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Désirs d'Avenir 76

La corruption de l'esprit public

15 Octobre 2009 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Débat

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                                      Edwy Plenel 


Pour saisir sur le vif ce que nous devons subir avec cette présidence, entre déshonneur et avilissement, il suffit de regarder une vidéo, récemment mise en ligne par nos confrères de Bakchich et extraite d'un documentaire sur la mémoire de la Résistance. Nous sommes en 2008, au cimetière du maquis des Glières en Haute-Savoie, lieu momentanément requis par Nicolas Sarkozy pour inscrire sa présence dans un univoque roman national, fait de sacrifice et d'héroïsme.

Il suffit d'avoir arpenté une seule fois, à la descente d'une randonnée sur le plateau, ce lieu pour savoir qu'il invite, presque physiquement, au silence et au recueillement. Rien de tel avec l'homme supposé ici représenter la République et les citoyens qui la composent: la sonnerie aux morts terminée, il montre son peu de souci de ce qu'il incarne, de sa fonction publique tout comme de l'imaginaire collectif qu'il vient de convoquer. Rieur, blagueur, léger et superficiel, non sans une certaine vulgarité d'esprit, toute son attitude nous dit combien rien de cela n'a pour lui d'importance véritable ou profonde, hormis l'usage instrumental qu'il vient d'en faire dans la quête d'un bénéfice de propagande.

Pourquoi commencer cette réflexion sur quelques événements récents, de la polémique autour de Frédéric Mitterrand à la promotion éclair de Jean Sarkozy, par ces images d'un président livré à lui-même? Parce que, s'agissant d'un pouvoir résolument personnel, il n'est pas permis de faire l'impasse sur la personne qui l'incarne: son comportement, ses paroles et ses gestes, l'idée qu'elle se fait de sa fonction, l'image qu'elle en donne, l'usage qu'elle en fait.

Ce n'est pas nouveau, et cette question fut aussi posée sous les présidences précédentes, notamment celles de Valéry Giscard d'Estaing, de François Mitterrand et de Jacques Chirac qui, toutes trois, marquèrent une accentuation de la dimension monarchique de nos institutions. Avec leur actuel successeur, la question devient majeure tant le sarkozysme s'assume comme le stade suprême de notre vieux bonapartisme, revendiquant explicitement une présidentialisation accrue du régime. Un pouvoir sans contre-pouvoirs repose plus que tous les autres sur les règles, usages et principes que s'applique à lui-même celui qui en est le détenteur.

Depuis l'Antiquité et jusqu'à nos Républiques, c'est ce qu'il est convenu d'appeler la vertu. Loin de ressortir de la morale privée, cette vertu publique souligne justement la spécificité de l'espace public comme lieu politique de délibération et de représentation collectives. Or, sous Nicolas Sarkozy, ces distinctions n'ont plus cours. La pédagogie dont le chef de l'Etat se fait l'infatigable instructeur, par ses propos et ses actes, est celle de l'abolition des limites et des frontières.

D'autres présidents ont abusé de leur pouvoir, nous le savons d'expérience. Mais ils l'ont fait dans une paradoxale conscience qu'ils discréditaient leur fonction, qu'ont illustré leurs ruses, cachotteries ou mensonges. Rien de tel depuis 2007 avec une présidence qui revendique, sans fard, en l'accompagnant d'une brusquerie à la limite de la grossièreté, l'extension infinie de sa domination, de ses réseaux, de ses protégés
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