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Désirs d'Avenir 76

Retraites : "La fin du mouvement marque le début des primaires du PS"

5 Novembre 2010 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Ségolène ROYAL

http://www.lemonde.fr/medias/www/1.2.321/img/lgo/lemonde_tetiere.png

La mobilisation contre la réforme des retraites a-t-elle profité au PS ? Si les derniers sondages, notamment une enquête BVA pour Canal + publiée vendredi 5 novembre, ne montrent pas de remontée spectaculaire du parti dans l'opinion,  pour Rémi Lefebvre, professeur de science politique à l'université de Reims et spécialiste du PS, la réponse est plutôt positive.http://s.tf1.fr/mmdia/i/64/0/4649640zfevm_1608.jpg

Un retour dans les cortèges. "Globalement, le PS a bien géré cette séquence. Il a réparé symboliquement sa rupture consommée avec les syndicats et regagné une légitimité dans le mouvement social.", estime le chercheur. Mais il a surtout, selon lui, lancé le parti dans sa campagne interne pour 2012.

La mobilisation contre les retraites a permis au PS de renouer avec les syndicats et les cortèges, dans lesquels il était peu présent ces dernières années. "Il a restauré sa légitimité écornée par les derniers mouvements sociaux, où il n'osait plus aller dans les manifestations, tout en trouvant la bonne distance avec les syndicats", estime Rémi Lefebvre. "Même si le mouvement a échoué, le PS s'en est plutôt bien sorti", en endossant l'opposition à cette réforme, estime Rémi Lefebvre.

Le renouveau d'un clivage gauche-droite au sein du PS. En revenant au mois de janvier, pourtant, les choses n'étaient pas si simples : Martine Aubry avait commencé par reconnaître la nécessité de "travailler plus longtemps", avant de revenir à la position de la gauche du PS et de marteler son attachement à la retraite à 60 ans, mais avec 41,5 ans de cotisations."Un petit couac", selon Rémi Lefebvre. Aggravé par l'assurance de Dominique Strauss-Kahn, qui déclare en mai que les 60 ans "ne doivent pas être un dogme", puis par le revirement de Benoît Hamon, qui explique fin octobre qu'il faut aussi maintenir 40 ans de cotisations.

Malgré la volonté de Martine Aubry d'afficher l'unité du PS, deux partis socialistes ont émergé durant ce mouvement. "Il y a une recristallisation d'un clivage gauche-droite au sein du parti, édulcoré depuis des mois et qui ressurgit à l'approche de la primaire", estime Rémi Lefebvre. D'un côté, l'aile gauche, menée par Benoît Hamon, qui veut "coller" au mouvement social, de l'autre, les sociaux-démocrates comme François Hollande, Manuel Valls ou Gérard Collomb, qui jouent la partition du "réalisme nécessaire".

Le spectre des primaires. Pour Rémi Lefebvre, les prises de position des uns et des autres sont avant tout une stratégie interne. "La fin du mouvement social marque le début des primaires." Et chacun joue son rôle , à commencer par Martine Aubry : "Elle veut être au centre du parti, pour incarner la légitimité, être la candidate naturelle. Elle laisse Benoît Hamon taper sur l'aile droite du PS et fustiger un éventuel retour de Strauss-Kahn." Le porte-parole du parti a d'ailleurs assuré qu'il se présenterait contre DSK si ce dernier était candidat.

A ce jeu, la patronne des socialistes a beaucoup à gagner : "En déplacant le PS à gauche, Martine Aubry réduit l'espace pour une candidature DSK." A contrario, François Hollande se forge une légitimité médiatique pour se placer en recours, au cas où le président du FMI déciderait de ne pas se présenter. "Il construit un espace politique du 'réalisme de gauche' pour récupérer les soutiens de DSK", estime Rémi Lefebvre.

Quant à Ségolène Royal, très présente dans les médias sur cette réforme, "elle cherche à revenir dans le jeu, à gagner une crédibilité. Martine Aubry la laisse faire, car elle contribue elle aussi à écarter Dominique Strauss-Kahn et qu'elle pense l'avoir déjà neutralisée".

A gauche toute ? Si Martine Aubry apparaît comme la grande gagnante de cette mobilisation, l'axe du parti semble également s'être résolument déplacé à gauche pour 2012. "Aujourd'hui, une ligne blairiste ne correspond plus à la situation sociale et économique du pays", assure le chercheur.

Au-delà des retraites, le mouvement fustige plus globalement la politique sociale de Nicolas Sarkozy. Ce dernier l'a d'ailleurs compris : probable nomination de Jean-Louis Borloo à Matignon, ouverture de chantiers sur l'emploi des jeunes et des seniors ou réforme de la fiscalité, le chef de l'Etat cherche à faire oublier son étiquette de "président des riches".

D'où aussi l'opposition entre deux lignes au PS : celle de la conquête du parti par sa gauche avec la perspective d'une alliance avec les autres forces de gauche, quitte à recentrer le discours par la suite, et celle du "réalisme social" et de la recherche de l'électorat du centre. "Certaines élites socialistes, comme François Hollande, pensent qu'ils ont vont  gagner et sont déjà dans l'exercice du pouvoir. Ils savent qu'il sera très difficile de succéder à Nicolas Sarkozy et veulent tenir un discours de vérité", assure Rémi Lefebvre.

"On ne gagne pas sans proposer." Reste que le PS aurait tort de crier victoire trop vite : malgré les promesses répétées de ses dirigeants, l'opinion ne croit pas qu'il rétablira la retraite à 60 ans et juge que les socialistes au pouvoir ne feraient pas mieux que la droite."L'antisarkozysme ne ne suffira pas, il faut trouver des raisons de faire voter à gauche. On ne gagne pas sans proposer", reconnaît Rémi Lefebvre.

Sur les retraites, le PS a certes fait une contre-proposition, mais en amenant peu de nouveautés, à part peut-être faire appel à des ressources nouvelles pour financer les retraites, une idée d'ailleurs reprise dans le programme du gouvernement. Mais le parti n'a pas proposé de réforme globale du système, se bornant à promettre de revenir sur la réforme s'il parvient au pouvoir. Une promesse qui laisse les Français sceptiques, à en croire les enquêtes d'opinion.

Le Parti socialiste entame sa réflexion pour un programme en 2012. S'il a commencé à rendre publiques ses propositions sur la sécurité ou la justice, il lui reste à convaincre sur ce qui devrait être les points fondamentaux de 2012 : l'emploi, la croissance et la protection sociale.

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renault 06/11/2010 08:28



Alors comme cela nous serions nous simples citoyenNEs des caisses enregistreuses de ce qui se déciderait ailleurs par certains peu nombreux réunis en cercles restreints ?


Nous ne sommes pas en Démocratie, est-ce une justification que d'en freiner son projet ?