Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Désirs d'Avenir 76

François Chérèque (CFDT) : «Pas de deal avec le gouvernement»

18 Février 2009 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Dans la presse

http://www.mediapart.fr/sites/all/themes/zen/mediapart/images/mediapart_head.png17 fév 2009  Par Mathieu Magnaudeix

http://www.mediapart.fr/files/imagecache/150_pixels/La%20r%C3%A9daction%20Mediapart/630px-Fran%C3%A7ois_Ch%C3%A9r%C3%A8que_2006-03-07.jpgCe mercredi, les syndicats sont invités à l'Elysée pour proposer leurs mesures sociales face à la crise. Le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque, espère «du concret», mercredi, à l'issue du sommet social,faute de quoi «des expressions radicales de désespoir peuvent s'exprimer». Entretien.


Mercredi, les partenaires sociaux sont conviés à l'Elysée. Un sommet pour quoi?

Je vous le dirai demain soir. Mais avant les manifestations du 29 janvier, on avait un discours ferme de la part du gouvernement, il disait : «On ne change rien, on ne modifiera pas notre politique.» Le 29 janvier a amené le président à expliquer sa politique à la télévision et à faire ce sommet social pour, dit-il, amener des solutions et des propositions concrètes. Il y a donc déjà un acquis: ce débat aura lieu mercredi et au lieu de parler de l'agenda social pour 2009 d'une façon assez vague, on va parler de choses concrètes. Je dirai demain si c'était un coup pour rien ou pas.

Le gouvernement va-t-il dire oui à votre proposition d'un fonds d'investissement social de 6 milliards d'euros?
Je le souhaite mais je ne peux pas vous dire. Je ne sais pas ce que le gouvernement va faire. Si je savais, je ne me déplacerais pas. En tous les cas, la démarche de la CFDT est cohérente et juste. Le choix du gouvernement a été de faire un fonds pour aider les banques, un autre pour aider les entreprises en difficulté, un autre pour l'automobile. Ces moyens étaient utiles, mais à côté de cet investissement pour l'avenir au niveau matériel, il faut investir dans l'humain, dans les qualifications des salariés en France. Cette période de crise économique doit être utilisée pour élever le niveau de qualification des salariés tout en leur donnant des moyens de survivre et de compenser les pertes de salaires. C'est d'une utilité fondamentale pour sortir fort de la crise.

Ce fonds a été évoqué très récemment par la CFDT. Finalement, la crise vous permet de mettre en avant une de vos revendications phares, la sécurisation des parcours professionnels et la «flexisécurité».
Cela fait plusieurs années que nous réfléchissons à la sécurisation des parcours professionnels. En cette période de crise, nous avons plusieurs dizaines de milliers de salariés au chômage partiel, plusieurs centaines de chômeurs en plus, nous avons donc réfléchi à une adaptation de notre démarche en période de crise. Et la meilleure solution que nous avons trouvée, c'est la création de ce fonds spécifique. Tout ça est très cohérent par rapport à ce que nous faisons depuis deux ans, sur la modernisation du marché du travail, sur la formation professionnelle...

Cette proposition a d'ailleurs été bien reçue par le gouvernement, si l'on en croit les déclarations de plusieurs ministres.
Comme vous, j'ai entendu des échos positifs des ministres... mais il ne suffit pas de dire que c'est une idée intelligente pour qu'elle se réalise. Elle se réalisera avec des moyens financiers. Si on fait un fonds et qu'il est vide, ça ne sert à rien. On a en fait deux hypothèses, à part celle du refus. Soit le gouvernement crée ce fonds sans mettre les moyens utiles ou alors en y transférant d'autres moyens utilisés pour d'autres mesures sociales: cette piste n'est pas souhaitable. Soit le gouvernement demande aux partenaires sociaux de le financer sur d'autres mesures sociales, mais ce n'est pas non plus la solution parce que ces moyens là sont déjà utilisés par les chômeurs.


Nous, nous proposons une autre piste de financement. Puisque certains ont profité de ce capitalisme financier pour s'enrichir de façon indue, j'estime qu'il n'est pas normal de continuer à leur faire des cadeaux fiscaux. Il faut donc supprimer le bouclier fiscal pour utiliser ses moyens dans ce fonds: il ne sert à rien de financer les heures supplémentaires à un moment de crise où les heures supplémentaires vont remplacer des emplois. C'est en fonction de cette décision de supprimer ou pas le bouclier fiscal que nous jugerons positif ou pas ce que fera le gouvernement. 

