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Désirs d'Avenir 76

Au PS, «on touche le fond» sur les européennes

7 Mars 2009 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Actualité

http://l.liberation.fr/img/content/lg_libe.gifFRANÇOIS VIGNAL

La constitution des listes pour les élections européennes reste en travers de la gorge de nombreux élus qui dénoncent «un fonctionnement de bande» de la direction et un parti en décomposition.

 

Martine Aubry, lors du conseil national du PS validant les listes pour les européennes, le 28

Martine Aubry, lors du conseil national du PS validant les listes pour les européennes, le 28 février. (REUTERS)

ou le théâtre des ombres au PS

«On touche le fond». Les mots du député européen de Gironde Gilles Savary donnent une idée du malaise au PS. Du moins chez certains élus, principalement locaux, après la constitution des listes pour les européennes. Savary fait partie de ces sacrifiés, ces sortants sortis par la direction du PS. Il dénonce un parti «au discours schizophrène sur l’Europe. On assène des leçons puis on considère le Parlement européen comme un mandat d’attente, un lot de consolation ou une récompense de congrès…»

On croyait le Parti socialiste sorti des affres du congrès de Reims avec l'entrée des royalistes dans la direction. Il n’en est rien. Le malaise est là, de nouveau. Avec le maire de Lyon Gérard Collomb en fer de lance de la fronde. Sur son blog, il a publié un texte (critiqué localement) pour dénoncer les décisions des «camarades de la direction, souvent juge et partie», et une démocratie bafouée. Lui voulait imposer pour la liste Sud-Est son candidat, maire de la mairie du 3e arrondissement de Lyon. On lui colle Vincent Peillon, royaliste… comme lui. Mais certains attelages de Congrès se brisent dans de telles circonstances.

«Avant que ça ne dégénère...»

On compte parmi les premiers signataires plusieurs présidents de région: Jean-Jacques Queyranne (Rhônes-Alpes), Jean-Yves Le Drian (Bretagne), Jean-Paul Denanot (Limousin) ou François Patriat (Bourgogne). Strauss-kahnien d'origine, soutien de Moscovici pour le Congrès, il appelle les militants de Bourgogne - qui doivent comme tous les autres se prononcer le 12 mars sur la constitution des listes - à voter contre. «Avant que ça ne dégénère, je dis que si on continue à régler les choses en fonction des courants issus du congrès de Reims, on va vers de graves désillusions», avertit François Patriat. J’ai le sentiment d’avoir à légitimer le sort d’une partie de poker entre quelques-uns».

Gilles Savary n’a pas de mots assez durs pour qualifier «la méthode» de la direction. «C’est un fonctionnement en bande, en tribu qui prévaut». «C’est un verrouillage d’appareil comme on en a rarement vu», tonne Malek Boutih, royaliste, comme le député européen de Gironde. «C’est un parti qui fonctionne autour d’un groupe de quatre-cinq personnes, comme si on était un groupe d’extrême gauche, qui ne cherche pas de compromis, qui croit que le passage en force est une méthode».

Savary: «Peillon m’a clairement immolé»

Le député européen de Gironde n’oublie pas son camarade Peillon, à ses yeux en partie responsable de son sort: «Il m’a clairement immolé, il m’a descendu»… «Peillon, ils l’ont pris à la gorge en lui disant qu’il n’avait pas le choix. La direction a joué des lâchetés, des peurs des uns et des autres», analyse Boutih. Et Aubry ? «Elle m’avait assuré que j’étais dans son carré d’as de quatre sortants, glisse Savary. Aujourd’hui, alors que c’est chaud, elle est, au moment où je vous parle, au Maroc! Ça doit être ça faire de la politique autrement». Il continue sa diatribe: «Martine Aubry a bétonné le Nord, puis laissé quelques petits marquis se servir dans le reste de la France. Le parti se décompose».

Plus froidement, le président de la communauté urbaine de Bordeaux, Vincent Feltesse, lui aussi royaliste et signataire du texte, décrit «un malaise assez profond, une déconnexion entre la direction et les territoires locaux. On retrouve le pire des anciennes règles du parti. Sur Savary, c’est hallucinant. On "blackboule" l’un des meilleurs députés européens».

«On touche au cœur du fonctionnement d’un parti: les élections»

Le malaise serait donc profond. «Ce qui se passe, ce n’est pas la reformation de la ligne claire (grands élus de province auteurs d’une contribution pour le congrès ndlr), ce serait caricatural», selon Vincent Feltesse. «Ce n’est pas qu’une révolte des gros barrons», confirme Malek Boutih, qui pointe ceux qu’il dénonce comme responsables: «Aubry, Cambadélis, Bartolone et Lamy, voilà le quatuor (qui décide). Le but : essayer un passage en force pour 2012, au bénéfice de Martine Aubry».

Grippé, l’appareil socialiste serait au plus mal: «Ce système de verrouillage fissure de l’intérieur le parti, selon l’ex-président de SOS-racisme. La réalité, c’est qu’on touche au cœur du fonctionnement d’un parti: les élections. On touche au seul point qui reste commun aux socialistes».

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la fourmi rouge 07/03/2009 11:34

Oui, très bonne analyseLes propos des uns et des autres sont bien rapportés.Une fois n'est pas coutume dans Libération.AS