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Désirs d'Avenir 76

Le devoir de Ségolène Royal

7 Février 2012 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Ségolène ROYAL

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A Marseille, la candidate de 2007 a voulu renouer avec les classes populaires, au bénéfice du candidat de 2012. Ségolène Royal à Marseille, le 7 février (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)

Ségolène Royal à Marseille, le 7 février (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)
 

En suivant - de loin ! - Segolene Royal en campagne, le reporter ne peut s’empêcher d’établir des comparaisons. Qu’est-ce qui rapproche et qu’est-ce qui distingue la candidate de 2007 et le candidat de 2012 ? De retour sur le terrain, pour la première fois depuis sa déconvenue des primaires citoyennes, Ségolène Royal effectue une promenade de santé dans les quartiers populaires de Marseille...

Première différence ! Hollande ne met guère les pieds dans ces quartiers où Royal dit être chez elle. Aux échanges dans les cages d’escalier et sur le pas des magasins discount, l’actuel prétendant à l’Elysée préfère les rencontres avec les élus, les professionnels, les chefs d’entreprise. Il écoute, prend des notes et fait la synthèse. Son oreille attentive, son esprit synthétique et la clarté de son expression font merveille dans une assemblée. Cela ne signifie pas que François Hollande fuit le peuple. Loin de là ! Le député de Corrèze nage comme un poisson dans un bain de foule. Il est champion interrégional de serrage de pognes, sourire avenant et blague aux lèvres.

Mais il n’est pas capable des "apparitions" de son ex-compagne. Toujours évangélique, Ségolène Royal joue de sa simple présence. "Je me souviens qu’elle est déjà venue nous voir en 2007. Elle nous avait déjà demandé si notre travail est difficile…", se souvient l’employée d’un couscous de la rue Nationale. Sur le pavé marseillais, la candidate de 2007 conserve une aura. "La participation a atteint 93% dans les bureaux de vote de ce quartier" en 2007, rappelle-t-elle. "Hollande président ! ", entonnent quelques passants avant de se raviser. Manifestement, le slogan ne colle pas avec l’image.

Le sens de la communication politique : Royal et Hollande ont ceci en commun. Chaque déplacement du candidat socialiste en exercice est désormais suivi par une caravane de cinquante, cent voire cent-cinquante journalistes. Et force est de constater que François Hollande, qui fut naguère porte-parole du PS, sait les distraire. Briefing à la voiture restaurant du TGV, points presse pour nourrir les journaux parlés et télévisés, conférence de presse pour faire passer le message… Le "Hollande Tour" est d’abord une vaste entreprise de production d’images, de déclarations et d’échos. "Ils nous promènent", se lamentent parfois les suiveurs qui ont aussi une âme.

Le charisme de Ségolène Royal est différent. Son destin fascine toujours. Une soixantaine de journalistes l’accompagnent à Marseille. Mais la présidente de la région Poitou-Charentes ne bénéficie plus des moyens d’un candidat à la présidentielle. Sa com’ sent la fin de tournée. Ici, elle fait mine de visiter une crèche installée au pied d’une cité des quartiers Nord… Mais doit y renoncer du fait de l’ampleur de sa suite. Là, elle dialogue avec un professeur et quelques élèves d’un collège. Pour quoi faire ? Ségolène Royal vante les mérites du projet Hollande, en bonne équipière. Mais elle ne parle plus pour elle-même. Et zappe le point presse prévu en fin de journée…

Dans la grande salle bondée de la Maison de la jeunesse et de la culture arméniennes, les socialistes marseillais lui réservent un accueil anti-spleen. Ici, on se souvient que la candidate avait enthousiasmé les foules en faisant jouer la Marseillaise - une première ! - à l’issue de son grand meeting phocéen. Ici, la madone des sondages remporta le second tour. Bref, ce n’est pas dans la ville de la Bonne-Mère qu’on aurait "oublié" de la faire figurer dans une histoire du socialisme français ! "La victoire que j’ai obtenu aux élections municipales du centre de Marseille, je la lui dois", confie Patrick Menucci, ci-devant coordinateur de la campagne de Royal en 2007.

"Nous sommes à 70 jours du premier tour de l’élection présidentielle, et ce changement nous devons le réussir", lance Royal à la tribune. Pas de doute, l’ancienne candidate est bien dans le présent. Elle remercie le peuple de Marseille qui lui avait apporté ses suffrages en 2007… Et l’appelle à se mobiliser de nouveau. Ségolène Royal entend parler aux classes populaires, s’adresser aux quartiers défavorisés et admonester une jeunesse désorientée. Une tâche que François Hollande lui délègue volontiers… "Ils n’ont rien fait à droite, ils n’ont rien fait la haut pour éteindre le feu de colère qui couve sous la cendre des illusions perdues."

La meilleure promesse du candidat Hollande? L’éducation. "La conviction de la gauche a toujours été la revendication de l’émancipation par l’école." Mais maîtresse Ségolène rappelle les jeunes à leur devoir. "Nous ne voulons pas vous plaindre. Mais nous vous demandons de prendre vos responsabilités. Pour réussir, vous devez travailler dur à l’école. Faites-le et dites-le à vos frères et sœurs ! " Se gardant de tout misérabilisme, Royal croit à l’énergie qui sourd dans les quartiers populaires. "Nous ne devons pas laisser l’ambassade des Etats-Unis attirer les jeunes talents. Ce travail nous devons le faire."

Ségolène voit le mal en Sarkozy. Elle retrouve ses accents prophétiques. "Dans 70 jours nous devons faire cesser cette longue nuit du Fouquet’s ! "Comme si la candidate malheureuse de 2007 entrevoyait enfin la lumière. Elle a échoué, certes. Mais "François Hollande le fera". Elle croit (de nouveau) en lui.

Sylvain Courage - Le Nouvel Observateur

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