Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Désirs d'Avenir 76

A Bordeaux, Sarkozy accuse Hollande : comment perdre toute dignité en un discours ?

4 Mars 2012 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Dans la presse

nouvelObs.com, journal d'actualité en temps réel

LE PLUS. Dans le virulent discours de Bordeaux, Nicolas Sarkozy a accusé, sans le nommer, François Hollande de vouloir porter atteinte à ce qu'il appelle la "civilisation de la République française". Pourquoi si peu de commentaires pour souligner cette grave accusation ?

Par Bruno Roger-Petit Chroniqueur politiquerunoEdité par Louise Pothier   Auteur parrainé par Benoît Raphaël

"Virage à droite" ont dit les commentateurs, sur les toutes les antennes, après le discours de Bordeaux prononcé par Nicolas Sarkozy. "Posture tactique" ont-ils ajouté, posture destinée à arracher quelques dizaines ou centaines de milliers de voix à Marine Le Pen. Sans doute ont-ils raison. Mais faut-il s'arrêter à cela et passer à autre chose, sans s'interroger un instant sur lesaccusations portées par Nicolas Sarkozy à l'encontre de François Hollande et sans en mesurer le sens et la portée ?

 

 

Le discours de Nicolas Sarkozy à Bordeaux, présenté aussi comme "fondateur" (après Annecy, Marseille, c'est le troisième discours "fondateur", mais passons) repose sur un postulat : après les événements de Bayonne, François Hollande s'est mis hors la République, comme l'était Mitterrand avant lui.

 

Dès lors, du point de vue de Nicolas Sarkozy, il est possible de dresser un portrait du candidat socialiste à la fois hallucinant et épouvantable : celui d'un leader qui s'apprête à détruire la République, donc la France, et ce en s'appuyant sur toutes les forces endogènes et exogènes possibles.

 

Evocation du passé

 

Ce discours, n'en déplaise aux défenseurs de la "majorité silencieuse" qui serait désireuse de défendre la "civilisation de la république" (sic) en évoque d'autres, d'un autre temps.

 

Il ne faut pas s'y tromper, si Nicolas Sarkozy a substitué aux nécessités du temps et de la triangulation, le mot "République" à celui de "France", l'objectif est le même que lorsque ses ancêtres politiques s'en prenaient à Léon Blum, Pierre Mendès France ou François Mitterrand : il s'agit de démontrer que la gauche, c'est l'anti-France.

 

Les attaques contre Hollande, formulées à Bordeaux par le président-candidat renvoyaient aux attaques que durent endurer, des années 30 aux années 80, tous les leaders de la gauche française.

 

La preuve par dix :

 

François Hollande à Dijon, le 3 mars 2012 (F. Dufour/SIPA)

François Hollande à Dijon, le 3 mars 2012 (F. Dufour/SIPA)

 

1. François Hollande, le traître


"Ceux qui se rangent du côté des séparatistes, qui détestent la France, je le dis comme je le pense, n’aiment pas la République. Ceux qui se rangent du côté des voyous, n’aiment pas la République. Et quand on n’est pas capable de défendre les droits des autres avec la même vigueur que ses propres droits, on n’a pas compris ce qu’était la République et quand on ne comprend pas la République, c’est qu’on n’aime pas la République."

 

2. François Hollande, l'immoral


"La République, c’est une morale. Dans la République, il n’y a pas de place pour ceux qui n’ont aucune morale. Dans la République, on donne avant de recevoir. Dans la République, on fait son devoir, parce qu’on considère que faire son devoir n’est pas démodé. Dans la République, on n’exige pas des autres ce que l’on est incapable de s’imposer à soi‐même. Dans la République, le respect est une obligation. Dans la République, le civisme est un devoir. Et dans la République, la politesse est une valeur."

 

3. François Hollande, le sectaire 


"Nous ne leur ressemblons pas. Nous ne leur ressemblerons jamais. Nous ne serons jamais sectaires. Nous refuserons toujours la haine. Jamais il ne viendrait à l’idée de quiconque parmi nous, de perturber leurs réunions, d’empêcher leurs rassemblements, d’invectiver leurs partisans. (...) Eh bien moi, mes chers amis, je ne veux pas de la République des partis, des clans, des sectaires et des haineux !"

 

4. François Hollande, le gaspilleur

 

"La solidarité repose sur le travail des Français. On n’a pas le droit de gaspiller le fruit de ce travail. On n’a pas le droit d’en abuser. On n’a pas le droit de payer plus celui qui fait appel à la solidarité que celui qui travaille pour financer la solidarité. On n’a pas le droit de donner plus à celui qui n’a jamais travaillé et jamais cotisé qu’à celui qui a travaillé et cotisé toute sa vie."

 

5. François Hollande, le fraudeur

 

"La République, c’est la solidarité. Mais la solidarité – je veux le dire parce que c’est mon devoir − il ne faut pas l’abîmer ; l’abîmer avec la fraude, l’abîmer avec la tricherie,l’abîmer avec les abus. Dans la République, il n’y a pas de place pour les tricheurs, pour les fraudeurs et pour les profiteurs."

 

6. François Hollande, le communautariste


"Donner le droit de vote aux étrangers, séparer le droit de vote de la citoyenneté et de la nationalité, c’est porter atteinte à la République parce que c’est ouvrir la voie au vote communautaire et c’est mettre les maires sous la menace du chantage communautaire. Or, la République ne reconnaît pas le communautarisme, aucune communauté."

 

7. François Hollande, le manipulateur

 

"Ce ne sont que des politiciens dont le seul but – parce que derrière cela, derrière les grands principes et derrière les leçons de morale, il n’y a qu’une seule idée : gagner une clientèle électorale à bon compte ! Voilà ce qu’il y a derrière et quand on a perdu le vote populaire, on veut mobiliser le vote communautaire."

 

8. François Hollande, le barbare


"Il faut considérer, mes chers amis, nos jours fériés, il faut considérer la place qu’occupent dans nos villages et dans nos villes les clochers de nos églises et les tours de nos cathédrales ; il faut considérer nos habitudes alimentaires, notre conception de la morale, il faut les considérer,entendez‐moi bien, non pas comme des faits religieux, mais comme des faits de civilisation, la civilisation de la République française."

 

9. François Hollande, le cynique


"Il n’y a pas de place pour le cynisme dans la République française parce que le cynisme, c’est du mépris, du mépris pour les Français. On ne méprise pas les Français quand on aspire à les gouverner."

 

10. François Hollande, l'épurateur


"Voilà donc que sentant l’odeur du fumet, légèrement embrumée, on nous prévient : seront licenciés immédiatement tout policier, tout magistrat, tout procureur, tout fonctionnaire, tout préfet qui aurait eu quelques connivences avec le gouvernement de la République."

 

Si l'on veut bien considérer le sens et la portée de ces dix accusations, force est de constater que le discours de Bordeaux représente bien plus qu'un simple virage tactique. En écoutant ce discours destiné à exciter toutes les peurs et angoisses françaises, supposées ou fantasmées, une fois de plus, on avait le sentiment d'assister à une nouvelle messe d'enterrement du gaullisme.

 

A ce rythme là, une question se pose désormais, qui pèsera lourd au regard du jugement de l'Histoire : Nicolas Sarkozy réussira-t-il à perdre l'élection présidentielle sans y perdre, aussi, sa dignité ? 

Partager cet article

Commenter cet article