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Désirs d'Avenir 76

Ségolène Royal, grain de sable de la primaire socialiste.

3 Septembre 2011 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Ségolène ROYAL

Par Carl Meeus

Aubry fait du Royal pour lui prendre ses voix

Ségolène Royal entourée de Martine Aubry, Lionel Jospin, Harlem Désir et François Hollande le week-end dernier à La Rochelle. (Kerstin Joensson/AP/SIPA) (Kerstin Joensson/AP/SIPA)

La présidente de la Région Poitou-Charentes rêve de créer la surprise à la primaire du PS et de bousculer le duel annoncé entre Hollande et Aubry.

«Je serai en tête à l'issue du premier tour de la primaire.» Le week-end dernier, à l'université d'été de La Rochelle, Ségolène Royal se voulait affirmative et sûre d'elle-même. Loin d'être désarçonnée par les mauvais sondages qui ne cessent de la situer en troisième position, largement derrière François Hollande et Martine Aubry, la présidente du conseil régional de Poitou-Charentes affiche au contraire sa confiance et sa détermination.

Ségolène Royal peut-elle créer la surprise? Dans son camp, on veut y croire. Après tout, ne l'a-t-elle pas déjà fait en 2008 lors du fameux congrès de Reims? A cette époque, les premiers sondages ne la plaçaient pas du tout en position favorable. Le 28 septembre de la même année, une étude de l'Institut Ifop concluait, par exemple, que seulement 18 % des personnes interrogées souhaitaient que Ségolène Royal soit désignée première secrétaire du PS. Loin derrière Martine Aubry (22 %) et Bertrand Delanoë (44 %), l'homme qui faisait à ce moment-là figure de favori. La suite a montré qu'il fallait être prudent: lors du vote des motions au congrès, Ségolène Royal est arrivée en tête (29 % des voix contre 25 % à Delanoë et 24 % à Aubry).

Moins de quinze jours plus tard, elle accentue même son avance au premier tour du vote des militants pour désigner la future première secrétaire. Elle est en tête avec près de 43 % des voix, devant Martine Aubry (34,5 %) et Benoît Hamon (22,6 %). Et au second tour, alors que les spécialistes du PS prédisaient un excellent report des voix de Hamon sur Aubry, Royal arrive presque à 50 %, peut-être davantage s'il n'y avait eu quelques arrangements avec la démocratie dans certaines fédérations du PS !

C'est cet exploit que rêve de réaliser de nouveau Ségolène Royal les 9 et 16 octobre, jours des deux tours de la primaire. Et même si elle n'arrive pas à décrocher l'une des deux premières places qualificatives pour le second tour, elle sait que son score lui permettra de jouer les arbitres de la primaire. Elle a compris depuis longtemps qu'elle détenait les clés de ce scrutin. Martine Aubry et François Hollande également, qui veillent à ne pas l'attaquer frontalement. «On la ménage», confirme un lieutenant de l'ancienne première secrétaire. Depuis quelque temps, les deux femmes ont d'ailleurs des intérêts communs. Numéro deux derrière Hollande dans les sondages, Martine Aubry doit bousculer le favori, le débusquer, le pousser à la faute. D'où sa volonté désormais d'avoir de vrais débats entre candidats alors que jusqu'ici, Martine Aubry était plutôt sur la ligne de François Hollande. «Ils étaient tous dans l'esquive permanente. Il a fallu se battre pour obtenir les débats, concède un proche de Ségolène Royal. On les a obtenus quand Martine Aubry a vu que c'était aussi dans son intérêt.»

Favori des sondages, François Hollande veille également à ne pas attaquer son ancienne compagne. Il a les yeux rivés sur le second tour et l'après-primaire, quand il faudra panser les plaies, atténuer les cicatrices, réconcilier les socialistes. C'est la raison pour laquelle le président du conseil général de Corrèze s'en tire par une pirouette - «Ségolène Royal a toujours raison, vous le savez bien»-, quand il lui faut répondre aux attaques de son homologue du conseil régional de Poitou- Charentes, qui note que le département qu'il préside est l'un des plus endettés de France ! Priorité n° 1: désamorcer toute possibilité de conflit avec celle qui aura dans sa main le sort du vainqueur de la primaire.

