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Désirs d'Avenir 76

Edouard Martin, CFDT Arcelor-Mittal: «Sarkozy à Gandrange? Un traquenard minable»

16 Octobre 2009 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Actualité

http://www.mediapart.fr/sites/all/themes/mediapart/mediapart/images/mediapart_head.png    Mathieu Magnaudeix

Nicolas Sarkozy a surpris son monde, jeudi 15 octobre, en se rendant à Gandrange (Moselle). En visite le 4 février 2008, il avait promis de convaincre le groupe ArcelorMittal de ne pas fermer une partie de cette usine lorraine ou de trouver un repreneur. Il avait également promis de revenir. Depuis, 595 salariés ont quitté l'usine. Le président n'était pas revenu. Jeudi, il s'est donc invité... en évitant l'usine. Edouard Martin, élu CFDT du comité d'entreprise européen d'Arcelor, parle de comportement «minable». Et affirme qu'aucune des promesses d'investissements n'a été honorée : «Depuis un an et demi, il ne s'est rien passé du tout.» Entretien.

Que vous inspire la visite impromptue de Nicolas Sarkozy à Gandrange, ce jeudi?
C'est minable. La semaine dernière, le chef de l'Etat était ici, en Moselle, à 15 kilomètres, il a visité l'usine Smart de Woippy. Nous, nous étions devant l'usine à Gandrange, nous lui avions demandé de venir nous voir comme il s'y était engagé en février 2008. Il n'a pas daigné nous rencontrer. Et voilà qu'aujourd'hui il vient faire un coup de com'. Il s'agit encore d'un effet de manche. Ce président omniprésent ne peut pas supporter qu'on ne parle pas de lui.

Mais ce jeudi, je considère que Nicolas Sarkozy nous a fait un bras d'honneur. Car celui qui s'autoproclame le président des ouvriers n'est même pas venu à l'usine: il est venu en mairie de Gandrange, où se tenait une réunion entre le préfet de région, les deux députés et six syndicalistes. Nous n'avions pas été prévenus, c'est le préfet qui a indiqué au cours de cette réunion que Nicolas Sarkozy allait arriver dans un quart d'heure. [Edouard Martin avait été invité à cette réunion mais n'avait pu y assister pour des raisons d'agenda, cette rencontre ayant été annoncée «trop tard», dit-il].

Si nous avions su qu'il allait venir, sa visite ne se serait pas passée comme cela. Il craignait peut-être que sa lune de miel vire au cauchemar... [Nicolas Sarkozy était venu la première fois à Gandrange au lendemain de son mariage avec Carla Bruni. Devant les ouvriers, il s'était d'ailleurs écrié: «La Lorraine, comme lune de miel, y a pas mieux.»] Le président de la République a monté un traquenard. Il a attiré les syndicalistes et les élus à la mairie de Gandrange pour les piéger.

Le président a annoncé un contrat de 300 millions d'euros entre le sidérurgiste Corus et Réseau ferré de France (RFF) pour la construction de voies ferrées. Il a également parlé de 20 millions d'euros et annoncé des projets industriels. Etes-vous satisfait?

La seule nouveauté, c'est ce contrat entre Corus et RFF. Mais ça fait deux ans qu'on en parle ici! En fait le groupe Corus qui est installé près de Gandrange, à Hayange, dit depuis longtemps qu'il est prêt à investir 35 millions d'euros dans son usine, mais à condition d'obtenir de la SNCF un contrat pour des rails. Depuis deux ans, on discute de ce dossier avec le préfet et les élus locaux.

Nicolas Sarkozy nous annonce que le contrat a été signé, c'est une bonne nouvelle. Mais il n'a rien à voir avec Gandrange! Dès l'été 2008, Nicolas Sarkozy nous avait annoncé 10 millions d'euros d'investissements de l'Etat, et 10 millions d'ArcelorMittal. Ce sont ces mêmes 20 millions d'euros dont il nous a à nouveau parlé aujourd'hui! La réalité, c'est que, depuis un an et demi, il ne s'est rien passé du tout. Rien n'est sorti de terre, nada, niente. Depuis un an et demi, on nous parle d'un centre de formation de 120 apprentis. Nicolas Sarkozy en a reparlé aujourd'hui... mais rien n'a débuté. Il devait y avoir 20 apprentis en septembre, il y en a eu... zéro. En fait, aujourd'hui, le chef de l'Etat est venu nous dire que, pour ce qui concerne le dossier Gandrange, il n'a strictement rien fait. Il n'a pas tenu ses promesses. Je lui décerne un zéro pointé. D'autant qu'entre-temps, l'électricien Powéo a abandonné son projet de centrale qui aurait pu créer 320 emplois...

http://www.leparisien.fr/images/2009/02/08/403668_photo-1234109511535-1-0.jpg

A Gandrange, 575 emplois sur 1100 ont été supprimés. Où en sont ceux qui ont quitté le site?
Ils ont été reclassés en interne par le groupe ArcelorMittal pour une grande majorité, au Luxembourg ou dans les hauts fourneaux de Florange [le fleuron d'ArcelorMittal dans la vallée de la Fensch, à 8 kilomètres de Gandrange].Une quarantaine restent encore sans solution. Du reste, la visite de Nicolas Sarkozy ne m'a pas du tout rassuré sur l'avenir du site de Florange. Car ce qui pourra durablement sauver les hauts fourneaux, c'est le projet de captation du CO2 qui s'appelle Ulcos. Nous savons depuis un an que Florange est en lice pour cet investissement qui doit être fait par ArcelorMittal. Cet après-midi, Nicolas Sarkozy n'en a pas parlé. J'attends donc des précisions à ce sujet.

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