Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Désirs d'Avenir 76

Vivons-nous encore dans une société de classes ?

23 Septembre 2009 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Débat

http://www.laviedesidees.fr/local/cache-vignettes/L191xH71/siteon0-af99a.png

Trois remarques sur la société française contemporaine

http://www.laviedesidees.fr/local/cache-vignettes/L200xH150/auton12205-3a0ee.jpg

par Olivier Schwartz [22-09-2009]   Domaine : Société     Dossiers : Réinventer la démocratie

Désavantage social, conversion d’une partie des catégories supérieures à la culture de la performance, réticence d’une partie des catégories modestes à des politiques trop orientées en direction des plus pauvres. Tels sont les trois faits qui, selon Olivier Schwartz, peuvent constituer des sources de difficultés pour reconstruire une cité de semblables. De ce panorama, il ressort que la France est à la fois plus et moins une société de classes qu’il y a une quarantaine d’années.

Ce texte est la version rédigée de l’allocution prononcée par l’auteur lors du forum Réinventer la démocratie, organisé par La République des Idées à Grenoble en mai 2009. Olivier Schwartz participait à une table-ronde consacrée au thème « Classes, générations, âge », aux côtés de Louis Chauvel et de François Héran. L’enregistrement audio de cette table-ronde est disponible en podcast sur le site de La République des Idées].

La question de la démocratie qui nous est posée aujourd’hui, c’est au fond celle de savoir dans quelle mesure nous sommes aujourd’hui capables, pour reprendre une expression de Robert Castel, de continuer à former, ou de recommencer à former une société qui soit une « société de semblables ». Une société de semblables, c’est-à-dire une société qui soit vraiment capable d’intégrer l’ensemble de ses membres, et qui se donne les moyens de contenir au maximum les inégalités. Pour contribuer à la discussion sur cette question, je voudrais simplement ici proposer trois observations factuelles et une remarque épistémologique. Les trois observations porteront sur des faits qui peuvent constituer aujourd’hui des sources de difficultés, des obstacles pour aller précisément dans ce sens, celui de la refondation d’une cité de semblables.

Pour que mon propos soit sans ambiguïté, il va de soi que j’adhère complètement et pleinement à cet objectif à la fois civique et politique. Ma seule préoccupation est de m’arrêter sur des faits qui peuvent faire difficulté dans cette voie, et sur lesquels il faut par conséquent réfléchir. Ces faits, ces observations, ne prétendent nullement être exhaustifs. Il y aurait certainement bien d’autres éléments à mentionner. J’ai par contre délibérément choisi trois faits qui vont me conduire à me situer à des niveaux différents de la hiérarchie sociale.

Extension du domaine du désavantage social

Le premier fait est – malheureusement – d’une grande banalité : il s’agit de l’ampleur qu’a atteint, dans notre société, ce que l’on peut appeler le phénomène du désavantage social, le phénomène que représente l’existence de « groupes désavantagés ». J’entends par là des groupes dont les membres sont en situation vulnérable, sont exposés au chômage, à la précarité, aux emplois durs et mal rémunérés, à la relégation dans certains cas… Lorsque l’on regarde la société française telle qu’elle est aujourd’hui (et de ce point de vue, je suis profondément d’accord avec les critiques que Louis Chauvel n’a cessé de formuler, ces dernières années, contre la thématique de la moyennisation [1]), on ne peut pas ne pas être frappé par l’étendue du phénomène et par le nombre de groupes qu’il affecte. Il y a d’une part tout un pan des salariés d’exécution du secteur privé : ces ouvriers frappés, aujourd’hui plus que jamais, par le chômage, la marginalisation, le fait de travailler dans des entreprises en déclin, et plus largement par tout ce processus de détérioration de la condition ouvrière sur lequel, depuis plusieurs années déjà, des travaux de sociologues ont attiré l’attention ; ces salariés occupant, dans les services et le tertiaire, ce qu’il est convenu d’appeler les emplois peu qualifiés… Tout un pan du salariat d’exécution du privé est aujourd’hui en situation de désavantage social.

Et par ailleurs, il y a les jeunes. Les jeunes de familles populaires, bien sûr, d’abord et avant tout, et notamment les jeunes issus de l’immigration. Mais c’est aussi toute une partie des jeunes diplômés de l’université qui rencontre, aujourd’hui, on le sait, de grandes difficultés pour accéder à l’emploi, et qui n’y parvient que dans des conditions précaires, marquées par le déclassement…(....) suite

Partager cet article

Commenter cet article