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Vendredi 3 juillet 2009 5 03 07 2009 14:36

http://www.mediapart.fr/sites/all/themes/mediapart/mediapart_v2/images/mediapart_head.png 02 Juillet 2009 Par matthieu.vittu


Par Rémi Lefebvre, Professeur en science politique à l’Université de Reims

et co-fondateur du club Gauche Avenir.

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Le parti communiste

1.    Le déclin électoral
Le déclin électoral du PC, amorcé dans les années 70, s’amplifie dans les années 80 et 90. Le parti communiste retrouve « l’implantation en archipel » qui était la sienne dans l’entre-deux-guerres et son électorat qui se dénationalise se rétracte sur ses bases locales.
Les résultats sont catastrophiques lors des élections présidentielles (1,93 % en 2007 avec Marie-George Buffet, 3,37 % en 2002). Robert Hue réunit en 2002 moins d’un million de voix, moins de 3.5% des suffrages exprimés, ce qui le place derrière LO et la LCR, et 94% des ouvriers n’ont pas voté pour lui1. Le PCF s’est alors trouvé coincé entre la loyauté à l’égard de la gauche plurielle et la défense du monde du travail2. Certains concluent à « l’acte de décès » probable du PCF3. Le 22 avril 2007 au premier tour de l'élection présidentielle Marie-Georges Buffet, candidate de la « gauche populaire et antilibérale soutenue par le Parti communiste français », obtient le score le plus bas de toute l'histoire du PCF au niveau national : 707 327 voix, soit 1,93% des suffrages exprimés, arrivant en septième position.(.....)


2.    La désouvriérisation de l’organisation


Les causes de ce déclin sont multiples mais la dimension sociologique est centrale. Avec le « morcellement », le désœuvrement de « la classe ouvrière », les mutations du travail et l’individualisation des sociétés « post-matérialistes », le modèle social sur lequel la « classe ouvrière » s’est développée tend à disparaître. Aujourd’hui, le mouvement ouvrier n’est plus le principal acteur populaire, ni le principal acteur du mouvement social, et se trouve directement menacé par les nouvelles formes d’exclusion. « C’est avec ce parti que le monde ouvrier avait gagné ses lettres de noblesse et accédé à l’existence politique. Là résidaient pour une part la force et la puissance du parti communiste. Là est aujourd’hui sa faiblesse » note un spécialiste du PC François Platone. L’accroissement de l’individualisme a pu contribuer à miner les valeurs et solidarités ouvrières. (....)

Les Verts

1.    Des performances électorales variables

Les résultats sont contrastés selon les types d’élections, les résultats étant les plus faibles dans les scrutins nationaux. Certains observateurs notaient en 2007 le paradoxe suivant : jamais la préoccupation écologiste n’a été aussi importante auprès des citoyens alors que les résultats ont été les plus mauvais depuis près de 30 ans. L’effondrement en 2007 aux présidentielles n’est pas seulement en % mais aussi en voix, Dominique Voynet n’ayant fait que 500 000 voix au lieu du million auquel les Verts été habitués, pour une participation au demeurant plus massive. Mais les dernières européennes ont complètement bouleversé ces interprétations, redonnant crédit et crédibilité aux écologistes. Ce retournement traduit bien la fragilité de la position des Verts dans le champ politique et le marché électoral.
Les Verts ne bénéficient pas comme le Parti Communiste de bastions et il s’agit indéniablement d’une faiblesse notamment dans le cadre de scrutins uninominaux (comme les élections cantonales et législatives) où existe une compétition à Gauche. (.....)

2.    Une organisation qui se professionnalise politiquement

Les Verts ont longtemps refusé la logique de la professionnalisation (méfiance à l’égard des élus, refus du cumul…). Le parti écologiste apparaît aujourd’hui de plus en plus professionnalisé. On recense 41 maires Verts - 3 femmes et 38 hommes - sortis des urnes au lendemain du 16 mars 2008 (tous dans des villes de moins de 10 000 habitants à l'exception de Montreuil, Bègles, le deuxième arrondissement de Paris et Mèze). 23 sont sortants, 18 sont nouvellement élus. A l’issue des dernières cantonales, les Verts comptent 11 élu-e-s - 3 femmes et 8 hommes -, dont 4 sortants, auxquels s’ajoutent 7 élus de 2004. À l'issue des élections régionales de 2004, on recensait 168 conseillers régionaux. Les verts comptent cinq sénateurs et quatre députés.
Ce poids des élus est à rapporter à la faiblesse numérique des militants. Au 30 juin 2003, on recensait 7755 adhérents (au 31 décembre 2002 : 9700 adhérents). Les Verts éprouvent des difficultés à conserver la totalité de leurs adhérents d’une année sur l’autre. Ce problème est constant chez les Verts mais aussi chez les partis politiques français. La dernière enquête auprès des militants Verts s’est déroulée au cours de l’hiver 1999. 70 % des adhérents ont plus de 40 ans. Ce sont les catégories intellectuelles (enseignants, diplômés de l’enseignement supérieur, etc.) qui sont les mieux représentées au sein du mouvement. Le positionnement sur l’échelle gauche/droite,  mérite d’être souligné puisque 69 % des adhérents se situent sur les cases d’extrême gauche ou de gauche, contre 8 % en "Ni gauche ni droite".

