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Désirs d'Avenir 76

Présidentielle : Royal n'a renoncé à rien...

27 Août 2010 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Ségolène ROYAL


Par Carl Meeus

Sûre de sa détermination, Ségolène Royal est prête à aller jusqu'au bout du processus des primaires socialistes. DSK et Aubry doivent d'abord s'entendre pour savoir lequel des deux se présentera.

Sûre de sa détermination, Ségolène Royal est prête à aller jusqu'au bout du processus des primaires socialistes. DSK et Aubry doivent d'abord s'entendre pour savoir lequel des deux se présentera.
   Crédits photo : Abaca

Portés par des sondages favorables, Dominique Strauss-Kahn et Martine Aubry croyaient s'être débarrassés de Ségolène Royal. Mais la présidente de la Région Poitou-Charentes est toujours là ! Et compte bien se présenter aux futures pri maires du Parti socialiste.

Dominique Strauss-Kahn et Martine Aubry ont prévu de se voir bientôt. Dès septembre ou plus tard cet automne. Le directeur général du FMI et la première secrétaire du PS veulent actualiser le pacte de Marrakech (il date de l'été 2008), qui avait permis à Martine Aubry de succéder à François Hollande à la tête du PS avec le soutien des amis de DSK et de Laurent Fabius. L'enjeu de cette rencontre? Déterminer lequel des deux se présentera aux suffrages des sympathisants socialistes en 2011 et sera le candidat de la gauche à la présidentielle de 2012.

Il ne fait aucun doute, dans l'esprit de Martine Aubry, de Dominique Strauss-Kahn comme de leurs proches, que la désignation du futur candidat ne peut se jouer qu'entre eux: « A nous deux, nous pouvons trouver la bonne solution », estime un des protagonistes. Ils n'imaginent pas que François Hollande, Manuel Valls, Bertrand Delanoë voire Ségolène Royal puissent troubler le jeu.

Les sondages n'ont-ils pas rendu leur verdict? Les dernières livraisons semblent effectivement sans appel, qui placent Dominique Strauss-Kahn et Martine Aubry en position de meilleurs candidats du PS face à Nicolas Sarkozy, loin devant tous les autres prétendants. Les mêmes qui pestaient contre les enquêtes d'opinion donnant Ségolène Royal largement en tête devant DSK et Fabius en 2006 mettent aujourd'hui en avant des études qui leur sont favorables pour appuyer leurs arguments. Popularité et intentions de vote sont devenues les meilleures armes des proches de DSK pour imposer l'évidence de la candidature du patron du FMI. « Le match est plié », estime un strauss-kahnien. De la même manière qu'il a été impossible à DSK et à Fabius de remonter leur handicap sur Ségolène Royal, madone des sondages en 2006, les amis de DSK veulent croire que ni Martine Aubry ni Ségolène Royal ne pourront revenir dans la course. Ils estiment même que leur situation est bien plus confortable que celle de la présidente de Poitou-Charentes à la même époque. Bénéficiant de l'effet de nouveauté, Ségolène Royal avait profité d'un emballement médiatique lié à la campagne des primaires. Rien de tel pour un DSK contraint au silence en raison de son poste au FMI, qui ne lui laisse qu'une marge de manœuvre étroite s'il veut s'exprimer publiquement sur la France. D'ailleurs, depuis son intervention dans l'émission d'Arlette Chabot sur France 2, «A vous de juger», fin mai, il a disparu des écrans. « Sans avoir remis aucune bûche dans la cheminée, il continue à progresser dans les sondages », se félicite un de ses proches.

Malheureusement pour eux, «l'évidence» de la candidature de DSK n'est pas suffisante pour désarmer la concurrence... D'une part, Martine Aubry bat elle aussi Nicolas Sarkozy dans les intentions de vote et peut se prévaloir de cet argument pour s'imposer face à l'ancien patron de Bercy. Mais, surtout, Ségolène Royal est bien décidée à peser dans la bataille qui s'annonce. La présidente de Poitou-Charentes, c'est le caillou dans la chaussure de DSK et d'Aubry, l'empêcheuse de passer des pactes en douce. « Elle n'a renoncé à rien », confirme son porte-parole, le député Guillaume Garot.

