"Quelque chose s'est levé qui ne s'arrêtera pas,
ce que nous avons commencé ensemble,
nous allons le continuer ensemble"
"Combattre et proposer"
vous trouverez ici la contribution que nous déposons au Parti socialiste le 2 juillet. Elle est le résultat d’un long travail collectif, d’une large participation de militants, de chercheurs et de femmes et d’hommes politiques.
Vous pouvez y apporter votre signature en cliquant sur le lien prévu à cet effet. Soyons nombreux à porter le changement avec nous. »
Ségolène Royal
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n'oubliez pas la vôtre !
entre le riche et le pauvre, entre le maître et serviteur,
Jusqu’à présent, j’avais cette prétention un peu folle de m’adresser à tous sans la moindre distinction de sensibilité politique : à vous qui avez la fibre sociale, pour vous donner quelques bonnes raisons de croire encore aux vertus d’un humanisme bien pensé – et si possible, pas seulement bien pensant… - et à vous aussi qui êtes provisoirement égarés par la flamboyance trompeuse des discours néo-libéraux, pour tenter sournoisement d’instiller la petite dose de doute de nature à vous détourner du piège populiste qui nous est tendu à l’horizon 2007. Résultat : le silence des premiers rend plus éclatante encore la protestation des seconds. Alors voilà, puisque cette respectable gazette continue, contre toute attente, à m’ouvrir ses colonnes, j’ai décidé de ne m’adresser aujourd’hui qu’à mes seuls vrais amis politiques : non pas à ceux qui surenchérissent dans la générosité sociale en évitant soigneusement de mettre leurs belles théories à l’épreuve des faits mais à tous ceux qui ont fait le choix beaucoup moins exaltant de la laborieuse stratégie des petits pas qui est celle du réformisme social et qui n’en restent pas moins les ardents partisans d’une vraie « gauche de gauche ».
Et puisque maintenant, on est enfin entre nous, on peut bien se le dire : le bleu marine et le kaki ne sont pas très tendance dans nos penderies. On aurait même plutôt la phobie du képi et l’aversion du calot. Très profondément gravées dans quelques sombres replis de nos cerveaux, il y a toujours un vieux fond d’images héroïques prêtes à nous serrer la gorge à en pleurer : des ouvriers en grève qui se révoltent bravement dans les mines ou les fonderies contre un grand patronat brutal qui n’a de cesse de les exploiter éhontément, et le méchant pouvoir qui fait envoyer l'armée, et les soldats qui tirent sur les grévistes affamés, et les chevaux qui les piétinent... Que voulez-vous, c’est comme ça, c’est nerveux : on associe systématiquement les forces de l'ordre à la défense exclusive de l’ordre bourgeois. On ne sait pas d’où ça nous vient exactement ni à l’occasion de quoi se serait insidieusement formée cette malencontreuse répulsion : faut-il y voir le résidu d’un déjà ancien mois de mai avec sa vieille rengaine à la rime si riche : « CRS – SS » ou le souvenir traumatisant d’une interminable année passée sous les drapeaux, d’une manif’ anti-nucléaire qui aurait mal tourné, de quelques anciens PV mal digérés… Allez savoir ! Bref, il faut bien le reconnaître, tout ce qui, jusqu’ici, ressemblait de près ou de loin à un uniforme nous voyait adopter la désormais célèbre position d’ouverture dite de « la moule accrochée au rocher » - pour plagier notre premier ministre dont on nous avait pourtant longtemps vanté le lyrisme et l’élégance du verbe.
Et puis, elle a osé…, elle a prononcé le mot…, le mot tabou. Elle a dit « MI-LI-TAIRE » ! D’emblée, on n’y a pas cru et puis on s’est récrié : trahison, trahison, elle a vendu son âme! On a même pensé : elle l’a chopée la « sarkozite », c’est sûr ! Pardonnez-moi mais parfois, on est vraiment d’une stupidité sans nom. Il est plus que temps de faire notre révolution culturelle. Jusqu’à quand, allons-nous renoncer jusqu’à l’usage même des mots de la contrainte ou de la répression pour nous concentrer sur les seules vertus rééducatives du théâtre ou du roller…? Jusqu’à quand allons-nous laisser la droite tisser son piège ? En se présentant ostensiblement comme seule garante de la sécurité, elle s’est accaparée la sympathie des électeurs populaires, de ceux-là même qu’elle maintient dans la misère par la violence libérale de ses choix économiques. Rien n’est plus déprimant que de voir les habitants captifs des barres et tours de nos tristes banlieues contribuer ainsi à leur asservissement parce qu’en raison de je ne sais quelle pudeur, de je ne sais quelle préciosité idéologique, les porte-parole de la gauche se sont cantonnés frileusement aux seuls discours – certes, ô combien nécessaires – de prévention, ouvrant un boulevard à leurs adversaires sur les thèmes beaucoup plus porteurs d’autorité, de fermeté et d’ordre public.
La gauche n’a pas à s’excuser d’avoir le souci du plus faible, de celui qui est aujourd’hui le plus exposé aux violences des banlieues. Ce devrait même être là le combat par excellence qui devrait tous nous rassembler. Policiers et soldats peuvent être mis au service des gens de peu, les défendre contre ceux d’entre eux dont je persiste à prétendre qu’ils sont tout autant agresseurs que victimes. Car là est notre différence et elle est de taille : le nécessaire recours à la force et à la sanction dans l’ici et maintenant ne nous fait pas renoncer à la compréhension des causes de ces violences et à la proposition d'une politique globale de nature à éviter à l'avenir d'avoir à recourir à toujours plus de répression.
Il est urgent de se défaire de ce vieil a priori coriace selon lequel l’ordre ne serait qu’un outil d’asservissement populaire. Parce qu’en réalité, ce qui est de droite ou de gauche, ce n’est pas le thème de la sécurité, c’est uniquement l’intention de celui - ou de celle…- qui est du côté de la matraque.
Michel CORUBLE