La gauche radicale

1.    Sociologie électorale

L’extrême gauche se caractérise tout d’abord par sa très grande diversité : plusieurs partis se revendiquant du trotskisme, le mouvement altermondialiste… Si aujourd’hui elle totalise environ 9% des voix à l’occasion du premier tour de l’élection présidentielle 2007 (Parti communiste inclus), la moitié des suffrages se sont portés sur le candidat de la LCR Olivier Besancenot. Ce résultat est à mettre en parallèle avec celui de la précédente élection présidentielle, l’extrême gauche ayant divisé son score de moitié par rapport à 2002. 53% des électeurs d’Arlette Laguiller de 2002 on revoté pour la candidate de Lutte Ouvrière en 2007, ce chiffre tombant à 38% pour Olivier Besancenot. Le report des voix de Robert Hue en 2002 vers la candidature de Marie-George Buffet en 2007 aura été de 42%.
Une étude de l’institut CSA a permis de mieux cerner la sociologie de l’électorat d’extrême gauche à l’occasion de cette élection. S’il s’agit d’un électorat populaire, il n’y a pour autant pas eu un vote ouvrier (François Bayrou, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy recueillent plus de voix chez les ouvriers). C’est un électorat essentiellement jeune (12% chez les 18/24 ans, seulement 3% chez les 65 ans et plus). L’extrême gauche recueille 14% auprès des chômeurs, 12% chez les étudiants et autres inactifs, 15% chez les salariés en CDD, 11% chez les intérimaires. Le vote d’extrême gauche est légèrement plus fort chez les salariés du secteur public que ceux du privé (11% contre 8%). Seulement 13% des électeurs ayant voté Non en 2005 ont reporté leur suffrage sur l’extrême gauche ‘et 4% des électeurs du Oui).

2.    Le NPA

Dans une étude publiée en décembre 2007, Florence Johsua, doctorante au Centre de recherches politiques de sciences po (Cevipof) souligne que la percée électorale d’Olivier Besancenot à la présidentielle de 2002 s’est traduite par un changement de profil des nouvelles recrues de la LCR. Le visage militant de la LCR s’est profondément modifié depuis 2002. La frange la plus importante des adhérents est désormais composée de "primo-militants", c’est-à-dire de personnes n’ayant jamais fait de politique. Ce rajeunissement s’est poursuivi après la présidentielle de 2007. La LCR avant la création du NPA, a désormais une pyramide des âges inversée par rapport aux partis comme le PCF ou le PS : près d’un quart de ses militants ont moins de 30 ans et la moitié moins de 40 ans. Sa composition sociale a aussi profondément changé. La LCR attire des couches plus populaires qu’auparavant, avec une part importante de personnes en contrat précaire (CDD, intérim ou en stage). La catégorie qui a explosé est celle des employés, qui compte désormais pour 25 % des effectifs - quasiment autant que les professeurs (28 %). Ce "tournant employé" s’est accentué depuis deux ans. Le parti attire les jeunes actifs déclassés, catégories populaires qu’on retrouve dans les études d’opinion favorables à Olivier Besancenot. Ils ne viennent pas vers la LCR ou aux comités pour un nouveau parti anticapitaliste en attente du Grand Soir, mais pour changer le système le plus vite possible. Leur horizon de militantisme est assez court. Ces jeunes recrues n’ont aucune formation ni culture politique. Ils débarquent avec leur révolte brute. Ils ont des attentes extrêmement fortes d’efficacité immédiate.