En réalité, ses rivaux ne croient pas une seconde à la possibilité d'une percée de Royal. L'hypothèse les fait même sourire. «Elle a des voix, bien sûr, concède un allié de Martine Aubry. Mais ce sont des gens qui ne se déplaceront pas pour aller voter, les jeunes et les gens issus des milieux populaires.» Chez François Hollande, on fait le compte de tous ceux qui ont quitté le pavillon Royal pour rejoindre le sien. Depuis les élus (Vincent Peillon, Gérard Collomb, François Rebsamen...) jusqu'à ceux qui officiaient dans l'équipe de la campagne présidentielle. Ils sont persuadés que l'hémorragie est trop forte pour que la candidate puisse s'en remettre.

A l'inverse, Ségolène Royal est convaincue qu'elle peut rééditer le coup de 2006, quand elle décrocha l'investiture du PS pour la présidentielle de 2007 au nez et à la barbe des éléphants. Au fond, elle est dans le même état d'esprit que le maréchal Foch lors de la bataille de la Marne en 1914: «Mon centre cède, ma droite recule. Situation excellente, j'attaque!» Et Ségolène Royal ne s'en prive pas, insistant sur les augmentations d'impôts de la communauté urbaine de Lille ! «Elle a les idées claires, elle sait ce qu'elle veut pour le pays», explique son bras droit, le député de la Mayenne Guillaume Garot. Tous les mois, elle réunit ses experts au sein des «universités populaires participatives». Un travail qui lui permet d'avancer ses idées, toujours iconoclastes, mais qui tranchent avec les propositions plus classiques de ses principaux concurrents. Elle compte d'ailleurs sur les débats télévisés pour afficher ses idées et obliger ses rivaux à se positionner par rapport à elle. Reprendre la recette de 2006 qui avait si bien fonctionné, tout en s'appuyant sur son expérience à la tête d'une collectivité locale. «La Ségolène Royal de 2011 n'est plus la même que celle de 2006, assure un de ses proches. Elle a gagné en densité, en surface politique.»

Aubry fait du Royal pour lui prendre ses voix

Peut-être, mais elle est toujours à la traîne dans les enquêtes de popularité par rapport à Hollande ou Aubry. «Elle est, parmi les politiques, celle qui suscite le plus fort rejet chez les électeurs», constate un observateur de la vie politique. Malgré ce constat, Ségolène Royal veut y croire et mise sur la force de son réseau militant. S'il a perdu de sa vigueur depuis quelques années, ce noyau dur d'aficionados reste son principal atout. Ses concurrents savent bien qu'ils ne peuvent rivaliser avec elle sur ce terrain et elle compte bien le prouver le 10 septembre, à Montreuil, en organisant un grand rassemblement, la fête de la République, destiné à montrer ses muscles. Copiant la campagne d'Obama pendant la primaire américaine, les équipes de Royal parient sur le réseau de correspondants locaux de Ségolène chargés d'aller faire du porte-à-porte, en province comme en banlieue, terre électorale où elle est persuadée d'être la seule à pouvoir mobiliser. Si le scrutin d'octobre reste confiné aux militants socialistes, ses chances sont minces. Si elle arrive à récupérer une partie de ceux qui ont voté pour elle en 2007 (17 millions de voix), elle pourra surprendre.

Ses adversaires n'ont pas la même capacité de mobilisation et savent que les soutiens de Royal forment le dernier carré de ses fidèles, prêts à la suivre jusqu'au bout. Le début de la campagne de la primaire montre qu'ils savent utiliser d'autres armes. En décidant d'aller lundi dernier à Marseille parler des enjeux de la sécurité, un thème de prédilection de Nicolas Sarkozy, le jour de la venue du ministre de l'Intérieur Claude Guéant dans la cité phocéenne, Martine Aubry a fait du Royal. «On veut lui siphonner ses voix», décrypte un partisan de la maire de Lille, qui a compris qu'il valait mieux puiser dans ce réservoir avant le soir du premier tour pour s'assurer une présence au second.

Car en face, Royal mise sur l'effondrement dans les sondages d'un des deux favoris pour prendre la deuxième place et relancer la partie. Alors commencera pour elle la vraie bataille. Celle qu'elle attend depuis 2007. Celle qui lui permettra, espère-t-elle, de prendre deux revanches : contre les dirigeants socialistes qui n'ont eu de cesse de l'écarter, et celle contre Nicolas Sarkozy.

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