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Mardi 13 février 2007
«Nous sommes prêts à confronter nos chiffres»


Par Muriel GREMILLET
QUOTIDIEN : mardi 13 février 2007
Eric Besson, député de la Drôme, est secrétaire national du parti socialist  chargé des questions économiques. Il détaille le chiffrage du «Pacte présidentiel» de 100 propositions annoncé par Ségolène Royal. Et réfute toute surenchère illusoire pour en souligner le côté réalisable.
Dimanche, dès le début de son intervention, la candidate avait fixé un cap de stabilisation de la dette publique, tout en annonçant une relance de la consommation via l'augmentation du Smic ou des «petites pensions» de 5 % dès le mois de juin. Ségolène Royal a également promis un effort en direction des jeunes, avec la création de 500 000 «emplois tremplin», et davantage de moyens pour l'éducation, notamment à travers la limitation du nombre d'élèves par classe. Et la candidate annonce aussi un «doublement du budget de la justice». Autant de mesures qui supposent des créations de postes de fonctionnaires. Le PS affirme que toutes les futures dépenses ainsi annoncées sont budgétées et strictement encadrées et annonce ne pas craindre le débat frontal sur cette question du financement.

Quelle est la philosophie de la politique de dépense publique défendue par Ségolène Royal ?

Le pacte présidentiel de Ségolène Royal réconcilie la «gauche moderne»  qui mise sur la production de richesse, sur le développement des entreprises et l'innovation pour relancer le pays  avec la gauche fidèle à ses valeurs traditionnelles, que sont les revenus du travail, le pouvoir d'achat et l'amélioration de la vie quotidienne des Français. Notre modèle s'inspire des pays scandinaves. Il s'agit aussi de rebâtir un équilibre entre les droits et les devoirs des citoyens. Nous allons créer de nouvelles allocations, comme celle d'autonomie pour les jeunes, mais, en contrepartie, ces jeunes devront s'engager à donner de leur temps puis à s'insérer par le travail.
La candidate a pris un engagement fort en matière de limitation de la dette publique. C'est assez inédit.

Nous avons travaillé, depuis la présentation du projet socialiste le 1er juillet dernier, dans un cadre financier très contraint. D'une part, nous nous engageons à ne pas augmenter durant le quinquennat le taux des prélèvements obligatoires. D'autre part, nous fondons nos prévisions sur un objectif de croissance de 2,5 % en moyenne sur les cinq ans. Ce qui dégage entre 31 milliards et 35 milliards d'euros net pour financer des dépenses nouvelles.
Ces 35 milliards seront-ils suffisants pour financer les 100 mesures du Pacte présidentiel présenté par Ségolène Royal ?

Oui, parce qu'un gros effort sera fait en matière de redéploiement de certaines dépenses et d'économies. Ainsi, le droit au premier emploi sera financé en partie par une réaffectation des moyens alloués à l'apprentissage. La question de la sécurité sociale professionnelle, qui devrait permettre à un salarié licencié de toucher 90 % de son salaire pendant sa période de formation devra, par la négociation, mieux utiliser les fonds de la formation professionnelle. La hausse des petites retraites, dès juin 2007, dépendra aussi en partie de la décision des partenaires sociaux. Mais l'Etat peut agir par le biais du minimum vieillesse.

La droite vous accuse de relancer la dépense publique.

Nous n'avons pas de leçon à recevoir de l'UMP. En cinq ans, la droite a augmenté les prélèvements obligatoires d'un point. La dette s'est alourdie de 300 milliards d'euros, et le déficit du commerce extérieur flirte avec les 30 milliards d'euros. Nous, nous prenons des engagements clairs, notre chiffrage sera actualisé dans les jours à venir. Et nous sommes prêts à confronter nos chiffres à ceux de l'UMP sous le contrôle d'experts indépendants. Nous n'avons pas la légèreté de Nicolas Sarkozy qui abandonne 17 milliards de cotisations sociales d'un coup lundi dernier, annonce vouloir baisser les prélèvements obligatoires de 4 points en cinq ans, pour annoncer finalement que cette baisse se ferait plutôt sur dix ans.
Et si la croissance n'est pas au rendez-vous ?
Dans ce cas, nous serons conduits à réduire la voilure des dépenses et à concentrer nos efforts sur les dépenses d'avenir. Nous avons une vraie stratégie de croissance par le financement de la recherche, des universités, de la formation, de ce qu'on appelle l'économie de la connaissance. Et cette croissance sera aussi soutenue par notre relance du pouvoir d'achat des plus modestes. C'est une exigence sociale mais aussi un élément important pour relancer la machine économique.


http://www.liberation.fr/actualite/politiques/elections2007/234877.FR.php
© Libération

