Ségolène réveille la gauche de son assoupissement rituel.

Jean Daniel,cofondateur et directeur du Nouvel Observateur

L'INSOLITE ET SAVOUREUSE émergence de Mme Ségolène Royal sur la scène montre à quel point la politique intérieure nous ennuyait jusque là. Grandes causes, oui ! Mais conquête du pouvoir, très peu pour nous. Avions-nous tort ? Probablement. Après tout, pour ce qui est de la gauche, une formation politique qui peut offrir des Fabius, Hollande, Lang et Strauss-Kahn (sans oublier Jospin !) n’a pas à rougir. Mais c’est un fait que je m’ennuyais et que Ségolène réveille soudain la gauche de son assoupissement rituel.
Jean Daniel,cofondateur et directeur du Nouvel Observateur

Alors, Ségolène ? Eh bien, on ne pourra pas dire cette fois que ce sont les médias qui l’ont fabriquée. Ebaubis et ricaneurs, les commentateurs l’ont découverte dans les sondages. Et l’on n’a pas manqué de l’attendre au tournant. Avait-elle seulement la moindre idée ? Hélas, hélas, voici qu’il faut bien lui concéder qu’elle prétend restituer à la gauche de grandes orientations populaires. Elle ne s’est pas trompée comme Fabius. Elle n’a pas cru que les « nonistes » constitueraient un rassemblement ni un sursaut. Elle a bien réalisé que plus du tiers des partisans du non avaient voté à droite. Alors, elle s’est tranquillement adressée à eux.
Et cela avec deux sujets au moins, dont nous répétons inlassablement qu’ils devraient être au cœur des préoccupations de la gauche - à savoir la sécurité et l’immigration. ../..
Et aujourd’hui, le plus inattendu est que ce soit Ségolène Royal qui donne l’impression, lorsqu’elle dit quelque chose, de ne pas penser à ses rivaux ou à ses détracteurs. Cela ne suffit pas pour constituer un grand tempérament ni pour procurer une pensée solide. Mais seulement voilà, lorsque ces gens-là parlent, je les écoute.
Parlons de la trop fameuse « sécurité ». Pierre Mauroy, pour sa part, a toujours aimé citer le propos de Pierre Bérégovoy, alors militant syndicaliste, lorsqu’il adjurait que l’on n’oublie pas que les premières victimes de l’insécurité, c’est dans les milieux et les quartiers populaires qu’on les trouve. L’idéal de l’ordre humaniste a été et demeure sans aucun doute l’honneur de la gauche. ../..
Enfin, je l’attends à un autre tournant, lorsqu’il s’agira d’expliquer (si tant est qu’elle souhaite le faire) que la fraternité prolétarienne, comme la charité chrétienne, conduisent à se soucier du sort que l’on peut réserver à ceux que l’on accueille au moins autant qu’à manifester de la compassion envers les clandestins. Il était déshonorant de laisser mourir les sans-papiers qui faisaient, dans nos églises, la grève de la faim. Mais il n’est pas plus honorable de les retrouver dans des immeubles insalubres, finalement contraints à la délinquance ou à la maladie. J.D. texte intégral
par Ségolène for ever
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Dans la presse


