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Désirs d'Avenir 76

Ségolène Royal : "J’ai envie de succéder à François Mitterrand"

8 Janvier 2011 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Ségolène ROYAL

LEMONDE

 

Ségolène Royal, le 14 novembre 2009, à Dijon.

Ségolène Royal, le 14 novembre 2009, à Dijon. AFP/JEFF PACHOUD

A l'exception de François Hollande et de Manuel Valls, la plupart des dirigeants socialistes, conduits par Martine Aubry, devaient se réunir, samedi 8 janvier, à Jarnac (Charente) pour célébrer le quinzième anniversaire de la mort de François Mitterrand. Hôtesse des cérémonies, Ségolène Royal, présidente de la région Poitou-Charentes, revendique avec force l'héritage mitterrandien et répond à ses détracteurs.

Que retenez-vous de l'héritage de François Mitterrand ?

D'abord, l'amour de la France, du peuple français, de son histoire et de sa culture. Il disait : "On ne peut rien faire avec la France si on ne l'aime pas." Il fut sa vie durant un homme de courage dans le combat politique et face aux calomnies. Je retiens aussi l'Européen passionné, et l'artisan inlassable des libertés publiques. Certains saluent le tacticien, mais la tactique politique n'est rien sans la constance des convictions dont il a toujours tenu fermement le cap. Ce qui me paraît remarquable, c'est sa synthèse "jauressienne" entre l'espérance, l'idéal et l'efficacité de l'action concrète pour changer la vie. C'est l'alliance entre son enracinement dans le pays profond et sa vision du monde. C'est la place qu'il a donnée à la France sur la scène internationale et qu'elle a, hélas, perdue depuis.

François Mitterrand reste un modèle pour vous ?

Evidemment. Pendant sept ans à ses côtés à l'Elysée puis dans son gouvernement, ainsi qu'au Parlement, élue avec son soutien dans sa région natale, je n'ai jamais oublié ses engagements. Même quand il était impopulaire, je les revendiquais. Pourquoi d'ailleurs vous cacher que, lors de ma déclaration de candidature aux primaires pour la présidentielle, j'ai pensé à lui. Depuis longtemps, au fond de moi, j'ai envie de succéder à François Mitterrand par amour de la France, du peuple français, de son histoire, de sa culture.

Mais comme je l'ai toujours dit, si quelqu'un d'autre est mieux placé que moi pour que la gauche gagne, je le soutiendrai pour que le vœu de François Mitterrand se réalise. Il écrivait : "Mon œuvre sera accomplie lorsqu'un autre socialiste sera à l'Elysée." A nous socialistes de rester unis pour que ce soit le cas en 2012.

Cela veut-il dire que vous vous désisteriez si Dominique Strauss-Kahn était candidat ?

Si Dominique est le candidat désigné, je mettrai à sa disposition mon expérience d'une campagne présidentielle et tout ce que m'a appris l'action politique quand elle est au service du quotidien des Français, le respect et la confiance des quartiers populaires, et la connaissance des identités territoriales qui structurent notre pays. Je le redis, c'est unis que nous gagnerons.

Martine Aubry, première secrétaire du PS, n'est-elle pas la "candidate naturelle" ?

Les règles du Parti ne prévoient pas cette automaticité, ce serait d'ailleurs contraire à la décision d'organiser les primaires. Mais cela ne change en rien le respect que chacun éprouve pour les efforts et les résultats de Martine à la tête du parti, et sa liberté d'être candidate aux primaires si elle le souhaite.

Avez-vous une revanche à prendre ? Je n'ai aucune revanche à prendre, je regarde vers l'avenir. Je m'engage par conviction, parce que j'aime la France et les Français et que je pense pouvoir contribuer à la victoire de la gauche et au-delà de la gauche, de l'extrême gauche aux centristes humanistes en passant par les écologistes, de tous ceux qui veulent que ça change. Vous savez, François Mitterrand a dû traverser les échecs, subir beaucoup d'épreuves et en apprendre les leçons avant de rencontrer l'adhésion du peuple français.

J'ai proposé ma candidature aux primaires, c'est le peuple français qui viendra voter qui en décidera. Si je suis désignée, je rassemblerai et nous nous battrons pour gagner; si je ne suis pas désignée, je n'en nourrirai ni amertume ni regret puisque, de toute façon, il faudra s'engager pour que l'équipe gagne.

Qu'est-ce qui différencie la Ségolène Royal de 2007 de celle de 2012 ?

J'ai beaucoup travaillé à la fois à l'international et en local. Dans ma région, je suis passée à la mise en application de mes propositions politiques. Quand certains proposent des modèles alternatifs à l'économie traditionnelle, la croissance verte, la sécurité sociale professionnelle, l'aide à l'accès au crédit bancaire, la bataille pour l'emploi des jeunes, tout cela, nous le faisons. C'est la politique par la preuve.

