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Désirs d'Avenir 76

Le ségolénisme : pensée politique ou imposture médiatique ?

22 Septembre 2011 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Ségolène ROYAL

Éleuthère E.R. Par Éleuthère E.R. Éclectisme et insoumission.

Edité par Daphnée Leportois  

En 2006, on a reproché au système médiatique d’avoir "fait" Ségolène Royal. Depuis 2007, le jeu semble s’être inversé, celle-ci étant l’objet d’une perpétuelle remise en cause de légitimité de la part des médias de masse.

 

La question est donc pertinente : le ségolénisme est-il une pensée politique ou une imposture médiatique ?

C’est l’un des axes de mon essai De quoi Ségolène Royal est-elle le nom ?[1], qui a pour objectif de pallier le manque d’analyse avéré à l’égard des propos et des actes de nos responsables politiques et, dans ce cas précis, de la pensée et de la pratique politique de Ségolène Royal.

 

Ségolène Royal, candidate à la primaire socialiste lors de la Fête de l’Humanité, La Courneuve, le 17 septembre 2011 (DUPUY FLORENT/SIPA)

Ségolène Royal à la Fête de l’Humanité, La Courneuve, 17 septembre 2011 (DUPUY FLORENT/SIPA)

 

Pour certains, l’actuelle présidente de la région Poitou-Charentes fut une icône sans contenu politique, une image non-signifiante. Tout au plus considérée comme une "bulle médiatique" vouée à exploser – malgré ses trente années d’engagement politique.

 

Les commentateurs n’accordaient, et n’accordent toujours pas pour nombre d’entre eux, de légitimité à Ségolène Royal. Elle est donc continuellement sujette à un procès en crédibilité et en incompétence.

 

Pourtant, Ségolène Royal a une formation solide (licence de sciences économiques, IEP, ENA), et elle a connu un parcours politique dense (chargée de mission à l’Élysée, députée, ministre, présidente de région, candidate à l’élection présidentielle, etc.).

 

En outre, elle s’est toujours positionnée dans le débat d’idées. Elle clamait déjà en 1996 : "À chaque homme et chaque femme politiques sincèrement engagés de redonner du contenu aux choix idéologiques, en insufflant du sens dans le débat." Elle défendait alors la controverse et l’argumentation, allant même jusqu’à héler ses pairs : "Disputons-nous donc – à condition qu’existe une pensée[2] !"

 

Réunion publique de Ségolène Royal, en campagne pour la primaire socialiste, Villeurbanne, le 12 septembre 2011 (FAYOLLE PASCAL/SIPA)

Ségolène Royal en campagne pour la primaire, Villeurbanne, 12 septembre 2011 (FAYOLLE PASCAL/SIPA)

 

Elle a souvent évoqué la nécessité de débats de fond, notamment à gauche, afin de vivifier la pensée :

 

"Le débat d’idées, à gauche, n’est pas un petit supplément d’âme plus ou moins ornemental, mais une nécessité vitale pour mener les combats d’aujourd’hui. Que le débat soit vif, cela me paraît sain du moment qu’il est sans bassesse et que chacun, avec les convictions qui sont les siennes, s’efforce à l’honnêteté intellectuelle et assume l’entièreté de ses choix[3]."

 

Ségolène Royal a dans ce cadre joué un rôle de défricheuse d’idées qui me semble incontestable :

 

- Pensons à la façon dont elle a invité ses camarades socialistes à renouer avec le fil de leur histoire, sur les thématiques du travail, de la nation ou de la fraternité.

 

- Pensons aux sujets à propos desquels elle a levé des tabous, notamment ordre juste", le "donnant-donnant" ou la "France métissée".

 

Il me paraît donc erroné de parler du ségolénisme comme d’une "imposture médiatique". Mon essai m’a conduit à entrevoir la cohérence, et aussi la constance dans leur formulation des idées politiques de Ségolène Royal.

 

En tentant de déterminer l’héritage politique et les bornes idéologiques du ségolénisme, mais également d’en définir les fondamentaux, j’en suis parvenue à la conclusion suivante : il s’agit bien d’une pensée politique à part entière, utile à la rénovation du logiciel de la gauche contemporaine, notamment en raison de son caractère iconoclaste et anticonformiste.

 

[1] Éleuthère E.R., De quoi Ségolène Royal est-elle le nom ? Introduction au ségolénisme. ILV-Édition, 2011, 288 pages. Disponible à la commande ici : http://www.ilv-edition.com/librairie/quoi-segolene-royal-est-elle-nom.html

[2] Ségolène Royal, La vérité d’une femme, Paris, Stock, 1996, p. 34.

[3] Discours de Poitiers lors de l’université d’été d’ATTAC, 26 août 2005.

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