Son discours d'ouverture de l'université d'été du PS, hier, à La Rochelle, en apporte une preuve éclatante. Toute la semaine, elle a préparé une intervention qu'elle voulait très politique sur l'état de la France et les réponses de la gauche. « Un discours de politique générale », annonçait en milieu de semaine un de ses proches. « En politique, ce qui paye, c'est la ténacité. Etre prêt à tenir de longs mois, et même de longues années », soutenait avant la conquête de l'Elysée Nicolas Sarkozy. Ségolène Royal est de la même trempe. Elle n'est pas prête à céder sa place de candidate à la présidentielle chèrement conquise en 2006, justement contre ceux qui revendiquent cette place. « Ceux qui la sous-estiment commettent une grave erreur », prévient un de ses proches.

N'est-ce pas Ségolène Royal qui a lancé les attaques les plus virulentes contre le président de la République en juillet? Quand, en pleine affaire Woerth-Bettencourt, elle n'a pas hésité à lancer que « le système Sarkozy était corrompu» . Et cette semaine encore, quel responsable politique du PS a dénoncé « un clan au pouvoir qui utilise l'Etat à des fins personnelles et au profit d'un groupe de milliardaires »? Ségolène Royal! L'ancienne ministre de Lionel Jospin n'a pas oublié les leçons de François Mitterrand, qui n'hésitait pas non plus à fustiger les « clans » et « l'Etat RPR » dans sa lutte contre Jacques Chirac pour la présidentielle de 1988. « Ségolène Royal considère qu'elle est une valeur ajoutée pour la gauche sur la sécurité », décrypte Guillaume Garot. Toute la question est de savoir si les dirigeants du PS accepteront de reprendre à leur compte ses propositions !

Avec Martine Aubry, les relations se sont pourtant pacifiées. A partir du moment où Ségolène Royal a accepté de ne plus évoquer les « tricheries du congrès de Reims », la première secrétaire a consenti à discuter avec elle. Désormais, elles s'appellent régulièrement, principalement pour régler des questions d'organisation. Ainsi ont-elles convenu que Ségolène Royal ouvrirait l'université d'été de La Rochelle vendredi tandis que Martine Aubry ferait la clôture dimanche. Terminée, la guéguerre des années précédentes, quand l'une s'évertuait à torpiller le discours de l'autre par une prise de parole le même jour. A présent, Ségolène Royal considère que les relations avec Aubry sont « simples ». Martine Aubry parle, elle, de relations « claires et directes ».

Cela étant, les bonnes dispositions ne conduisent pas les deux femmes à se prévenir du contenu de leurs discours. En juillet, quand Royal dénonce le « système Sarkozy corrompu », elle omet d'avertir la première secrétaire, dont la ligne consiste plutôt à ne pas mettre d'huile sur le feu. « On doit être raisonnable pour deux », expliquait-elle à l'époque, estimant dangereux de jouer avec les affaires et recommandant la plus extrême prudence à ses troupes. Rebelote en août, quand Ségolène Royal s'empare de la polémique sur la sécurité alors que la ligne fixée par Martine Aubry est d'abord de « ne pas tomber dans le piège » et de se concentrer sur les premières préoccupations des Français: l'emploi et le pouvoir d'achat.

Avec Dominique Strauss-Kahn, Ségolène Royal a plus de mal. L'homme de Washington et la dame de Poitiers n'ont pas encore impérativement besoin de se parler directement. Les messages passent par des intermédiaires. Et si certains strauss- kahniens ont tendance à ne voir en Ségolène Royal qu'une « carte postale », d'autres mesurent sa force dans l'électorat populaire et les cités. Deux points faibles du patron du FMI dans les enquêtes d'opinion. « Ça ne peut laisser DSK indifférent, estime un responsable du PS. D'ailleurs, de ce point de vue, pour lui, Royal pèse davantage qu'Aubry. » Et comme si elle voulait appuyer la démonstration, Ségolène Royal organise le 18 septembre sa désormais célèbre Fête de la fraternité, prévue cette année à Arcueil, en banlieue parisienne.

