond. Comme en septembre dernier, quand elle mobilise Edgar Morin pour s'emparer de sa «politique de civilisation», alors qu'elle refait en même temps le match de Reims. Comme ce week-end, quand son «chèque contraception» se fait submerger par l'officialisation d'une détestation réciproque et un brin infantile, entre elle et Vincent Peillon.

Son objectif est désormais clairement affiché: une réélection au premier tour des prochaines régionales en Poitou-Charentes, au moins avec le meilleur score socialiste, pour recréer les conditions de la vague médiatico-populaire qui l'avait irrésistiblement portée à la tête des socialistes en novembre 2006.

L'écueil pour "l'enfant de Mitterrand" serait alors de devenir le Rocard du congrès de Metz en 1979. Porté un temps par l'opinion mais éternellement minoritaire dans le parti. A la différence que les primaires ouvertes, telles qu'elles sont actuellement et collégialement mises en œuvre à Solférino, n'existaient pas du temps de François Mitterrand et Michel Rocard.


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féminist power 22/11/2009 22:22


Si Madame Royal n'attaque pas pour atteinte à l'intégrité mentale d'une personne publique, je m'y colle et les burnés vont souffrir.