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Désirs d'Avenir 76

Ségolène Royal brille avec son alliance «arc-en-ciel»

22 Mars 2010 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Ségolène ROYAL

         http://www.mediapart.fr/sites/all/themes/mediapart/mediapart/images/mediapart_head.png       Mathilde Mathieu

«C'est le jackpot!» Dimanche soir, à Poitiers, les militants socialistes pouvaient crâner: réélue présidente de Poitou-Charentes avec 60,6% des suffrages, sur une liste commune avec Europe-Ecologie, Ségolène Royal a décroché le deuxième score de la métropole (derrière Martin Malvy en Midi-Pyrénées). Tandis que l'intéressée saluait vers 20h00 un «résultat magnifique» (face au secrétaire d'Etat Dominique Bussereau), ses partisans se passaient le mot dans toute la salle: «Elle a obtenu 6 points de plus qu'en 2004!» (mais avec un adversaire en moins, le FN).

Ségolène Royal avant son discours de victoire à Poitiers© M.M.

Ségolène Royal avant son discours de victoire à Poitiers

 «Depuis 2007, c'était sa première confrontation avec le suffrage universel, rappelaient surtout ses conseillers. Alors on savoure!» Après trois années sans baromètre, «tout est validé par les urnes», selon eux: «sa politique, sa stratégie, sa personne.»

Dans la salle, Karima Mendes, supportrice de Ségolène Royal venue de Lyon applaudir sa championne, a bu du petit lait toute la soirée, entre le maire fabiusien de Poitiers et les membres strauss-kahniens du MJS local (les Jeunes socialistes). Pour cette adhérente de Désirs d'avenir (l'association des «royalistes»), «cette victoire offre un tremplin vers les primaires», bientôt organisées par le PS pour désigner son candidat à la présidentielle de 2012.

«Pour ne pas se brûler les ailes, Ségolène s'était concentrée depuis deux ans sur son laboratoire régional, glissait aussi une conseillère tout juste réélue, Madeleine Ngombet. J'aimerais que ce résultat lui serve maintenant au plan national...» Un peu plus loin, Gérard Minault, secrétaire de section dans la Vienne, se préoccupait déjà de «l'honnêteté» des futures primaires, concoctées par Solférino...

Dans l'entourage de la présidente, cependant, on a évité toute la soirée d'évoquer la prochaine bataille: «C'est trop tôt! Y a pas le feu au lac...». Sans rire, on répondait: «La suite, c'est les cantonales...» Même le mot «tremplin» avait été banni du vocabulaire, «vu que Ségolène Royal a toujours été dans le film ...» Simplement, «tous ceux qui voulaient sa peau vont devoir compter de nouveau avec elle...»

Dans la foule, le député et maire de Poitiers, Alain Claeys, fabiusien pur jus, se félicitait ainsi du succès de sa «camarade»... tout en s'employant à le remettre à sa place.*

Aubry jamais citée

Dans un discours de 15 minutes (que les Parisiens n'auront pas entendu rue de Solférino, le son ayant été coupé), l'ancienne candidate à la présidentielle s'est réjouie de la «déroute» de la droite et de la «belle victoire des présidents de région de gauche», en prenant soin de ne jamais citer Martine Aubry, première secrétaire du PS.

Très offensive sur la question sociale, Ségolène Royal a vanté sa «morale de l'action», en comparant les secours apportés -par la région d'un côté, par l'Etat de l'autre- aux ouvriers d'Heuliez et aux victimes de la tempête Xinthia. «Pourquoi le gouvernement, qui vient de lancer les états généraux de l'industrie, ne trouve-t-il pas 20 millions pour la voiture électrique du futur, alors que la région a apporté 5 millions et que des milliards sont déversés (par Bercy) sur les banques, a-t-elle lancé. Quant aux aides aux sinistrés, celles de l'Etat ne sont «toujours pas arrivées», contrairement à celles des collectivités. Et Ségolène Royal de s'indigner du coût «des déplacements en hélicoptère et jets privés» de Nicolas Sarkozy et de ses ministres au lendemain des intempéries*

C'était, au fond, le message de la soirée: elle, à la tête de la région, est passée à l'action. Et cette fameuse «politique par la preuve» est désormais censée moucher tous ses adversaires, une bonne fois pour toutes...

Enfin,  l'équipe de la présidente a vu dans cette large victoire une «validation de l'arc-en-ciel», ce vaste rassemblement opéré dès le premier tour entre les socialistes et les radicaux de gauche, mais aussi quelques Verts (illico exclus de leur parti), des représentants du «mouvement ouvrier» local (dont un syndicaliste revendiquant des votes NPA) et des adhérents du Modem «humanistes» (dont le leader de la fédération de Charente-Maritime) -«tous en position éligible!».

En janvier, Cécile Duflot (patronne des Verts) et François Bayrou en étaient tombés de leur chaise, dénonçant des «débauchages». «Ca n'était pas de la prédation, explique l'entourage de Ségolène Royal. Mais un dépassement du PS et des appareils!» (comme l'ancienne candidate à la présidentielle l'avait théorisé en septembre dernier, lors de sa Fête de la fraternité à Montpellier).

Pour ses proches, «cet arc-en-ciel ringardise les vieux débats socialistes, où les uns affirmaient: "Les alliances c'est à gauche!", et les autres (les strauss-kahniens de la préhistoire) disaient: "C'est au centre!" Le modèle politique de Ségolène Royal montre aujourd'hui qu'il peut fonctionner ici, et ailleurs.» Au Congrès de Reims (en novembre 2008), la poitevine avait déjà «clivé» sur la question des accords avec le Modem, brusquant l'appareil PS. Elle estime désormais avoir démontré, dans les urnes, l'efficacité de son modèle...

Interrogé sur ces places accordées à des militants centristes, le fabiusien Alain Claeys en relativisait, pour sa part, l'intérêt.*

«Cette alliance inédite du premier tour a créé toute la dynamique, insistait de son côté Georges Stupar, l'un des 3 écologistes rallié à Ségolène Royal dès le 14 mars (en infraction avec la règle d'autonomie fixée à ce stade-là par les Verts). Si Europe Ecologie était parti d'emblée avec nous, on aurait un bilan électoral encore meilleur!» Pendant ce temps, chez Europe Ecologie, on se livrait à l'analyse exactement inverse: c'est la présence d'une liste écolo au premier tour qui a permis de ratisser large au second...

 La bataille d'interprétation (ou l'exégèse) du score de Ségolène Royal est lancée.

*(ndlr) les enregistrements sonores n'ont pu être reproduits

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