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Désirs d'Avenir 76

Le remaniement chahute le calendrier du PS

16 Novembre 2010 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Ségolène ROYAL

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Le remaniement était à peine annoncé que la polémique était déjà relancée: dès l'annonce de la reconduction de François Fillon à Matignon, le président du groupe PS à l'Assemblée, Jean-Marc Ayrault a lancé un appel pour accélérer le calendrier des primaires socialistes, jugé beaucoup trop tardif. «Le temps politique est en train de s'accélérer, le Parti socialiste doit revoir son calendrier pour que nous soyons en ordre de bataille», a-t-il redit lundi (voir ici).

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Début juillet, les militants socialistes avaient adopté le principe de primaires pour choisir le candidat à l'élection présidentielle, prévoyant le dépôt des candidatures en juin prochain, pour un vote prévu en octobre. Un délai essentiellement fixé pour préserver les chances de Dominique Strauss-Kahn, contraint par son mandat de directeur du Fonds monétaire international (FMI). Mais depuis des semaines, les opposants à Martine Aubry, de Manuel Valls à François Hollande, tous deux possibles candidats à la candidature, n'ont eu de cesse de critiquer ce calendrier, arguant de la nécessité d'avoir le plus vite possible un leader crédible et légitime face à Nicolas Sarkozy. Le remaniement avec la mise en place d'un gouvernement qualifié de «droite dure» par le porte-parole du PS Benoît Hamon, «tourné vers la préparation du premier tour de l'élection présidentielle», leur a donné l'occasion de revenir à la charge.

 «La gauche doit se remanier», a ainsi lancé François Hollande dans une tribune publiée sur slate.fr. «La gauche et le Parti socialiste doivent eux aussi faire un remaniement, mais un tout autre que celui du pouvoir, c'est-à-dire une organisation, un calendrier, des objectifs permettant d'être prêts en 2012 à diriger la France, différemment d'aujourd'hui», écrit l'ancien premier secrétaire. «L'heure n'est plus aux postures qui font perdre un temps précieux à l'ensemble du pays et amenuisent les chances de succès de la gauche», a de son côté assené Manuel Valls sur son blog. Même Ségolène Royal, candidate malheureuse en 2007, a déclaré sur Europe-1 qu'il «faut que les socialistes, aujourd'hui, accélèrent la préparation de 2012». «Il faut du temps à la candidate pour panser les plaies, organiser les équipes et rassembler le plus largement possible, précise son porte-parole, le député Guillaume Garot. Nous étions quelques-uns autour de Ségolène pour plaider en faveur d'un temps supérieur à celui dont on avait disposé en 2007. A partir du moment où d'autres posent ce débat, n'ayons pas peur de l'avoir, sereinement et sans volonté de déstabilisation ou de polémique. Il ne s'agit pas de vouloir en faire un objet de division, mais de renforcer la gauche.»

«Il faut rester serein»

Les primaires sont en effet à l'ordre du jour d'un bureau national du PS prévu fin janvier, qui doit en fixer les modalités pratiques (dates précises, déroulé, bureaux de vote, «procédures de réconciliation», etc.). Mais certains veulent saisir l'occasion pour renégocier le calendrier général. «Je pense qu'il est encore possible de remettre les bœufs devant la charrue» lors de cette réunion, estime par exemple Michel Sapin, secrétaire national du PS à l'économie et proche de François Hollande. «Tout peut se discuter mais nous avons un calendrier politique», a rétorqué lundi Benoît Hamon, lors du point presse organisé au siège du PS (voir ici). «Cela va être compliqué. Les choix essentiels ont déjà été faits», estime aussi le fondateur du think-tank Terra Nova, Olivier Ferrand, chargé de préparer les primaires avec Arnaud Montebourg.

Même son de cloche chez les proches de Martine Aubry: «La question qui pourrait éventuellement se poser, c'est le calendrier d'annonce de notre dispositif, prévue fin janvier. On va voir, en discuter», affirme le député de l'Essonne, François Lamy. «Même s'ils voulaient avancer la date lors du bureau national de janvier, il ne faut pas oublier que le calendrier prévoyant des primaires après les sénatoriales de septembre a été largement voté par les militants», rappelle-t-on aussi au cabinet de la première secrétaire. Avant d'ironiser: «En même temps, tous ceux qui disent “il faut accélérer” ne donnent pas de date précise, à partir de laquelle on pourrait discuter.»

