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Désirs d'Avenir 76

Hollande à 35 %, Ayrault laminé : et si Ségolène Royal avait fait mieux ?

11 Décembre 2012 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Actualité

Le nouvel Observateur


Temps de lecture : 4 minutesAvatar de Olivier Picard
Par 
Chroniqueur politique

LE PLUS. Florange, mariage pour tous, Notre-Dame-des-Landes... Le président s'est engagé sur des dossier sociétaux importants. Pourtant, dans les discussions avec les syndicats et les associations, la parole reste mesurée. Si la gauche de gouvernement parle comme la droite de gouvernement, il ne faut pas s'étonner qu'elle plonge dans les sondages, selon Olivier Picard, auteur de "Parlez-vous le politique ?".

Édité par Mélissa Bounoua   Auteur parrainé par Aude Baron

 Jean-Marc Ayrault et François Hollande le 14 juillet 2012 à Paris (B. LANGLOIS/AFP)

 

Du pareil au même ? L'année de la victoire à la présidentielle n'est pas encore terminée que la gestion de François Hollande et l'effondrement de la popularité du couple exécutif, suscitent déjà la question, cruelle, de la comparaison avec la gouvernance précédente, distillant le parfum éventé de l'échec prématuré. Une sensation exagérée par les frustrations ? Sûrement. Injuste ? Non, hélas...

 

Le candidat socialiste n'avait pas promis la lune pendant sa campagne, c'est vrai. Il n'avait pas caché que l'endettement du pays et les mutations économiques ne lui laissaient qu'une très faible marge de manœuvre. Chacun avait bien compris, y compris à gauche, que lui, président, ne pourrait multiplier les (petits) pains, ni changer l'eau amère de la crise en vin gorgé de félicités. Et, même le jour de son investiture, le ciel pluvieux, n'était décidément pas avec lui. Mais François Hollande ne s'en était pas moins engagé sur l'essentiel : "le changement". Un mot fétiche. Un mot magique, précisément, parce qu'il n'est pas concret. Un mot cadeau, superbe emballage d'une espérance indéfinie, difficile à embrasser, fugitive comme le rêve mais bien réelle.

 

Le changement n'est pas quantifiable

 

Comme toutes les valeurs sémantiques, ce précieux changement n'est pas quantifiable. Il ne correspond pas à une mesure graduée, mais à une perception plutôt simple, comme toutes les notions compliquées. Plus physique qu'intellectuelle. Presque charnelle. Cette impression, agréable, qu'aujourd'hui ne ressemble pas à hier.

 

En entrant à l'Élysée, François Hollande avait les poches désespérément vides mais tout au fond il y avait cette minuscule pépite donnée par le suffrage universel au plus puissant des chefs d'état des démocraties occidentales : le rayonnement d'une fonction solaire, placée au centre de la galaxie politique du pays par les institutions monarchiques de la cinquième république.

 

En s'autoproclamant "président normal", Hollande avait-il inconsciemment renoncé à être l'homme capable de "forcer le destin" (notion mitterrandienne clé) d'un pays déclinant ? On avait pressenti que cette "normalitude", simple antidote à l'égocentrisme mégalomane de Nicolas Sarkozy, se révélerait comme le bromure sans goût d'un désir volontairement bridé.

 

La même langue de bois que la droite

 

On mesure aujourd'hui à quel point c'est une potion fade et déjà périmée par le poison qu'elle voulait combattre. Une foutaise politique. On aurait tellement préféré que Hollande invente une présidence simple (le mot est plus chargé de sens), oui, rénovée, oui, mais éclatante. Qu'il fasse surgir une ambition de la grisaille. C'était une question de musique. Elle devait avoir du rythme, du sens, de la sensibilité, de la nervosité, des silences et des bémols, du tempo et de l'élévation au dessus du quotidien pour l'enchanter. Cette harmonie, difficile à composer, certes, ne dépendait que du chef d'orchestre.

 

Le problème, c'est qu'on n'entend rien. Rien de différent. Rien de nouveau. Rien qui détonne. La gauche emploie la même langue de bois que la droite.

 

La même résignation tranquille habillée d'un volontarisme de pacotille dont l'honnête Jean-Marc Ayrault est le porte-voix zélé au nom du même "courage" officiel et autoproclamé, aussi froid que religieux. La gauche envoie les mêmes gardes-mobiles pour dégager le terrain de Notre-Dame-des-Landes et recourt aux mêmes artifices d'enfumage pour justifier, par la voix de Delphine Batho, un projet en contradiction avec la fameuse transition énergétique.

