Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Désirs d'Avenir 76

« Partir du réel pour aller à l’idéal »

28 Avril 2010 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Libre expréssion

Texte déposé au Conseil National du mardi 27 avril 2010 par Gérard Collomb, François Rebsamen, Manuel Valls, Gaetan Gorce, Yves Krattinger, Marc Daunis, Malek Boutih, Jean-Pierre Mignard


« Partir du réel pour aller à l’idéal »

 Aujourd'hui, les Français, dans leur immense majorité éprouvent une immense déception par rapport à l'action du président de la République. Lors de sa campagne, Nicolas Sarkozy avait annoncé que, par la politique de rupture qu'il allait mener, il allait remettre à niveau l'économie française, permettre aux Français de bénéficier des fruits de leur travail.

 

Nos concitoyens constatent que tel n'est pas le résultat. Si une frange extrêmement réduite a vu ses privilèges confortés, les autres sont à la peine, qu'ils soient salariés, dirigeants de PME, artisans ou agriculteurs. Dans cet échec, il y a évidemment les effets de la crise. Mais ce que les Français perçoivent, c'est qu'à l'origine de cette crise, se trouvent précisément les politiques que Nicolas Sarkozy voulait faire adopter  à notre pays. C'est donc le modèle porté par la droite française qui se trouve ainsi disqualifié.

 

D'où un mouvement fort en faveur de la gauche d'une opinion publique qui attend de nous que nous lui proposions un autre modèle. Pas un catalogue de promesses auxquelles nos concitoyens ne croient plus ! Mais une autre vision de l'avenir, capable de prendre en compte le mouvement du monde d'aujourd'hui.

 

C'est cette vision qui doit être le cœur de notre projet. Et c'est pour la définir que nous, qui nous définissons comme des Socialistes réformistes, avons choisi de nous adresser aux militants du Parti socialiste lors de cette convention.

 Quelles sont les grandes questions sur lesquelles les Français attendent de nous une réponse ?

        Permettre à la France de répondre aux nouveaux défis du monde.

 Une première interrogation a trait, sans aucun doute, au modèle économique qui permettrait à la France de reprendre sa place dans un monde dont nos concitoyens voient bien qu'il change à une vitesse accélérée et dont ils comprennent qu'il remet en cause toutes les situations acquises. Ils savent que c'est là la question qui détermine toutes les autres : niveau de salaire, niveau de protection sociale, etc.

Face à ce mouvement du monde, les Français sont inquiets et ils ont raison de l'être !

 

Ils voient bien qu'aujourd'hui l'Europe est en train de décrocher, avec un taux de croissance beaucoup plus faible que celui de bien d'autres régions du monde, beaucoup plus faible en particulier que celui de pays émergents dont la puissance s'accroît chaque jour, menaçant toujours davantage nos propres productions.

 

Ils constatent qu'au sein même de l'Europe, notre économie perd des parts de marché là où l'Allemagne en gagne. C'est ainsi qu'en dix ans, les marges des entreprises françaises se sont effondrées de près de 50 %, fait unique en Europe !

 

     Comment faire face à ces défis ?

Une partie de l'opinion publique et un certain nombre d'entre nous au PS pensent, de manière plus ou moins avouée, que la seule solution réside dans la mise en place de mesures protectionnistes destinées à protéger notre économie au plan national comme au plan européen. Certes, ces mesures protectionnistes se présentent souvent comme provisoires. Mais l'histoire a démontré qu'il est difficile d'en sortir et l'effondrement de l'empire soviétique est l'illustration que les meilleures protections n'empêchent pas les autres de continuer à progresser, de vous dépasser technologiquement et de prendre finalement un monde d'avance jusqu'au jour où l'on doit bien prendre acte d'un constat de faillite générale.

Non, ce n'est pas dans de vaines protections mais c'est dans l'innovation, dans  la création que se trouve l'avenir !

C'est pourquoi, conformément au meilleur de leur tradition, les Socialistes doivent refuser tout conservatisme et se présenter comme ceux qui incarnent le changement et ce dans tous les domaines : économique, social, culturel ! Car c'est bien ceux qui, à travers le monde, sauront inventer de nouveaux modèles : nouveaux produits, nouveaux services, nouveaux modes de consommation, nouvelles organisations sociales, qui marqueront le monde de demain.