Au-delà, quand les proches de Hollande ou de Valls défendent l'accélération du calendrier pour être en ordre de bataille face à la droite, les alliés de la première secrétaire comptent sur les divisions de l'autre camp, mises à nu avec l'éviction d'une grande partie des ministres centristes du gouvernement. «Nous avons en face de nous une majorité politique profondément divisée et prise de panique par l'effondrement de ses soutiens. La panique à droite ne doit pas se traduire chez nous par de la fébrilité. Il faut rester serein», a martelé lundi Benoît Hamon.

«On a tout intérêt à laisser apparaître les contradictions au sein de la droite», abonde Claude Bartolone, député de Seine-Saint-Denis. «Notre calendrier sera bien mieux calé quand les Français verront les difficultés au sein de la droite. Les Français verront qu'un projet est en train d'être élaboré, et dans un calendrier qui ne donnerait pas l'impression de couper l'herbe sous le pied de tel ou tel candidat», argue-t-il, en référence à Dominique Strauss-Kahn. «Et puis franchement, avance Olivier Ferrand, quand on envisage de faire la primaire plus tôt, on nous dit que le candidat sera la cible de la droite pendant des semaines, sinon on nous dit qu'on ne fait rien: c'est un peu insoluble!»


«Un laps de temps pas simple à gérer»

Il n'empêche: tous admettent peu ou prou que la période qui s'ouvre avec le remaniement sera difficile à gérer pour les dirigeants socialistes d'ici les primaires. «C'est vrai qu'on est face à une période de creux, un laps de temps pas simple à gérer où il va falloir faire un peu le dos rond», confie-t-on au cabinet de Martine Aubry. La direction espère l'occuper avec ses «forums», dont plusieurs – sur les institutions, la santé, la justice ou encore la culture – sont à venir, et la poursuite du débat sur son projet.

«Nous ne sommes plus à la remorque des débats ouverts par la droite, c'est un changement extrêmement important», veut croire Benoît Hamon. Mais le récent exemple de la convention sur «l'égalité réelle» a montré qu'elle a aussi permis à certaines sensibilités – autour de François Hollande ou de Manuel Valls – d'afficher leur différence en s'abstenant sur le texte (lire notre article), faisant les choux gras médiatiques de la fin de l'unité au Parti socialiste. «Les positionnements tactiques vont augmenter à l'approche des primaires, admet aussi Olivier Ferrand. L'enjeu, c'est de mettre en scène le travail sur le fond... C'est tenable. Mais, c'est sûr, c'est difficile.»

Surtout face à Nicolas Sarkozy, dont «le souci est de conserver le monopole de l'imaginaire politique», explique Stéphane Rozès, président de la société de conseil en communication CAP. «Pour construire un autre imaginaire, encore faut-il exister. Et on n'existe pas avec une synthèse, dont le dénominateur commun est simplement “Nicolas Sarkozy, c'est pas bien”. Nicolas Sarkozy va souhaiter faire de 2011 une précampagne active. Comme à son habitude, il va vouloir instaurer une rupture avant la présidentielle. Et il va bénéficier de l'absence de présidentiable socialiste, obligeant Martine Aubry à être dans la perpétuelle synthèse inaudible», affirme-t-il.

Un avis partagé par Jérôme Fourquet, de l'Ifop, convaincu que le mouvement des retraites a parfaitement illustré les contradictions du Parti socialiste: si sa présence dans les cortèges était bien perçue comme un accompagnement du mouvement social, les électeurs restaient majoritairement convaincus que l'opposition ne reviendrait pas sur la promesse de l'âge du départ à la retraite à 60 ans. «La gauche n'y a pas gagné la bataille de la crédibilité», selon lui. «Le jeu médiatique et démocratique fait qu'il faut que la parole soit incarnée, et claire et lisible», explique-t-il. Une tâche impossible, d'après ces deux observateurs, sans un candidat désigné et légitime auprès de l'ensemble du parti.

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