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Désirs d'Avenir 76

Sarkozy®, cette marque qui ne fait plus voter, ni à droite, ni tout court ...

17 Mars 2010 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Débat

http://www.marianne2.fr/photo/titre_1160408.jpg   Jean-Louis Denier

Jean-Louis Denier associe l'échec de la droite au premier tour des régionales à celui de Nicolas Sarkozy. Mais le Président/candidat n'a pas dit son dernier mot et il saura se relever pour la campagne de 2012...qui débutera dès la fin des régionales.

(dessin : Louison)

Jadis un atout, Nicolas Sarkozy apparaît aujourd’hui comme un boulet. Et pour les siens qu’il fait perdre. Et pour la République dont il affaiblit le fonctionnement démocratique à coup de taux d’abstention record.

Deux choses d’entrée quant à ces élections régionales : d’abord, remarquer que l’UMP vient tout simplement de se prendre une tôle - pronostic établi, au mot près, voilà quelques semaines par Luc Ferry sur le site du Figaro, ce qui tend à prouver que la pratique de la philosophie dans les salons n’empêche pas la manifestation intermittente d’éclairs de lucidité – ensuite souligner que le taux d’abstention record des deux tours de 53 % en moyenne équivaut quasiment à une crise de régime avant l’heure, ce sur quoi nous reviendrons.

Pour le reste, il convient d’oublier le catéchisme « officiel » présentant les élections régionales, ou comme un scrutin local sans portée nationale, ou comme peu révélatrices de la sociologie des votes considérant le fait que la région serait une collectivité locale dont la destinée n’intéresserait pas les Français ... tiens donc !

Abstention et débâcle à Droite pour une unique raison : UMP = Sarkozy

La vérité des chiffres est toute autre et surtout très simple à comprendre ... ces élections régionales 2010 ont, en tout premier lieu, pris l’allure d’un référendum anti-Sarkozy. En voyant le sigle et les candidat(e)s « UMP », électrices et électeurs ont systématiquement vu le visage de Nicolas Sarkozy, souvent exécré par d’aucuns ... .

Précisons toutefois que ce référendum, en négatif, ne concerne que les suffrages valablement exprimés.

La remarque n’est pas anodine car l’autre enseignement de ce scrutin concerne l’abstention -  et les bulletins nuls ou blancs – cumul qui traduit, et comme jamais, un geste de défiance à l’endroit de la classe politique toute entière.

Quoiqu’il en soit, et dans chacun de ces cas, la responsabilité du Chef de l’Etat est immense.

Quelle est-elle ? Pourquoi et comment est-il à l’origine de ce désaveu qui finit par concerner le « politique » dans son entier ?

On peut discerner quatre facteurs tenant à l’exercice du pouvoir par et selon Nicolas Sarkozy.

Premier facteur : son attitude partisane - Jamais Président de la République n’est autant apparu, aux yeux de l’opinion publique, comme un chef de parti – voire de clan si ce n’est de faction – et non comme le représentant et le garant de l’unité nationale. Aussi, à force de voir Nicolas Sarkozy gouverner pour le plus grand profit du plus petit nombre, l’électeur « moyen », celui pour qui la vie est de plus en plus dure, finit par refuser de voter UMP, même s’il penche à Droite, sachant qu’il vote MEDEF ou CAC 40 ... .

Second facteur : sa pratique autocratique du pouvoir – Hyper Président ? Peut-être... Mais surtout autocrate jaloux qui concentre tout et ramène tout à lui (ou à son staff) si bien que le gouvernement, Premier Ministre en tête, n’existe tout simplement plus. Par conséquent, et alors que les résultats ne sont pas au rendez-vous, celui qui s’arroge et décide de tout devient le responsable de tout, aux yeux des Français, notamment de tout ce qui ne va pas et, sur ce point, la liste s’allonge jour après jour ... .
 