Ségolène Royal sait qu'il lui reste peu de temps pour démontrer qu'il faudra encore compter avec elle et détromper une nouvelle fois ceux qui avaient prédit la fin de son aventure. « Ils ont déjà dit ça après la campagne de 2007, puis après le congrès de 2008, s'amuse un royaliste. Elle est toujours là ! » Affaiblie dans les sondages, où elle est maintenant devancée par DSK et Aubry, diminuée dans le parti, où elle a subi une forte hémorragie de ses troupes, discréditée aux yeux d'une grande partie de l'électorat de droite, qui avait pu apprécier en 2006 ses positions sécuritaires, Ségolène Royal n'a pourtant jamais baissé les bras. « Elle est très forte tactiquement, estime un de ceux qui se sont éloignés d'elle mais qui reste convaincu qu'« elle tentera la primaire jusqu'au bout. Puis, si elle se rend compte que ça coince, elle cherchera un accord au dernier moment. »

Pour éviter d'apparaître comme celle qui divise le PS, Ségolène Royal travaille en ce moment à ce qu'elle appelle un « dispositif gagnant ». Mais si elle constate qu'aucun accord n'est possible entre Aubry, DSK et elle, alors elle ira aux primaires. L'expérience de 2006 lui a montré que les cadres du PS ne brillent pas par leur courage. Comme le résume un hiérarque du parti, « les premiers secrétaires fédéraux iront dans le sens du vent, comme il y a quatre ans ». Au départ, Ségolène Royal ne pouvait compter que sur une poignée de fidèles. Les rangs ont grossi au fur et à mesure de la campagne et des sondages. Elle veut croire qu'elle pourra rééditer cet exploit. Et à ceux qui évoquent les départs successifs de ses soutiens, ses proches rétorquent qu'Aubry ou DSK n'ont pas autour d'eux aujourd'hui de fidèles plus nombreux. « Dans les longs chemins politiques, les équipes rapprochées sont toujours réduites, estime un de ses proches. Ce qui vaut pour elle vaut pour les autres. Notre groupe est peut-être plus important que le noyau des fidèles d'Aubry ou que celui des proches de DSK. Les autres reviendront si elle est en situation. »

Au fond, Ségolène Royal considère qu'elle a plus d'atouts que ses concurrents. Notamment DSK, nouveau héros des sondages. Mais celle qui a pu se hisser dans le clan des présidentiables grâce aux études d'opinion n'hésite pas à nuancer les bons résultats qui portent si haut le patron du FMI: « C'est l'expression d'une attente, assure-t-on Boulevard Raspail, siège de l'association Désirs d'avenir. Mais c'est très théorique. Dès que Strauss-Kahn reviendra dans l'arène politique française, le clivage droite-gauche reprendra et DSK baissera. » Royal estime en outre que l'éloignement du directeur général du FMI pourrait être un handicap insurmontable. Notamment face à elle qui a fait de la proximité sa marque de fabrique. « C'est très dur d'être candidat dans un pays où tu n'as pas habité pendant quatre ans, assure un royaliste. Tu n'es pas dans la vraie vie des gens, tu es décalé. Pour un homme politique, c'est terrible. »

Mais surtout, Royal n'est pas loin de douter de la détermination totale d'Aubry et de DSK. Ont-ils vraiment envie de mener une campagne présidentielle, avec tout ce que cela implique de sacrifices? « Pour le vouloir, il faut se mettre en situation tous les matins », assure un proche de Ségolène. Est-ce le cas de ses concurrents? En mai dernier, quand elle expliquait que « le moment venu, (ils) auraient à décider tous les trois ensemble comment (ils) s'engageraient dans cette campagne », elle avait également réparti la tâche de chacun : « Nous avons tous les trois un potentiel important, Dominique Strauss-Kahn à l'international, Martine Aubry parce qu'elle est capable de mobiliser l'appareil du PS, et moi-même parce que j'ai un lien profond avec le peuple français. » Difficile d'être plus claire sur sa conception de la répartition des rôles et sur l'impossibilité d'arriver à un accord. D'autant que ses proches ont déjà prévenu qu'une chose au moins est sûre: « Elle ne veut pas jouer les seconds rôles. »

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la fp 30/08/2010 12:51



Alors ? Ségolène fera face à DSK ou à Aubry ? Mais au fait, n'y a-t-il pas ainsi de fait aujourd'hui une situation de pré-primaires socialistes jusqu'en 2011 ?