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Désirs d'Avenir 76

La démocratie participative à l’épreuve des territoires :du pillage au saccage.

18 Août 2011 , Rédigé par M Coruble Publié dans #Libre expréssion

Souvenons-nous : nous sommes en 2006/2007, la démocratie participative est l’un des concepts phares de la campagne électorale de Ségolène Royal. La Droite ricane et, sans le moindre égard aux conséquences désastreuses de son indécente déloyauté, la Gauche n’est pas non plus avare de quolibets… Quatre années sont passées, bientôt cinq et, que ce soit au niveau du gouvernement ou aux divers étages de nos collectivités territoriales, toutes idéologies confondues, le recours à cette pratique fait désormais partie de la panoplie la plus courante pour contribuer à une gestion apaisée des problèmes sociaux.

 

On pourrait naturellement espérer de la part des politiques qui en font un si grand usage qu’ils aient ce minimum d’honnêteté intellectuelle pour citer celle qui s’est emparée la première de ce mode de débat démocratique mais, comme il reste de bon ton, dans le petit monde politico-médiatique, de droite comme de gauche, de continuer inlassablement à discréditer l’ex-candidate socialiste à l’élection présidentielle, il n’en est rien. Et personne ne s’en émeut le moins du monde. Après tout, en politique, la récupération des idées des uns et des autres fait partie de la règle du jeu habituelle sinon normale et Ségolène Royal devra se contenter de la satisfaction qu’il y a à voir ses adversaires utiliser les outils qu’elle avait voulu promouvoir bien avant tout autre.

 

Que le concept de démocratie participative soit désormais mis en pratique, http://medias.francetv.fr/cpbibl/url_images/2011/06/27/image_69402915.jpgqui s’en plaindrait ? Oui, oui… sauf que, dans bien des cas, la récupération de l’idée s’accompagne souvent de son dévoiement, le pillage va de paire avec le saccage ; et en voici une magistrale illustration tirée de l’actualité de notre démocratie locale. Je vous raconte : l’histoire se passe en Seine-Maritime, au cours du premier semestre 2011, tout près de Rouen, dans deux communes voisines : Bihorel et Bois-Guillaume.

 

Bois-Guillaume est une commune d’environ 13000 âmes en manque de logements sociaux. Elle n’en possède que 6% et ses habitants qui comptent parmi eux un pourcentage particulièrement élevé de contribuables imposables sur la fortune, ne voudraient surtout pas – c’est leur côté écolo… – que l’on attente de quelque manière que ce soit à ce qu’il leur reste d’espaces verts et de terres agricoles. Le Maire UMP, totalement à l’écoute de sa population comme il se doit, a une idée. Il va voir son ami, le maire Nouveau-centre de Bihorel. La commune de Bihorel compte moins d’habitants : 8500, mais par contre, par contre, elle compte nettement plus de logements sociaux : près de 30% et ça, ça attise l’appétit du premier magistrat de Bois-Guillaume qui s’inquiète de la prochaine augmentation des pénalités qu’auront à payer les communes ne respectant pas la règle des 20% de logements sociaux imposé par la très irritante loi SRU.

 

Les deux maires se parlent. On ne sait pas précisément ce qu’ils se disent ; mais au final, on apprend qu’ils ont décidé de réunir leurs deux communes pour en créer une nouvelle. Reste à faire accepter l’idée par les deux populations. C’est compliqué parce qu’ils avaient bien pris soin de n’en rien dire avant, lors de la campagne des municipales…. Il faut dire que d’emblée, l’idée ne plaît guère sur Bihorel où l’on se souvient que par le passé, ce qui n’était alors qu’un quartier un peu oublié de Bois-Guillaume, s’était affranchi de sa domination, nous étions en 1892, pour devenir la commune autonome qu’elle était jusqu’à aujourd’hui. Et c’est alors que nos deux compères se souviennent de Ségolène et de sa démarche participative : quoi de mieux pour convaincre les habitants de renoncer à leur identité communale ? Voilà la solution, il nous faut organiser un grand, un beau, un authentique débat  participatif.

http://www.ps76.fr/wp-content/uploads/fusion-bihorel-boisguillaume-cest-non.jpg 

 

L’affaire est confiée à une agence de communication qui, moyennant une somme rondelette, imprime de beaux dépliants, crée de superbes panneaux de présentation du projet et un site internet, et met en place six réunions publiques auxquelles près de 2000 personnes vont participer. Chacun y joue sa partition à merveille : le tiers garant du débat garantit l’équité de traitement entre les intervenants, les habitants participent, l’opposition s’oppose, les maires promettent (aux uns, des baisses d’impôts et aux autres, la tranquillité sociale). Et puis, à la demande pressante des habitants, on organise dans la foulée une belle consultation en précisant tout de même qu’elle ne saurait être décisionnelle puisqu’une nouvelle loi votée fort à propos (la loi n° 2010-1563 du 16 décembre 2010 portant réforme des collectivités territoriales) permet aux conseils municipaux de décider seuls à la majorité simple d’opérer des regroupements de communes.

 

Et c’est là soudain, que tout se grippe, car la population - est-elle irresponsable ? - ne joue pas le jeu, elle vote très majoritairement contre le projet de réunion des deux communes : à 66% sur Bihorel et à 60% sur Bois-Guillaume. Les limites du concept participatif sont désormais atteintes : on ne peut décidément pas associer les populations jusqu’au terme du processus de création de commune nouvelle ; elles sont beaucoup trop imprévisibles, trop aveuglées, trop conservatrices ! Heureusement, les élus sont là, eux, pour prendre les bonnes décisions pour et malgré le peuple ; et c’est précisément ce qu’ils vont faire avec audace, courage et unanimité en votant la réunion des deux communes une semaine à peine après le rejet massif de leur projet dans les urnes. L’histoire commençait bien pourtant : la démarche avait toute l’apparence et la saveur de la démocratie participative mais voilà, le peuple a tout gâché et le récit s’achève sur un pitoyable déni de démocratie.

 

Il y a cinq ans, Ségolène Royal n’était pas parvenue à convaincre une majorité d’électeurs des mérites de son concept de démocratie participative. Le concept avait grand besoin d’être rénové. Nos élus locaux l’ont épuré avec beaucoup de pragmatisme : voici venu le temps de la participation sans la démocratie.

Michel Coruble

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Joelle Tekin 23/08/2011 00:37



Les effets de la démocratie participative vue par les maires de Bihorel et Bois Guillaume est très bien décrite et on s'interroge encore : Pourquoi le groupe de réflexion "raisonnances" avait-il
invité comme intervenant avec Mr Bianco lors d'une réunion sur la démocratie locale .... Mr Pascal Houbron maire de feue Bihorel



Fabienne 20/08/2011 14:57



Un bel exemple de deni de démocratie et un article fort agréable à lire !