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Désirs d'Avenir 76

"Ici, c'est moi la patronne et je compose ma majorité en fonction des intérêts de la région",

22 Décembre 2009 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Régionales

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Malmenée par les sondages, ignorée voire dénigrée par les états-majors socialistes, Ségolène Royal affiche une sérénité à toute épreuve sur ses terres de Poitou-Charentes. La présidente du conseil régional démarre sa campagne en bousculant ses alliés écologistes, en semant la perturbation au MoDem et en affichant son indépendance vis-à-vis du Parti socialiste.

"Ici, c'est moi la patronne et je compose ma majorité en fonction des intérêts de la région", lance-t-elle. Qu'on se le dise, Mme Royal n'a pas l'intention de s'afficher aux côtés de Martine Aubry. "Pas question d'organiser un Rezé-bis", précise-t-elle, allusion au meeting de réconciliation que les deux femmes avaient tenu près de Nantes avant les élections européennes.

Installée dans son vaste bureau du conseil régional, l'ancienne candidate à l'Elysée continue inlassablement de plaider pour sa proposition d'alliance adressée le 5 décembre aux centristes picto-charentais, en plein congrès du MoDem. "J'ai démasqué François Bayrou, qui a refusé la main tendue car il n'était pas à la manoeuvre, s'amuse Mme Royal. Face aux appareils sclérosés des partis, j'ai le courage de parler pour tous ceux qui veulent travailler ensemble, à la base."

Au passage, Mme Royal prodigue quelques leçons de stratégie électorale aux dirigeants de son parti. "Pour éviter la dispersion de la gauche, il aurait fallu vraiment négocier afin d'aboutir à des listes d'union dès le premier tour, quitte à accorder aux écologistes la présidence d'une ou deux régions", estime la présidente de Poitou-Charentes. Quelques "cumulards" socialistes, suggère-t-elle, auraient pu se sacrifier...

Pour ce qui la concerne, Mme Royal pratique hardiment "l'ouverture". Alexis Blanc, président du MoDem de Charente-Maritime, qui avait jugé "honnête" sa proposition, n'a pas changé d'avis. Cinq places en position éligible : l'offre est tentante. Elle assurerait aux centristes une représentation bien supérieure à leur poids électoral et leur permettrait de constituer un groupe, avec les moyens en matériel et en personnel afférents, alors que, selon M. Blanc, "la direction nationale du MoDem ne peut pas nous offrir une garantie financière intégrale si on ne franchit pas la barre des 5 %.""Tout est possible", lance le responsable centriste, qui reconnaît que "Mme Royal s'y prend très bien".

Elisabeth Delorme-Blaizot, unique élue régionale du MoDem, s'efforce d'éviter que ses amis succombent à la tentation. Favorable à une alliance avec la gauche, mais au second tour, elle relativise les réactions d'un "groupe de jeunes responsables qui sont allés un peu loin", et assure que les centristes auront bien leur liste.

Les instances d'Europe-écologie doivent, elles aussi, surveiller leurs troupes. Ségolène Royal a déjà obtenu le ralliement de deux conseillers sortants Verts. Enthousiaste, Georges Stupar, chargé de la politique énergétique, vante les mérites d'une femme "dont le charisme donne de l'espoir aux gens" et déplore "la radicalisation de la base d'Europe-écologie malgré notre bilan sur l'énergie photovoltaïque, la voiture électrique, les éoliennes ou les maisons en bois."

"Même si Mme Royal avait averti qu'elle tenterait des débauchages individuels, il s'agit d'une forme d'agression", considère Brigitte Desveaux, porte-parole régionale d'Europe écologie. Pour elle, "Ségolène Royal s'écarte du productivisme de la plupart des socialistes mais sa vision est environnementale, pas écologiste ; elle ne partage pas notre conception d'une économie de la sobriété".

Les communistes de Poitou-Charentes sont également sur le qui-vive. Paul Fromenteil, ancien secrétaire de Georges Marchais et doyen de l'assemblée régionale, souhaitait une liste commune dès le premier tour - "dans ce cas, Ségolène s'était engagée à ne pas conclure d'accord politique avec le MoDem", précise-t-il - mais, contre l'avis des élus, les militants ont préféré une alliance avec le Front de gauche, à laquelle pourrait s'ajouter le NPA. "Chez nous, la discipline de parti existe encore", se félicite Yves Jamain, secrétaire de la section de Poitiers, qui prévient que tout ralliement constituerait "une trahison".

Soucieuse de soigner son ancrage dans le monde ouvrier, Mme Royal a convaincu Michel Eyermann, ancien délégué CGT du sous-traitant automobile New Fabris, de figurer sur la liste PS dans la Vienne.

Parmi les socialistes, on serre les rangs derrière l'offensive tous azimuts de campagne de la présidente. A quelques exceptions près. "Ségolène Royal, pourtant adepte de la démocratie participative, a ouvert ses listes au MoDem sans prévenir qui que ce soit", peste Pouria Amirshahi, premier secrétaire fédéral de Charente et membre du secrétariat national. "De la région, elle cherche à faire un laboratoire pour définir son périmètre politique dans la perspective de 2012", proteste-t-il. Mme Royal est loin de prétendre le contraire.

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