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Mardi 9 mars 2010 2 09 /03 /Mars /2010 09:44

http://www.mediapart.fr/sites/all/themes/mediapart/mediapart/images/mediapart_head.png    09 Mars 2010 Stéphane Alliès

Enquête-bilan sur Royal en sa région (2/3)

060414091018.bsg56d9p0_a.jpg «En fait, dans sa région, Ségolène c'est Sarkozy. Elle est partout et veut décider de tout, elle dit "je" tout le temps, et si on n'est pas avec elle, c'est qu'on est contre». Si le jugement de l'eurodéputé du Grand-Ouest Yannick Jadot est sévère et s'explique par la difficulté d'Europe-Ecologie à se distinguer de la présidente Poitou-Charentes sur le fond, le constat sur la forme n'est pas forcément faux.

Forte d'un bilan qui n'est critiqué qu'à la marge (lire le premier volet de notre enquête), les adversaires de Ségolène Royal concentrent leurs attaques, à droite comme à gauche, sur son mode de gouvernance solitaire et sa volonté affirmée, six ans durant, de concentrer les pouvoirs et la prise de décision.

Serge Morin, qui a été son vice-président (Vert) et désormais l'un de ses concurrents (Europe-Ecologie), reconnaît volontiers que la principale «différence» que sa liste, menée par François Coutant, fait valoir par rapport à celle du PS est celle «du collectif face au perso: si on compare les professions de foi, on trouve une photo de notre tête de liste en dernière page, et des portraits de groupe pour les autres. Pour celle de la liste socialiste, c'est Ségolène partout…»

A la tête de l'exécutif régional, Royal a imprimé la marque d'une gestion façon bulldozer, misant tout sur la réactivité et la prise de décision resserrée, quitte à parfois donner le sentiment de brutaliser les élus qui ne se reconnaîtrait pas dans cette méthode. L'exemple le plus démonstratif de cette incompatibilité de points de vue fut la passe d'arme qui l'opposa en mars 2008 à son premier vice-président, Jean-François Fountaine, un très proche de Lionel Jospin. Motif du désaccord qui s'envenime, le choix par Royal de ne pas augmenter les impôts…

 

 

© France 3

 

«Elle est dans la logique du "qui m'aime me suit", admet l'un de ses fervents soutiens, Françoise Mesnard, vice-présidente à la démocratie participative, elle est parfois abrupte, c'est vrai, mais elle n'agresse que si on l'agresse. Dès lors qu'elle a confiance, elle fait vraiment confiance. Avec Fountaine, elle s'est sentie trahie: à partir du moment où la majorité a suivi Ségolène dans sa volonté de ne pas toucher à la fiscalité, soit il la respecte soit il part. En continuant à s'opposer, il n'a rien fait de tel. Or quand on trahit Ségo, Ségo ne l'oublie pas». Résultat, Fountaine conservera sa première vice-présidence, mais ses délégations (à l'économie) lui seront retirées, et il ne siègera plus à la tribune de l'hémicycle régional. Et Royal enregistrera une nouvelle vidéo pour donner sa version des faits (voir ici).

Si aujourd'hui l'entourage de la présidente minimise l'événement, on assume pour autant un certain particularisme de gestion, réactif et resserré. Désormais député, après avoir siégé durant trois ans aux côtés de Royal, l'ancien maire de Cerizay Jean Grellier raconte «un fonctionnement de ministère, avec un directeur général des services très talentueux et un staff très opérationnel».

Et celui qui se définit «comme n'aimant pas le conflit» raconte le "deal" implicite: «Au niveau des élus, il faut accepter d'entrer dans cette organisation et d'y coller. Quand on sent que l'orientation qu'on défend n'est pas la bonne aux yeux de la présidente, on n'insiste pas. Il ne faut pas espérer mener une action individuelle qui n'entrerait pas dans la politique de la présidence. Il faut aimer bosser à son service, et si tel est le cas, on se régale…».

Au final, on éprouve le sentiment que l'exécutif régional tourne avec une quinzaine de personnes (sans jamais être démenti par nos interlocuteurs), la prise de décision étant concentrée autour de conseillers politiques proches de longue date et pas franchement du cru picto-charentais, plus une demi-douzaine d'élus prêts à se tuer à la tâche. Une «ambiance Club des cinq, où l'on se marre et produit des idées, dans lesquelles Ségolène vient faire son marché» plutôt qu'une «armée mexicaine, où une décision met plus d'un an à être appliquée», selon les termes d'un conseiller de Royal.

Mais c'est un système peu propice au partage du pouvoir. «Sa gouvernance tient à sa volonté d'être réactive et à fonctionner à l'intuition. Ça peut-être difficile parfois de gérer cette réactivité, admet le conseiller régional et maire de Cognac Michel Gourrinchas, mais honnêtement je fais pareil dans ma mairie: si l'on veut être efficace, il faut savoir s'entourer d'un cercle rapproché».

Même discours chez la socialiste Nicole Bonnefoy, qui fut pourtant l'une de ses opposantes internes à la région, où elle était vice-présidente jusqu'à son élection comme sénatrice de la Charente en 2008: «Elle a ses impératifs, ses exigences, son caractère, et il faut dépenser beaucoup d'énergie pour ne pas se laisser bouffer et exister un peu, pousser un coup de gueule quand le cabinet prend trop de place. Au début les élus ont eu peur, j'en faisais partie, car ça partait dans tous les sens. Avec le recul, je me rends compte que l'énergie déployée peut parfois agacer, surtout quand on est une femme, mais cela montre surtout une volonté de faire avancer les choses».

Tout est alors question de rapport de force interne, comme aime à le rappeler les vice-présidents Verts Serge Morin et Marie Legrand, qui estiment avoir réussi leur part du job. «Enormément de décisions se prennent ailleurs qu'à la réunion hebdomadaire de l'exécutif, surtout les décisions à fort pouvoir médiatique. Dans ce domaine, quand l'idée vient d'un autre, c'est tout de suite suspect. Mais si on joue le jeu et qu'on bosse beaucoup, il n'y a pas de problème et on peut même lui tenir tête».

Ce serait presque la base, pour Morin: «il faut savoir ne pas se mettre à genoux et ne pas céder au discours du "tu es la plus belle", mais si on lui résiste et qu'on maintient une conférence de presse alors qu'elle a demandé de l'annuler parce qu'elle ne peut y assister, eh bien finalement elle vous respecte».La suite PDF

Par Yvon GRAIC - Publié dans : Ségolène ROYAL
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