Face à une droite qui, au travers des mesures qu'elle a prises, est apparue comme une économie de la rente, nous devons, nous, être les défenseurs de l'économie productive.

C'est là un fil rouge qui doit parcourir toutes nos propositions.

Notre exigence de justice sociale dans le domaine de la fiscalité, de la réforme de la protection sociale (santé, retraites, sécurité professionnelle), notre volonté d'une nouvelle décentralisation doivent apparaître comme autant de mesures destinées à rassembler et à mobiliser toute la nation au service d'un objectif commun : le renouveau du pays.

Ce renouveau demandera des efforts. Les Français le savent. Notre pays connaît aujourd'hui des déficits abyssaux diminuant progressivement toutes nos marges de manœuvre : déficit de notre budget sur lequel pèse de plus en plus lourdement le poids de la dette, déficits sociaux en matière de santé comme en matière de retraites. Notre première tâche sera d'y mettre fin si nous ne voulons pas reporter sur les générations futures le poids de nos dérives.

 

Sans même parler d'un avenir lointain, cela sera nécessaire si nous ne voulons pas être confrontés, à terme, à la situation que connaît actuellement la Grèce.

 

Ces efforts peuvent être acceptés par nos concitoyens à condition qu'ils soient équitablement répartis en fonction des revenus et du patrimoine de chacun. C'est vrai pour ce qui est des retraites comme pour ce qui est d'une nouvelle fiscalité.

Assurer l'équité et la solidarité, ce doit être notre engagement vis-à-vis des Français.

Au travers des crises que nous subissons, financière, économique, écologique, c'est un modèle ancien qui se périme et un nouveau modèle qui est en train de surgir.

Nous devons apparaître comme les plus à même de faire émerger ce modèle nouveau.

Dans la période de la révolution industrielle, le capitalisme a pratiqué une accumulation primitive qui s'est largement faite au détriment des femmes et des hommes. C'est de leur révolte devant la dureté que cela générait qu'est né le socialisme.

Ensuite, la production masse permise par le capitalisme fordiste, a permis un élargissement fort de la consommation. Mais cette révolution s'est largement opérée au détriment de notre planète : réchauffement climatique, gaspillage des ressources naturelles, remise en cause de la biodiversité. C'est de cette prise de conscience qu'est née la montée en puissance du mouvement écologique.

C'est à la lumière de toute cette histoire qu'il nous faut inventer un modèle nouveau, capable de marquer une autre étape de l'histoire de l'humanité.

 Ce modèle ne peut consister à dire aux peuples du monde qui connaissent encore l'extrême pauvreté qu'il convient qu'ils se résignent au nom de la survie de la planète. Il ne peut consister à dire aux exclus de nos sociétés occidentales qu'ils doivent renoncer à l'espérance de participer pleinement à notre société.

Mais il doit nous amener à répondre aux attentes nouvelles qui se font jour, celles d'une consommation plus qualitative, celles d'une production qui prenne en compte non seulement les conditions d'une meilleure protection des biens collectifs mais qui permette même de réparer les dégâts causés à nos milieux naturels depuis quelques siècles et de manière plus intensive dans la dernière période.

Les temps qui s'ouvrent seront marqués par une volonté nouvelle de privilégier l'être sur l'avoir, la rencontre de l'autre plutôt que le repliement sur soi-même.

 

C'est un humanisme du 21e siècle qui doit pouvoir s'inventer.

Les Socialistes doivent évidemment  s'en faire les infatigables défricheurs  !

Mais cela  ne pourra se faire qu'à partir d'une pleine prise en compte des réalités d'aujourd'hui.

"Partir du réel pour aller à l'idéal". C'est là le message de Jaurès auquel il nous appartient de donner aujourd'hui une nouvelle modernité.

Premiers signataires :

Gérard Collomb, Sénateur Maire de Lyon

François Rebsamen, Sénateur Maire de Dijon

Manuel Valls, Député Maire d’Evry

Gaétan Gorce, Député Maire de la Charité sur Loire

Yves Krattinger, Sénateur Président Conseil Général Haute Saône

Marc Daunis, Sénateur Maire de Valbonne Sophia Antipolis

Malek Boutih, Bureau National du Parti Socialiste

Jean-Pierre Mignard, Conseil National du Parti Socialiste

Partager cet article

Commenter cet article