Impossible promesse fiscale de N Sarkozy
Par Thomas PIKETTY
QUOTIDIEN : lundi 12 février 2007
Thomas Piketty est directeur d'études à l'Ehess.
Parmi les éléments les moins crédibles du programme de Nicolas Sarkozy  la palme revient sans conteste à la promesse de réduire de 4 points de PI  (produit intérieur brut) le taux de prélèvements obligatoires.
 Pour tous ceux  qui n'ont pas la chance rare de patauger quotidiennement dans ce type de  statistiques, l'objectif peut sembler abstrait et difficile à évaluer. Aprè  tout, avec un taux global de prélèvements obligatoires en France d'enviro  44 % du PIB (sous forme d'impôts, cotisations et diverses taxes), pourquoi ne  serait-il pas possible d'envisager une réduction de 4 points ? Pour aider à s  faire une idée et comprendre à quel point un tel objectif n'a aucune chanc  de se réaliser au cours de la prochaine législature, il est utile de rappeler  quelques ordres de grandeur
Quatre points de PIB, cela représente, par exemple, davantage que toutes les recettes cumulées de l'impôt sur le revenu, de l'impôt sur les successions et de l'impôt de solidarité sur la fortune. Si Sarkozy envisage de supprimer ces trois impôts d'un geste auguste, qu'il l'annonce ! A titre de comparaison, Chirac est parvenu en 2002-2007 à réduire de moins de 20 % l'impôt sur le revenu. Surtout, cette baisse a été plus que compensée par les multiples hausses de taxes et de cotisations, si bien que le taux global de prélèvements obligatoires, stabilisé autour de 42-44 points en France depuis 1985, a en réalité progressé de près de 1,5 point entre 2002 et 2007, en particulier quand l'actuel candidat UMP était en charge de Bercy... Car, pour réduire de 4 points de PIB les prélèvements tout en réduisant les déficits, il faudrait être capable de réduire de 4 points les dépenses publiques et indiquer précisément lesquelles.
Or, 4 points de PIB, cela représente, par exemple, quatre fois le budget de l'Enseignement supérieur et de la recherche, ou bien une réduction de plus de 50 % des dépenses de santé. Comment Sarkozy compte-t-il s'y prendre pour faire de telles économies ? A ce jour, les seules économies vaguement mentionnées concernent les habituels percepteurs et supposées gabegies de Bercy, gisement considérable... inférieur à 0,1 point de PIB, et qui  vu la mollesse avec laquelle notre audacieux candidat évoque le prélèvement à la source  a peu de chances d'être exploité.
La vérité est que, compte tenu de la hausse structurelle des dépenses de santé et de retraites (qui ne pourront être stabilisées que par une régulation patiente, novatrice et courageuse), et compte tenu des nouveaux besoins (formation, recherche...), il n'est ni possible ni souhaitable de promettre des réductions de dépense aussi massives. Quant à l'idée absurde selon laquelle la croissance permettrait mécaniquement de réduire la part de l'Etat dans le PIB, elle révèle une étonnante incompréhension des mécanismes économiques élémentaires : sauf à supposer un fort décrochage des salaires du public (perspective peu souhaitable pour un Etat qui se veut efficace), l'Etat devra toujours consommer peu ou prou la même part du PIB pour offrir les mêmes services de santé, formation, retraites, etc. Si la croissance avait pour effet magique de réduire massivement le taux de prélèvements, cela se serait vu, en France comme à l'étranger.

De fait, la meilleure façon d'apprécier l'absence totale de crédibilité de la promesse sarkozienne est de jeter un coup d'oeil aux expériences internationales. La vérité toute simple est que jamais aucun pays développé n'a abaissé de 4 points son taux de prélèvements obligatoires. Au moment où la révolution thatcherienne a produit ses effets les plus forts, de 1985 à 1995, les prélèvements n'ont baissé au total que d'à peine 2 points de PIB au Royaume-Uni (avant que Blair ne les réaugmente de 2 points, retrouvant ainsi aujourd'hui le taux d'environ 37-38 points de 1985). Nicolas Sarkozy envisage-t-il de faire des coupes deux fois plus lourdes que Margaret Thatcher dans une période de temps deux fois plus courte ? Si l'on examine les autres pays, dont on vante habituellement l'expérience modernisatrice, on constate au mieux une stabilisation des prélèvements obligatoires, en aucun cas des baisses de 4 points de PIB : la Suède a stabilisé ses prélèvements autour de 50-52 points de PIB depuis 1990, le Danemark autour de 49-50 points, etc. En France, pas davantage que dans tous les autres pays, aucun gouvernement dans un avenir prévisible ne baissera de 4 points de PIB en quelques années.

En se lançant dans de telles promesses, sans même prendre la peine d'expliquer le début du commencement de la méthode envisagée (et pour cause), Nicolas Sarkozy révèle une fois encore sa vraie nature. Loin du parler vrai et de la transition douce du gaullisme vers le libéralisme social et moderne, le candidat UMP incarne une sorte de gaullo-bushisme autoritaire et populiste.
Comme Bush, qui stigmatisait ceux qui osaient dénoncer les conséquences ultra-inégalitaires de ses baisses d'impôts («fuzzy Washington math»), il affiche son mépris pour les statistiques et les analyses qui le contredisent. Comme son modèle, sa foi messianique dans son intuition intime de ce que veut le «peuple» (en vérité quelques groupes de pression croisés ici et là) le rend capable de tous les excès.

http://www.liberation.fr/rebonds/chroniques/economiques/234540.FR.php
© Libération
 

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citation

"Plus les hommes seront éclairés plus ils seront libres." Voltaire


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