 

Plus grave, la gauche de gouvernement parle plus un langage de gouvernement qu'un langage de gauche. En écoutant les hommes et les femmes de l'Élysée (dans des rencontres off), on se dit qu'ils sont là depuis des années. Comme si il n'y avait pas eu d'alternance... Plus bonhommes, peut-être, que ceux de la clique du prédécesseur, ils assènent le même réalisme glacial du pouvoir dans l'évaluation des situations sociales, quand ils évoquent avec un cynisme élégant le dossier Florange.

 

Normal ? Mais pourquoi faudrait-il que les murs de ce palais bourgeois dépouillent forcément ceux qui en prennent possession de toute sensibilité ? Normale, l'absence totale de spontanéité de la nouvelle porte-parole Najat Vallaud-Belkacem qui joue tous les mercredis à plus-langue-de-bois-que-moi-tu-meurs ? Qu'est-ce qui, à défaut d'une impossible transparence, l'empêchait de trouver une sorte de parler vrai plus en accord avec le devoir de sincérité qu'on préconisait au PS avant le 6 mai ?

 

Le pouvoir a lessivé la gauche de sa couleur

 

La place prise illégitimement par la compagne du chef de l'État, avant même le fameux tweet et dès la cérémonie d'investiture, ferait presque regretter la (relative) discrétion de Carla Bruni-Sarkozy. Aujourd'hui le président se croit tellement normal qu'il intervient dans un procès intenté par Valérie Trierweiller comme un banal quidam. 

 

Cet homme chaleureux a tellement voulu se muer en président qu'il en devient tout pétrifié à la manière de sa démarche et de ses mines composées. Où sont passés l'allant et cette proximité populaire dont, en bon élu corrézien, il est capable ? Hollande ne parvient même pas à incarner la gauche, même sociale-démocrate, comme savait le faire son modèle suédois Olof Palme.

 

Un manque d'âme

 

Pourquoi n'a t-il pas eu l'idée de présider lui même la grande conférence sur la pauvreté, quand il avait pris le temps de se déplacer à Grenoble pour une question de sécurité – le meurtre de deux jeunes, certes épouvantable mais qui ne méritait pas forcément un tel traitement personnalisé. Qu'il se rassure : on ne lui aurait pas reproché un quelconque omniprésidence pour une telle prestation. Pour le moment, il apparaît seulement comme le syndic appliqué de la France. Ce qu'on lui reproche avant tout, c'est cela : le manque d'âme. Et c'est ce que lui reprochait déjà il y a quelques semaines, dans les colonnes du "Monde", celle qui le connait peut-être le mieux. L'ancienne femme de sa vie. Ségolène Royal...

 

On en viendrait presque à la regretter, elle et ses désirs d'avenir. Au moins, ils avaient un souffle. Je n'ai pas été le dernier à critiquer la niaiserie de ses excès, ses postures de Jeanne d'Arc illuminée qui flirtaient trop souvent avec une certaine démagogie et ses calculs, les approximations d'une idéologie flottante. Mais, au moins, elle était animée d'une ambition collective qu'elle savait et aimait faire partager. Dans des temps où la frontière avec la droite, naturellement et culturellement individualiste, devient de moins en moins visible, n'est-ce pas d'abord cela la gauche ?

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Creach 15/12/2012 19:01


c'est grave !

Harmonie 11/12/2012 14:50


"On en reviendrait presqu'à la regretter.... " ! ON LA REGRETTE ! Quant aux mots employés par O. Picard pour analyser la "posture" de Ségolène, je ne pense pas qu'ils soient de mise !
Reconnaissons tout de même à O. Picard son "mea culpa" quant aux jugements négatifs qu'il a pu avoir sur Ségolène Royal.


C'est en 2007 qu'il fallait que tout le PS la soutienne mais bien sûr l'appareil, les médias n'ont eu qu'une seule ligne de conduite le "TSSR". Cinq ans perdus et une suite qui ne s'annonce pas
jouissive !


Le charisme n'est certainement pas chez ceux qui "gouvernent" actuellement et, trop de personnalité, de caractère, de charisme est rejeté par Hollande et son accompagnatrice Trierweiller.
Hollande a "piqué" toutes les idées de Ségo et le voilà qui fait le beau en l'ignorant !... C'est un comble et surtout comme au Bourget le comble de la goujaterie !