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Désirs d'Avenir 76

Libertés publiques: pour le PS, «la République est en danger»

11 Mars 2009 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Actualité

   http://www.mediapart.fr/sites/all/themes/mediapart/mediapart_v2/images/mediapart_head.png11 Mars 2009  Stéphane Alliès

«L'autre visage de la France d'après.» Cette phrase singeant le slogan de campagne de Nicolas Sarkozy introduit «La France en libertés surveillées», première mobilisation d'envergure du parti socialiste de l'ère Aubry. Après un contre-plan de relance à l'audience relative et un positionnement brouillon sur la grève antillaise, et alors qu'il est traversé par de nouvelles querelles intestines avant les élections européennes, le PS a présenté, mercredi 11 mars, son «livre noir» des libertés publiques sous la présidence Sarkozy.

 

Un document dont la confidentialité a été sévèrement préservée jusque-là (malgré un bogue informatique), au point que le sénateur "royaliste" David Assouline a protesté, mardi 10 mars, au soir, devant le bureau national, regrettant que les proches de Ségolène Royal n'aient pu avoir voix au(x) chapitre(s). Au total, ils sont neuf secrétaires nationaux à avoir participé à sa rédaction, coordonnés par la responsable aux libertés publiques et à la justice du parti, Marie-Pierre de la Gontrie: Pouria Amirshahi, Patrick Bloche, Bruno Julliard, Mireille Le Corre, Sandrine Mazetier, Christian Paul, Marisol Touraine et Jean-Jacques Urvoas. Et à midi ce mercredi, un site internet spécialement dédié a été officiellement mis en ligne.

 

Ce livre noir (166 pages, dos carré et couverture glacée, PDF disponible en cliquant ici, 7.000 exemplaires distribuées) dresse un bilan inquiétant des atteintes liberticides depuis deux ans et l'élection de Sarkozy. Conclu par une chronologie de 17 pages, il s'ouvre par un édito de Martine Abry et une synthèse qui dénonce «la généralisation du traitement répressif de la précarité» ou «l'usage médiatique et émotionnel d'événements exceptionnel ou tragique».

 

On y lit aussi que «rien ne peut justifier un recul des libertés publiques dans une démocratie moderne, pas même en situation de crise comme celle que nous traversons». En conclusion, un constat sévère: «C'est donc bien l'impossibilité pour chaque citoyen de s'émanciper, de rompre avec les inégalités de destin et, plus largement, de "faire société", qui est contestée par les évolutions à l'œuvre sous l'égide de Nicolas Sarkozy.»

 

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Le cœur de la démonstration prend la forme d'un abécédaire de 128 pages, qui balaie de façon succincte mais large le champ des libertés individuelles, de l'entrée "ADN" à l'ultime "Zones d'attente". Se côtoient ainsi les définitions de "Santé mentale", "Sdf", "Sectes" et "Statistiques ethniques". Ou encore de "Passeport biométrique" et "Présomption d'innocence", de "Gardes à vue" et "Homophobie", de "Constitution" et "Création artistique"…


On retiendra de cet inventaire une dénonciation de «l'amalgame dangereux entre le trafiquant ou le dealer de drogue et un usager occasionnel, empruntant une voie dont l'inefficacité a été démontrée», ou l'appel à respecter «le droit de manifester, mis à mal par le chef de l'Etat, qui tente de réduire la couverture médiatique de toutes formes de contestation». Au final s'y mélangent promesses non tenues (l'investiture UMP de Christian Vanneste aux dernières municipales), lois et projets de loi, rappels de dérives judiciaires et policières, commentaires de la situation de la presse en France.

 

Chaque article débute par une citation. Du président, d'un membre du gouvernement ou de la majorité, ou du dictionnaire. Comme pour le mot "Rafle", où la définition du Larousse est ponctuée d'un «C'est bien de cela qu'il s'agit, lorsque d'importants dispositifs policiers bouclent un quartier suspect et contrôlent systématiquement toutes les personnes "d'apparence étrangère"».

 

Le thème des médias revient à plusieurs reprises, tant la "Protection des sources" que les "Perquisitions de presse" ou les "Pressions sur les médias", les "Plaintes contre un journal", les "Etats généraux de la presse écrite" et la "Nomination des dirigeants de l'audiovisuel".


«Réaliser l'unité de la gauche le plus aisément»

À chaque définition de l'abécédaire, il est fait référence à un site internet d'une association en pointe contre l'un des multiples facteurs de «la République en danger». Qui les Morts de la rue, qui le Collectif psychiatrie, qui la Ligue des droits de l'Homme, qui Fiche pas mon pote, qui l'Appel des appels, qui le Planning familial, qui RESF… On y retrouve également mention de l'Appel de la Colline de RSF et Mediapart.

 

Avec ce travail entamé en janvier, la nouvelle direction du PS entend faire la preuve qu'elle bat de nouveau le pavé, en étant attentive aux mobilisations diverses et disséminées de l'opposition "anti-Sarko", et aux nouvelles militances qui s'y expriment. Ces citoyens de gauche que les querelles de personnes, l'absence de proposition et les divisions idéologiques ont achevé de lasser.

 

Lors des vœux de la nouvelle première secrétaire, le député François Lamy (son plus proche lieutenant) expliquait en évoquant ce livre noir que le PS entendait «frapper Sarkozy où ça fait mal, car c'est sur ces questions de libertés qu'on peut ringardiser le mieux la droite et réaliser l'unité de la gauche le plus aisément». Il y a un mois, un autre membre du cabinet d'Aubry espérait «pouvoir réussir ce que la gauche avait réussi avec Balladur, en mettant le paquet sur les dérives aristocratiques autoritaires du régime».

 

Le PS a déjà réservé le Zénith pour fêter «Le printemps des libertés», le 22 mars, avec débats «pour la défense de la République», concert de San Severino et discours de Martine Aubry. En espérant que la mobilisation soit au rendez-vous.

 

Depuis plusieurs jours, la maire de Lille met la pression sur son secrétaire national aux relations extérieures, le fabiusien Claude Bartolone, afin que les syndicats autorisent le PS à défiler dans le cortège, lors de la manifestation parisienne du 19 mars prochain. Et non plus sur le côté de la rue. Façon de mieux pouvoir tendre la main au mouvement social et embrasser un peuple de gauche devenu méfiant envers les partis en général, et le PS en particulier.


 

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