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Désirs d'Avenir 76

Primaires à l'Italienne...

25 Octobre 2009 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Démocratie participative

http://l.liberation.fr/img/content/lg_libe.gif Par ERIC JOZSEF Rome,

Deux euros pour espérer sortir de l’impasse. Moyennant cette modeste contribution et une déclaration http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:eNHEwgx8JIuV5M:http://www.eurosduvillage.eu/local/cache-vignettes/L275xH176/arton916-1ab0c.jpgattestant qu’ils partagent les idées du parti, tous les militants et les sympathisants du PD (Parti démocrate italien) sont appelés, dimanche, à choisir à travers des primaires le leader de l’opposition à Silvio Berlusconi. Malgré les scandales ce dernier reste en tête des sondages et la gauche, elle, est encore sonnée, sous le coup de sa défaite aux législatives de 2008 et de la démission de son leader, Walter Veltroni, après une succession de revers électoraux. Mais la formation née de la fusion entre les ex-communistes et les anciens démocrates-chrétiens de gauche tente de retrouver enfin un élan et une crédibilité, en passant par cette consultation populaire.

Plusieurs millions de votants sont attendus pour cette primaire qui voit trois candidats en lice et qui apparaît, pour la première fois - et non sans risques - comme une vraie compétition. Les deux précédentes expériences de ce type (qui avaient consacré Romano Prodi, en 2005, puis Walter Veltroni deux ans plus tard) étaient des adoubements. Ni l’un ni l’autre n’avaient eu d’adversaires à leur portée. Ils l’avaient ainsi emporté avec respectivement 74% et 76% des voix, et dans les deux cas plus de trois millions et demi de participants.

Cette fois la bataille entre le secrétaire général sortant, Dario Franceschini, l’ancien ministre de l’Economie de Romano Prodi, Pierluigi Bersani, et le chirurgien devenu sénateur Ignazio Marino est beaucoup plus disputée. «Pour la première fois ce sont de primaires nettes et ouvertes, souligne l’analyste politique et ancien directeur du Corriere della Sera Stefano Folli. C’est un fait innovant et transparent.» Au cours des dernières semaines, les rivaux se sont ainsi livrés à une campagne électorale en bonne et due forme avec meetings, débat à trois, petites phrases et coups bas, sans compter les affiches placardées dans toute de la péninsule. «Vu l’état de nos finances, on n’a pas besoin de faire voir nos visages sur les murs ou les arrêts de bus», a critiqué Dario Franceschini à l’adresse de Pierluigi Bersani dont les collaborateurs ont répliqué : «Qui paie le matériel électoral de Franceschini ?» En Sardaigne et en Campanie notamment, le débat a ainsi été en partie pollué par les soupçons de dépenses excessives et de militants fantômes. Alors que le PD de Naples est en pleine tempête judiciaire et électoralement affaibli, le nombre de nouveaux adhérents en vue de la convention qui, le 11 octobre, a désigné les trois candidats autorisés à participer aux primaires a étrangement explosé atteignant près de 70 000 militants contre 8 000 seulement à Milan.

Un parti fort. Sorti vainqueur du scrutin de présélection organisé auprès des seuls encartés avec 56% des voix, Pierluigi Bersani, âgé de 58 ans, aborde les primaires de dimanche en favori. Ancien communiste devenu le plus farouche promoteur des libéralisations et de la concurrence, ce spécialiste de l’industrie, doté d’un réel sens de l’humour sous des dehors austères, incarne la volonté de revenir à un parti fort et traditionnel capable de dialoguer avec les autres forces politiques, notamment avec la gauche radicale. «Ce serait un retour en arrière», dénoncent ses détracteurs. D’autant que parmi les nombreux soutiens dont il dispose plane l’ombre de l’ancien président du Conseil Massimo D’Alema, considéré comme un homme d’appareil forgé par l’expérience du Parti communiste italien (PCI). La candidature de Pierluigi Bersani est appuyée par le secrétaire de la CGIL (le principal syndicat), Guglielmo Epifani, et par nombre de proches collaborateurs de Romano Prodi ; lequel n’a toutefois pas souhaité se prononcer.

modèle américain. L’ancien démocrate-chrétien Dario Franceschini prétend de son côté représenter la nouveauté et la dynamique. Comme Walter Veltroni, ex-maire de Rome et éternel rival de Massimo D’Alema, il souhaite construire une formation «légère» et ouverte réunie autour d’un leader sur le modèle du Parti démocrate américain. Alors qu’Ignazio Marino qui a fait principalement campagne sur la défense de la laïcité est a priori hors course après avoir réunis seulement 8% du vote des militants lors de la convention, Franceschini, âgé de 51 ans, a obtenu 36%. Il espère encore pouvoir renverser la tendance, d’autant que seuls 54% des adhérents du PD se sont prononcés le 11 octobre. Dario Franceschini compte ainsi sur la mobilisation des abstentionnistes du parti et des sympathisants pour l’emporter.«Ces primaires sont un événement formidable car pour la première fois le résultat n’est pas connu à l’avance», a-t-il avancé. A la veille du vote, il a misé sur la surprise en annonçant son intention de nommer, en cas de victoire, le député d’origine congolaise Jean-Léonard Touadi comme vice-secrétaire. «Je le lui ai demandé en partie parce qu’il est Noir», a admis Franceschini qui souhaite ainsi «faire bouger la société italienne».

Reste que c’est tout le parti qui risque d’être l’objet de secousses après-primaires. En premier lieu, parce que le mécanisme complexe adopté par le PD n’exclut pas des blocages et des tensions. Le choix des sympathisants pourrait en effet invalider celui des militants. Il est par ailleurs prévu que si aucun candidat ne dépasse les 50% dimanche, le secrétaire sera choisi le lendemain entre les deux candidats arrivés en tête des primaires par une assemblée de 1 200 délégués. «La méthode adoptée par le PD pour élire son secrétaire apparaît comme folle et paradoxale, s’est inquiété l’éditorialiste du Corriere della Sera Paolo Franchi. Elle est dangereuse pour le destin du parti lui-même.»

Quant à l’issue du vote, elle pourrait provoquer des départs et des scissions. Les deux principaux candidats ont assuré que quel que soit le résultat du scrutin ils s’emploieront à collaborer pour le bien du parti. Mais Francesco Rutelli, représentant de l’aile modérée du PD, a par exemple laissé entendre qu’en cas de victoire de Pierluigi Bersani, il pourrait prendre ses distances. Certains dirigeants démocrates pourraient ainsi être tentés de rejoindre le petit parti de l’UDC pour construire une grande formation centriste.«La faiblesse de ces primaires, c’est qu’elles servent à désigner un secrétaire de parti et non un candidat au poste de Premier ministre, souligne enfin Stefano Folli. Cela a circonscrit le débat interne lors de la campagne et a peu ouvert l’horizon du parti.» Les grandes orientations ne sont pas tranchées. En particulier la question des alliances électorales. Au sommet du PD, on veut néanmoins croire que cet exercice démocratique permettra à l’opposition de retrouver un nouveau souffle, ne serait-ce parce qu’il tranche avec ce que certains désignent comme «l’égocratie berlusconienne».

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