Le Parti socialiste

1.    Evolution de l’électorat socialiste

En 1986, deux politologues américains publient un livre intitulé Paper Stones. A History of Electoral Socialism, dans lequel ils développaient l’idée que le socialisme européen est confronté à un dilemme électoral structurel et difficilement soluble : la nécessité d’attirer les électeurs des nouvelles classes moyennes salariées, de plus en plus nombreux, sans perdre l’appui essentiel des classes populaires. Ce dilemme, qui l’oblige à pratiquer un grand écart permanent risque de lui faire perdre son ancrage populaire sans fixer pour autant les classes moyennes, les premières étant surtout attachées à la protection collective et au travail productif tandis que les secondes le sont surtout aux valeurs individualistes du libéralisme culturel et aux valeurs anti-productivistes de la protection de l’environnement. La fragilité électorale particulière du Parti socialiste français l’expose en permanence à souffrir, plus qu’un autre, de la difficulté à résoudre ce dilemme électoral, comme le montre bien le politiste Gérard Grunberg qui écrit récemment : « Périodiquement, dans les périodes de crise interne, une partie de son électorat populaire le déserte pour la droite ou l’extrême-droite – et non pas pour la gauche de la gauche – tandis que les classes moyennes urbaines et diplômées, en particulier dans les jeunes générations, lui préfèrent le mouvement écologiste quand il est bien dirigé, ou éventuellement d’autres forces politiques situées au centre gauche. C’est ce qui s’est passé à plusieurs reprises depuis le début des années 1990. C’est, plus nettement encore, ce qui s’est passé dimanche dernier au profit des listes animées par Daniel Cohn-Bendit ». (.....)

2.    Un syndrôme SFIO ?

 
Le PS apparaît de plus en plus comme un parti d’élus, une machine électorale professionnalisée performante au niveau local mais systématiquement défaite aux élections nationales. Aux dernières municipales, 22 villes de plus de 50 000 habitants sont tombées dans l’escarcelle du PS : Amiens, Caen, Rouen, Metz, Toulouse, Reims, Strasbourg, Saint-Etienne, Saint-Denis de la Réunion… 7 des 10 premières villes françaises sont désormais dominées par la gauche. Le PS détient 25 villes de plus de 100 000 habitants contre douze pour la droite. Agen, Calais, Châtellerault, Saumur ont été pris par la droite sur la gauche.

S’il revendique le label de « parti de militants », le parti socialiste n’en a que le nom, au moins sur le plan du nombre. Entre 1989 et 1995, le PS a perdu près de la moitié de ses adhérents. Après une timide remontée en 1995, les effectifs se sont stabilisés autour de 120 000 et jusque 2006, ils sont à peu près constants (même si cette stabilité cache un important turnover) ; son retour au pouvoir en 1997 n’a eu aucun effet visible sur son nombre d’adhérents. Entre le congrès de Dijon de 2003 et le débat européen de 2005, le PS perd 10 000 adhérents. Les dirigeants socialistes ont conscience de cette faiblesse organisationnelle. Lors du congrès de Dijon de 2003, F. Hollande s’engage à multiplier par deux le nombre d’adhérents, sans véritablement se donner les moyens de cet objectif, qui relève de la rhétorique obligée des congrès depuis les années 1980. Aucune politique volontariste de recrutement et de diversification sociale n’a jamais été mise en œuvre. De fait, les dirigeants, et tout particulièrement les élus, s’accommodent d’autant plus de la faiblesse des effectifs qu’elle ne nuit pas forcément à leur assise électorale et qu’elle ne pèse pas sur les ressources financières de l’organisation16. Les cotisations des adhérents ne représentent que 8% des recettes du parti en 2003, les cotisations des élus moins de 4%, le reste correspondant à la dotation de l’État (20 millions d’euros sur 22,5 millions de recettes). Le rôle des médias étant perçu comme essentiel, la croyance qu’un parti peut se passer de militants nombreux et actifs se développe.
     Nombre d’adhérents du PS (1989-2005)

    1989    204 172
    1990    165 186
    1991    155 000
    1992    133 794
    1993    113 005
    1994    102 991
    1995    93 603
    1996    111 536
    1997    116 708
    1998    113 446
    1999    119 116
    2000    116 805
    2001    109 464
    2002    129 445
    2003    119 827
    2004    126 150
    2005    127 374

    Source : Secrétariat national aux fédérations du PS

8OOOO adhérents ont rejoint le ps à l’occasion des dernières présidentielles mais dans une très large majorité, ils ne sont pas restés.(....)

Texte intégral de l'article pdf

Par Yvon GRAIC - Publié dans : Analyse
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