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Désirs d'Avenir 76

Les nouveaux humiliés

20 Février 2009 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Débat

http://www.whoswho.fr/images_articles/lefigaro.gif D'ALAIN-GERARD SLAMA
20/02/2009

Que peut-il y avoir de commun entre les Antillais, les universitaires, les lycéens, les médecins et les syndicalistes qui manifestent chacun pour soi, en un moment où on attendait plutôt de leur part un mouvement de solidarité face à la crise ? L'angoisse inspirée par les réformes, dont beaucoup attendaient trop, et d'autres pas assez, peut apporter une réponse. Mais elle n'explique pas l'âpreté d'un climat difficile à saisir. Le ressentiment serait un autre point commun, mais le pouvoir fait des efforts pour l'apaiser. Non, ce qui bute, ce qui bloque dans le malaise social actuel est peut-être un sentiment complexe, que Jacqueline Costa-Lascoux, une des spécialistes les plus aiguës des problèmes d'intégration, appelle l'humiliation. Le mot peut paraître fort. Il présente cependant l'intérêt de distinguer les rancœurs actuelles des conflits sociaux ordinaires. L'humiliation, ce serait le sentiment des citoyens, et plus particulièrement de la jeunesse de notre pays, d'avoir été progressivement dépossédés, intellectuellement et moralement, des moyens de s'affirmer comme des acteurs démocratiques à part entière. Cette dépossession n'est pas l'effet d'une défaillance des institutions, ou d'une trop faible participation, thèmes que Ségolène Royal a placés au cœur de son projet politique. Ce n'est pas l'autorité qui est rejetée, c'est le manque de considération qui est devenu insupportable. Et ce phénomène est le résultat de la crise culturelle qui a conduit, depuis vingt ans, la République française à tourner le dos à ses valeurs fondatrices.

Depuis vingt ans, écrit notre sociologue, un mouvement continu de rejet de la raison et de l'universalisme a renversé l'élan qui, depuis les Lumières, tendait à émanciper l'individu des assignations identitaires et des rôles prescrits pour lui donner la pleine maîtrise de sa culture et de son jugement. Elle parle d'or ! Des écrans de télévision aux rappeurs de banlieue en passant par les modes vestimentaires des écoles, poursuit-elle, «le casting s'est ainsi substitué à la singularité des êtres», «l'échantillonnage phénotypique» a remplacé la représentation démocratique, le rapport d'exclusion a supplanté la participation volontaire au contrat social. L'angoisse de la précarité a été directement proportionnelle à cette fermeture. A l'origine, le repli sur des stéréotypes avait pour but de rassurer : il a accru simultanément les comportements mimétiques et l'intolérance. L'école, qui aurait pu et dû être l'antidote de cette dérive, est devenue le champ clos des rivalités de groupes, où chacun cherche à humilier l'autre. Et pourtant, des expériences pédagogiques bien conduites prouvent qu'il suffit souvent de changer quelques méthodes pour faire redécouvrir la langue, les arts et l'histoire. Et pour que, au-delà du chacun pour soi, la conscience d'un intérêt général reparaisse. Si ce réveil devait se vérifier, ce pourrait être un des effets heureux de la crise.

Jacqueline Costa-Lascoux, L'Humiliation, les jeunes dans la crise politique, Editions de l'Atelier, 2008.

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jacques 21/02/2009 08:44

"Ce n'est pas l'autorité qui est rejetée, c'est le manque de considération qui est devenu insupportable. " Voila une formule que Laurent FABIUS ferait bien de méditer pour faire vivre et évoluer notre agglomération !!!