Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Désirs d'Avenir 76

"Les idées, ça ne nait pas dans les choux !" ....et dans les roses ?

22 Décembre 2009 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Actualité

http://tempsreel.nouvelobs.com/images/logo-notr.gif

 par Lucile Schmid, ex vice-présidente du Laboratoire des idées du PS

"Le modèle de l'après crise", la "civilisation numérique" ou encore "le partage des richesses" sont des thèmes transversaux sur lesquels sont axées les réflexions du Laboratoire des idées ("Lab") du PS. Or selon vous, les groupes de travail tournent à vide, faute d'être en phase avec le débat politique. Considérez-vous que le PS soit déconnecté du débat public aujourd'hui ?

- Je pense qu'il y a des socialistes qui sont connectés au débat public. En revanche, le PS est déconnecté dans ses modes de fonctionnement, et ce pour plusieurs raisons.
Tout d'abord, il y a une question de rythme : le parti fonctionne à la proportionnelle, et il est aujourd'hui traversé par les affrontements de motions et de personnes. Manquent les vrais débats d'idées. Il est donc forcément déphasé. Ensuite, le PS tourne plus autour du rapport de forces, de la maîtrise et du contrôle, que de la production d'idées. Or aujourd'hui, la forme que prend le débat est plus participative. Et donc les positions officielles ne correspondent plus à la réalité.
Quelque part aussi, il faut reconnaitre que l'on a systématiquement l'impression de courir après Nicolas Sarkozy et ses effets d'annonce. Il serait important de travailler en profondeur sur certains thèmes, qui sont des thèmes clivant, proposer d'avantage, ne pas seulement être en réaction.

"Renouer avec les intellectuels, permettre aux militants de participer plus et préparer le projet socialiste pour 2012" sont selon vous les fondamentaux qu'il manque au "Lab". La solution passe par une refonte, notamment concernant le "processus de décision" et les "rivalités de clan". Croyez-vous que le PS soit en manque d'un leader qui rassemble ?

- Oui, il n'y a pas de leader naturel. Lors les deux dernières présidentielles (2002 et 2007), c'est le candidat à la présidentielle qui a porté et élaboré le projet. Pour ce qui est de 2007, le leadership de Ségolène Royal n'était pas naturel.
Aujourd'hui, on est dans une situation différente : parce que l'on a échoué aux dernières présidentielles, et qu'il y a eu des occasions manquées, on nous attend plus sur le terrain des idées que sur celui du leadership. Le parti, lorsqu'il s'est doté d'un Laboratoire des idées, a manifesté le souci que désormais, ce ne soit plus à l'intérieur d'écuries, mais à l'intérieur du parti que le débat ait lieu. Cependant, je crois que l'organisation n'a pas suivi. Ensuite, on ne peut pas être totalement dans une logique de présidentialisation en étant socialiste. On doit prendre en considération le foisonnement, la transformation du champ politique, la création de nouveaux partis, qui existent à gauche. Et bien sûr la dynamique d'Europe écologie. Toutes ces nouvelles structures portent du débat d'idées. Donc si la question du leadership se pose, celle d'un nouveau champ du débat d'idées, posée par toutes ces évolutions, semble être plus importante encore. Si les socialistes veulent convaincre les Français, ils ont besoin d'avoir ce débat sur les idées, et pas seulement sur les personnes…

Vous n'avez pas été reconduite sur les listes du PS en Hauts-de-Seine, à l'approche des élections régionales. Est-ce une des raisons pour lesquelles vous avez claqué la porte du "Lab" ?

- Ça a certainement été un élément déclencheur, et j'assume pleinement le fait que cette éviction ait, au fond, cristallisé mon envie de partir. Ce qui m'a vraiment choquée est que l'on ma notamment reproché d'être une femme d'idées, d'être strictement intellectuelle. J'ai pourtant mené deux campagnes législatives contre André Santini. Il y a dans l'esprit de certains caciques locaux, l'idée d'un antagonisme entre le fait de réfléchir, et le fait d'être élu(e). Et je pense que c'est l'un des problèmes du parti socialiste : d'une certaine façon, ceux qui réfléchissent sont considérés comme moins importants que ceux qui sont élus. De la même manière, on ne pense pas que les élus réfléchissent. C'est une chose inacceptable. Partant de cela, j'ai commencé à m'interroger : n'y a-t-il pas au fond, dans le Laboratoire des idées, un combat sans espoir, si le Parti Socialiste ne se transforme pas ? Les idées, ça ne nait pas dans les choux ! Et ce n'est pas avec un parti verrouillé, où l'on ne traite jamais du fond, dans lequel il faut toujours remettre à demain la question sur les fondamentaux, que l'on pourra gagner une présidentielle. En effet, aujourd'hui penser à la transformation du monde et à l'effervescence des idées est indispensable pour gagner une bataille nationale.
Mon éviction a selon moi aussi été liée au fait que j'avais osé me présenter pour être tête de liste, en faisant valoir un certain nombre d'arguments. Notamment conernant le non cumul des mandats, la parité, et le fait que j'avais déjà mené plusieurs campagnes contre Santini. Tous ces éléments n'ont pas été pris en compte. J'ai donc réalisé que l'on pouvait s'occuper du Laboratoire des idées, proposer des candidatures au nom la parité et des idéaux voulus par les militants, et ce, tout en étant évincé. Ce n'est tout simplement pas possible. On ne peut pas rester dans une situation où l'on accepte une telle soumission. Il y a aussi dans tout ça une question de dignité ! Dans le champ des idées, on ne peut pas accepter la soumission.

Interview de Lucile Schmid par Antoine Galindo

Partager cet article

Commenter cet article