Troisième facteur : sa politique économique et sociale – Il avait annoncé, et pour le plus grand nombre, la juste rémunération des efforts consacrés au travail et les Français n’ont jamais rien vu venir et tomber dans leur escarcelle. Et, de ce côté-là, la crise due aux « subprimes » n’est pas une excuse. Avec Nicolas Sarkozy au pouvoir, les Français ne sont pas devenus plus riches ou, restons réalistes, moins pauvres, ils empruntent désormais, et pour une quasi majorité d’entre eux, le « descenseur » social et financier. Finalement, de Nicolas Sarkozy, l’on retient cette phrase souvent imaginée quand on est « Français moyen » : « l’argent n’est pas pour vous ... ».

Quatrième facteur : sa démagogie sans complexe – Il a beaucoup séduit. Il a beaucoup promis. Il a beaucoup déçu. Et, conclusion du plus grand nombre : il a beaucoup trompé. Confondant communication avec esbroufe ou avec arnaque, Nicolas Sarkozy finit par ne plus convaincre. Mais pire, non seulement sa crédibilité a disparu, mais avec elle, celle de l’Etat et celle « du » politique et « des » politiques aux yeux des Français. Dès lors, et pour ces derniers, le réflexe suit la pensée : pourquoi voter et donner mandat et légitimité à des menteurs, tous hommes et femmes politiques confondus, le premier d’entre eux donnant un contre-exemple qui efface tout et discrédite l’ensemble.

Considérant tout cela, il devenait fatal que l’UMP soit mise en difficulté lors du scrutin, ce d’autant plus que sa stratégie d’union des Droites jusqu’au Centre la privait de réserves de voix pour le second tour, gisements que ni ses meetings ni ses têtes de liste et leurs bien pâles poids lourds venus trop peu souvent au charbon (ça salit ?) ne permettaient d’exploiter.

Quel « après 21 mars » pour l’UMP : simple doute ou future déroute ?

Flash-back : aux dernières législatives, tout le monde, tous les candidats se réclamaient de Nicolas Sarkozy et toutes les affiches électorales arboraient son visage, quelquefois plus gros même que celui du candidat à la députation.

Et lors de ces Régionales ... ?


C’est tout le contraire qui s’est passé.


D’abord, présent, Nicolas Sarkozy s’est, ensuite, éclipsé petit à petit, conscient que son actuelle impopularité, confirmée, répétée, ressassée, encore et encore, sondage après sondage, n’allait pas servir la cause de l’UMP.


Aussi, n’a-t-il pas disparu des affiches ... il n’y est tout simplement pas apparu.


Or c’est là tout le problème :
l’UMP c’est Sarkozy. Pour Sarkozy. Par Sarkozy.

Que le « 
patron » de ce parti - organisé comme un certain parti unique des années trente : avec culte de la personnalité – vienne à perdre le contrôle de l’électorat majoritaire et c’est tout l’édifice qui menace de s’écrouler, la chute de l’homme entrainant celle de la construction.

Qu’il apparaisse en méforme, en déclin, incapable de rebondir après l’échec de ces régionales et ce sont tous les députés UMP qui souffriront des mêmes maux et qui, à leur tour, s’estimeront en méforme, en déclin, incapable de rebondir du fait d’un seul homme, passé de la qualité de «
 booster » à celle de ... boulet .

Par conséquent, la cote d’impopularité récurrente de Nicolas Sarkozy additionnée à l’échec définitif de ce soir ne vont arranger, ni les affaires d’un futur candidat aux Présidentielles (qui va devoir redorer son blason, d’abord vis-à-vis des siens, dès le 22 mars au matin), ni celles des députés UMP dont la réélection est conditionnée – quinquennat et quasi-simultanéité des scrutins obligent – par un succès UMP impératif lors des Présidentielles de 2012.


D’où une question : la majorité UMP à l’Assemblée Nationale acceptera-t-elle, ou non, de payer les pots cassés en cas de forte présomption d’échec à venir ?


D’où une seconde question : si les passagers du vaisseau UMP ne veulent pas couler à cause du capitaine ... se mutineront-ils contre « 
Sarkoblight » ? Et trouveront-ils parmi eux, ou ailleurs à Droite, un « Fletcher Christian » pour les conduire sur une île heureuse de reconduction mieux assurée de leurs mandats   ? 