Je sais que certaines élites lèvent les yeux au ciel dès que je parle de ma région, mais qu'y a-t-il d'autre comme preuve politique que l'action concrète et efficace, sans augmenter les impôts ? J'accorde autant d'importance à mon action régionale qu'à la prise en compte de ce qui se passe au plan mondial, car les deux sont liés.

Enfin, je me suis occupée de mon association Désirs d'avenir, qui a organisé un travail intellectuel considérable avec les universités populaires participatives et j'ai entamé un tour de France pour porter, le moment venu, la parole de ceux qui ne l'ont pas.

Vos adversaires vous font toujours un procès en crédibilité !

Aujourd'hui, je suis bien plus aguerrie. La crédibilité, c'est d'abord savoir se faire élire parce que l'on arrive à convaincre. La crédibilité, c'est aussi un parcours. Faut-il rappeler que j'ai été pendant sept ans conseillère auprès de François Mitterrand à l'Elysée, trois fois ministre, quatre fois parlementaire? Avant cela, élève boursière, j'ai réussi des concours difficiles grâce à l'école de la République. J'ai conquis une région que l'on disait imprenable, sur la droite, dans laquelle je viens d'être réélue à plus de 60 % des voix. Les citoyens qui me voient travailler savent que mon engagement est total et que c'est un bonheur d'agir et d'améliorer la vie des Français. Rien ne m'a été donné. J'ai toujours essayé de mériter ce qui m'arrivait et d'en être à la hauteur.

François Mitterrand avait parfaitement intégré la logique de la présidentialisation du régime. Le parti a-t-il fait le même chemin ?

Pas totalement. Le PS est toujours prisonnier du collectif et de la bataille des ego, chacun se demandant "pourquoi ce serait l'autre et pas moi?" Mais je suis optimiste puisque la dynamique des primaires va permettre un choix que tout le monde devra accepter avec discipline – un mot qui devra bien un jour faire partie du vocabulaire socialiste ! Le foisonnement du débat d'idées nourrit la démocratie et permettra aux Français de choisir, en toute connaissance de cause, le candidat ou la candidate. Et ceux qui à droite se moquent de ces débats et des primaires ne sont pas les mieux placés puisqu'à l'UMP le chef du parti est désigné à l'Elysée, et que les militants n'ont pas leur mot à dire!

En 2007, vous aviez incarné, comme Nicolas Sarkozy, une forme de rupture. Que voulez-vous incarner aujourd'hui ?

Une France qui retrouve optimisme et fierté par la confiance. Or c'est la justice qui donne la confiance, car dans une situation très difficile, comme celle que nous traversons, l'injuste répartition des efforts sape la confiance dans l'action politique. Le thème de notre combat présidentiel de 2007 reste totalement d'actualité:[ITAL] "Plus juste, la France sera plus forte."[/ITAL] Aujourd'hui, c'est l'injustice qui affaiblit la France. Nous sommes dirigés, comme le disait déjà François Mitterrand, par "un clan" qui s'occupe de lui-même, de ses proches, de ses réseaux. Beaucoup d'acquis ont été cassés sans raison – retraite, éducation, santé, etc. – provoquant beaucoup d'angoisses. Nous devrons à la fois réparer et construire l'avenir de façon crédible en incarnant une nouvelle espérance.

Est-ce suffisant pour remonter le moral des Français ?

Je vois bien que la dureté de la crise débouche sur la dénonciation de l'impuissance politique et sur l'interdiction de rêver un avenir meilleur. Mais "on gouverne un pays par le souffle, pas seulement par le raisonnement", écrivait François Mitterrand. La question de la promesse politique doit être totalement repensée.

Craignez-vous la percée du Front national et la montée du populisme, à gauche comme à droite ?

Bien sûr, et si on ne le combat pas, le Front national sera plus haut qu'on ne le dit dans les sondages. Pour des raisons très simples: ils ont une candidate et un programme et ils vont prospérer sur la paupérisation des Français, la trahison des promesses et le rejet des politiques. Ainsi que sur les dysfonctionnements de l'Europe. Nous avons un vrai combat à conduire vers l'électorat populaire. J'oppose au simplisme des replis identitaires, source de violence, la volonté de reconstruire une communauté nationale de travail, de dialogue et de création. Elle sera ouverte, sans peur mais sans naïveté sur un modèle en mouvement où la France, dans l'Europe, doit retrouver une parole qui porte et surtout qui passe aux actes.

Le PS est-il à l'abri d'un nouveau 21 avril ?

Non, rien n'est acquis. Il y a toujours un risque d'être absent du second tour de la présidentielle. C'est pour ça qu'il ne faut pas tarder sur l'avenir meilleur que l'on sera capable de construire pour et avec les catégories populaires.

Propos recueillis par Sophie Landrin et Olivier Schmitt

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