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Désirs d'Avenir 76

Assommé par une litanie de défaites....

8 Juin 2009 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Actualité

....le PS cherche comment rectifier le tir

Martine Aubry espérait obtenir un score avoisinant les 20-22%, entre celui de Michel Rocard en 1994 (14,5%) et celui de François Hollande en 2004 (28,5%). Finalement, elle fait tout juste mieux que le premier, avec 16,6%. Surtout, pour la première fois dans une élection nationale depuis les législatives de 1973, où ils étaient à touche-touche avec le PCF (21,4% contre 21,2%), les socialistes sont contestés dans leur leadership à gauche, par l'alliance Europe-Ecologie autour de Daniel Cohn-Bendit, Eva Joly et José Bové (16,2%).

Les résultats du soir, marqués par une forte abstention, ressemblent à une litanie de défaites encore impensables pour le PS il y a une semaine. 18% dans le Nord-Ouest, 17% dans l'Ouest, 17,7% dans le Sud-Ouest, 17,8% dans le Centre. Et en Île-de-France, chez Bertrand Delanoë et Jean-Paul Huchon, Europe-Ecologie devance fortement les socialistes (21% contre 13% dans la région, 27,5% contre 14,7% à Paris!)…

Pour autant, l'heure semble ne pas forcément être à la grande remise en cause à la direction du PS. Martine Aubry a dit «prendre la mesure de la responsabilité qui (lui) incombe» dans ce qui s'annonce comme un nouvel échec du parti à la rose, deux ans après l'élection présidentielle. Mais les proches de la première secrétaire parlent essentiellement de «renforcer le rassemblement et se mettre collectivement au travail», comme Claude Bartolone (qui a, en tant que responsable aux relations extérieures du parti, rejeté l'accord avec le PRG et le MRC de Jean-Pierre Chevènement).

De son côté, Jean-Christophe Cambadélis (directeur de la campagne) refuse de reconnaître un «vote sanction du PS» et en appelle à une démarche de «front populaire», façon de réhabiliter la gauche plurielle dont il avait été le promoteur avec les Assises de la gauche en 1994.

Même si le résultat de ces européennes est à relativiser en raison de la forte abstention (presque 60%) et de la démobilisation de l'électorat jeune et populaire (lire notre entretien avec le politologue Rémy Lefebvre), le score du PS interpelle: 16,6%. Soit le même étiage que le pourcentage recueilli par Lionel Jospin le 21 avril 2002. À l'époque, le reste de la gauche était plus atomisée encore. Mais depuis, le PS n'a pas travaillé à sa remise en question, et la candidature Ségolène Royal lors de la dernière primaire présidentielle s'est même construite contre lui.

À l'opposé, les Verts ont pris le risque de mettre en œuvre une refondation de leur offre électorale en tirant les leçons de leur échec de 2007, quitte à perdre des élus issus directement de leur boutique. Et ils sont désormais en position de force pour aborder les négociations aux prochaines élections régionales, pour peu qu'ils parviennent à réussir à transformer nationalement leur essai européen

Les primaires au centre de la rénovation?

Au PS désormais, pas question de révolution de palais. Elue par les militants, Martine Aubry devrait conserver son poste de première secrétaire, François Hollande ayant renoncé à leur tentative de putsch (notamment sous l'influence de Jean-Marc Ayrault, qui guigne une réélection de président de groupe à l'Assemblée nationale). Il faut dire que l'ancien premier secrétaire du PS est indirectement le grand perdant socialiste du scrutin, lui qui a troublé la campagne socialiste en évoquant un rapprochement avec le MoDem de François Bayrou. Une stratégie contraire à celle qu'il avait fomentée avec Bertrand Delanoë lors du congrès pour faire obstacle à Ségolène Royal, et qui est désormais mort-née.

En coulisses, on se prépare déjà à un remaniement important de la direction, notamment en faveur de Ségolène Royal et de son entourage. Et le débat devrait s'accélérer fortement autour des primaires ouvertes à gauche, réclamés par de nombreux cadres socialistes, issus de toutes les motions du congrès de Reims (les proches d'Hamon dans la gauche du parti, Pierre Moscovici chez Bertrand Delanoë, les proches de Ségolène Royal et Vincent Peillon, et les proches d'Arnaud Montebourg chez Martine Aubry).

Le sénateur David Assouline a d'ores et déjà prévenu: «Il faut engager une vraie rénovation et ne pas venir nous dire cette fois-ci: “après les régionales”, comme on nous a dit “après les européennes”. Il faut y travailler vite, et voir comment, à court terme, on en fait l'affaire des Français.» Evoquant le débat des primaires, il insiste: «Il y a une nécessité de créer une dynamique à gauche, un projet et une méthode permettant de faire émerger un leadership.» «La direction doit envoyer des signaux clairs sur le fait que les choses bougent. On est un certain nombre pour qui ça ne passe plus. Il faut dépasser le PS pour aller vers un grand parti de la gauche, des écologistes aux altermondialistes.» Aurélie Filippetti, députée qui ne sera pas élué eurodéputé, embraye:

Dernière interrogation, avant le conseil national de mardi, quid de Benoît Hamon et de l'aile gauche du parti? Grand perdant du scrutin, le porte-parole du PS (qui avait recueilli 21% des suffrages militants à l'élection du premier secrétaire en décembre dernier) quitte l'europarlement, et envisage de démissionner de son poste. Une démission qui entérinerait le départ de ses proches de la direction. Les discussions devraient se prolonger jusqu'à mardi, et Henri Emmanuelli, figure tutélaire du courant minoritaire socialiste, bataille pour leur maintien dans la direction.

Lieutenant de Benoît Hamon, Razzy Hammadi reste évasif sur le sujet: «Il ne faut pas étudier les résultats mais les interpréter. Il ne faut pas rénover le PS mais le refonder. On a besoin d'un big bang à tous les étages, sur le projet comme sur la sociologie des dirigeants. Nous prendrons collectivement nos responsabilités politiques.» Un autre hamoniste, l'économiste Liem Ngoan-Hoc (élu député européen dans l'Est), s'interroge: «Est-ce qu'on reste pour peser dans la direction avec un message dilué ou est-ce qu'on sort en misant tout pour peser sur des primaires?»

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