Le Parti Socialiste, sa direction a tout le moins, fait preuve, face au marasme de l’UMP, de sa pertinence d’analyse habituelle, croyant que le chemin de la victoire en 2012 lui est largement ouvert alors qu’il n’a jamais été aussi encombré pour cause d’embouteillage de « présidentiables ».

Mais surtout, ledit parti s’abuse sur l’attitude des Français : ils n’ont pas voté expressément en sa faveur, ils se sont servis du vote socialiste pour refuser le couple UMP/Sarkozy.


Il n’y pas eu franche adhésion des Français. Il y a eu instrumentation et protestation, ce que le retour du FN confirme d’ailleurs.


Ce manque d’adhésion découle, pour l’essentiel, de la ligne politique du PS qui, aux piscines « 
halal » de Mme Aubry, se contente d’ajouter le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels alors que les attentes des Français tiennent en deux mots : avenir et argent.

Et sur ce dernier point notamment, le refus – assumé par ledit PS – d’une rupture avec le capitalisme de financiarisation baissant les salaires et de délocalisations brisant les emplois ne trompe personne, surtout pas la France qui travaille ou qui ne le peut pas ou plus pour cause de licenciement et chômage ... .

La stratégie à venir de Nicolas Sarkozy : l’Empire contre-attaque

Attention ! L’animal n’est que blessé et pas mort ... . Dans les semaines qui vont suivre, Nicolas Sarkozy va faire la preuve de toute sa maestria de politicien roué, hargneux et combatif en s’appliquant à la réduction et à la tension.

Examinons de quoi il va s’agir.


La réduction des ennemis du dedans et de ceux du dehors – Au sein de l’UMP et à Droite, il y aura ceux qui sont contre Nicolas Sarkozy et ceux qui sont pour Nicolas Sarkozy. Aux premiers, il réservera peines et afflictions, en coupant, par exemples, subventions, vivres et moyens, ceux de l’accès aux médias notamment.  Cette reprise en main interne effectuée, il sera temps de s’occuper de la Gauche. Avec sa pléthore de partis et candidats aux Présidentielles de 2012, ce sera un jeu d’enfant que de diviser et opposer. Et si cela ne suffit pas, il se trouvera toujours le moyen de discréditer publiquement un tel ou une telle ... .  


La tension avec les «
 ennemis » de l’extérieur (Allemagne) et de l’intérieur (délinquance - banlieues - Islamisme) – Dépourvu de toute marge de manœuvre en matière économique et financière pour cause de crise, d’Euro et d’Europe - et bientôt, qui sait, de dégradation de la note de crédibilité financière de la France par l’agence de notation Fitch – Nicolas Sarkozy va devoir attirer l’attention des Français sur d’autres thématiques, sujets qui seront élevés (à coup de matraquage médiatique) au rang de préoccupation principale dont celle de la menace contre les Français, menace requérant un homme fort à la tête d’un pouvoir fort. Deux sujets principaux seront exploités :

1°. Si tout va mal sur le plan économique (pouvoir d’achat et chômage) en France, c’est à cause de ... l’Allemagne, cette Allemagne « impérialiste » qui a « deutschmarkisé » l’Euro et dont l’économie est injustement compétitive et dominante donc dangereuse. Seul un homme capable de tenir tête à ce nouveau Reich pourra défendre les intérêts français en Europe avant, et surtout, après 2012. Sur ce point, la dernière sortie de Christine Lagarde, très critique pour Berlin, ne doit rien au hasard ...

2°. La France a peur : si tout va mal sur le plan de la sécurité, c’est parce que la délinquance dans et venue des banlieues n’est pas combattue avec les moyens adéquats (dont l’arsenal réglementaire). Par conséquent, de futurs reportages sur TF1 montreront ce visage de la France qui a peur et celui de ceux qui effrayent. Ils justifieront la prise de futures mesures d’exception permettant à Nicolas Sarkozy de redevenir le champion de la lutte contre l’insécurité.


En attendant ...  le Pouvoir républicain s’affaiblit  

République = démocratie = votes. Il convient de le rappeler

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