Accepteriez-vous d'autres pistes de financement, par exemple d'affecter une partie des 26 milliards d'euros de la formation professionnelle ou les 23 milliards d'allègements de charges accordées aux entreprises, comme certains "sociaux" de l'UMP le souhaitent?
Je répète que la suppression du bouclier fiscal est un élément très important. Les salariés ne comprennent pas que derrière le discours présidentiel sur l'enrichissement indu de certains qui ont profité de ce capitalisme dérégulé, il continue de faire des cadeaux fiscaux. Mille foyers, je dis bien mille foyers ont eu jusqu'à 400.000 euros de cadeaux fiscaux [253.000 euros en moyenne, selon Gilles Carrez, rapporteur UMP du budget] parce qu'ils avaient payé trop d'impôt! La justice sociale dans notre pays nécessite au minimum de remettre en cause ces cadeaux faits à une période où la crise n'était pas là.

Etes-vous prêt à lâcher les autres syndicats pour la journée d'action du 19 mars si le gouvernement met en place le fonds que vous proposez?
Attendez, c'est quoi ces allusions? Depuis deux jours, on ne me pose que cette question-là! Je l'affirme: nous ne lâcherons pas les travailleurs qui sont en difficulté et qui ont besoin de résultats. Si demain je sors de ce sommet social avec des résultats pour les travailleurs, je serai fier de mon travail de syndicaliste. Mais je sais que mon travail de syndicaliste, quelles que soient les décisions du gouvernement, ne s'arrêtera pas demain parce que je sais qu'il y aura toujours besoin de négocier, à leurs côtés, dans cette période de crise. C'est mon état d'esprit et c'est pour l'instant celui de tous mes collègues de l'intersyndicale. Il n'y a pas de raison que cela change demain.

Nicolas Sarkozy tente-t-il de briser le front syndical?
Je me moque des stratégies du président de la République. Ce qui m'intéresse, c'est la stratégie que nous menons avec l'intersyndicale. Nous devons amener des résultats aux salariés. Si nous n'en amenons pas, ça sera aussi un échec pour nous. Donc demain, je saurai faire la part des choses entre ce que l'on obtiendra (si l'on obtient quelque chose) et ce qui nous reste à obtenir. L'activité syndicale ne pourra pas s'arrêter demain.

Mais est-elle solide, cette union syndicale? Vous privilégiez des mesures en faveur de l'emploi, les autres syndicats comme FO ou la CGT plutôt des mesures en faveur des salaires...
Ce n'est pas vrai. Emploi, pouvoir d'achat, fonction publique: nous avons des revendications communes. Tous nous exprimons le besoin de geler la baisse des emplois publics. Sur le pouvoir d'achat, nous avons des revendications, il est vrai qu'elles ne sont pas toujours les mêmes. Sur l'emploi, pareil, mais nos positions convergent et il faudra voir ensuite comment on peut aboutir sur une solution commune.

Un compromis, un "deal", est-il possible entre la seule CFDT et le gouvernement?
La CFDT n'est jamais rentrée dans des deals. Et demain ce n'est pas une négociation, c'est le gouvernement qui décide. On n'est pas dans la configuration d'un accord où chaque syndicat appose sa signature. On a fait des propositions, on attend des réponses, c'est au gouvernement d'en amener.

Attendez-vous des mesures concrètes dès mercredi soir?

Si le gouvernement n'a pas compris qu'il faut amener des éléments concrets pour les salariés, il fait une erreur. L'attente sociale est très forte dans notre pays. Ça nécessite que les politiques entendent cette attente et proposent des résultats concrets.

Voyez-vous un risque d'explosion sociale, comme on le voit déjà en Guadeloupe et en Martinique?
Des expressions radicales de désespoir peuvent s'exprimer dans les jours ou dans les mois qui viennent. Dans une crise aussi importante et dans un sentiment d'injustice aussi fort, il peut y avoir des moments d'expressions plus fortes que ce qui existe actuellement. Notre rôle de syndicat, c'est d'en avoir conscience et que les salariés qui ressentent l'injustice trouvent des réponses à ce sentiment-là, demain. Nous n'avons pas peur des expressions des salariés. Au contraire, un syndicat qui fait son travail jusqu'au bout doit entendre leurs besoins, et aussi tout faire pour leur emmener des résultats.

Quelles mesures seront pour vous inacceptables, demain?
Il y a tellement de sujets! Mais il y a surtout trois points essentiels. Un, l'emploi, et notre fonds d'investissement durable y répond. Deux, le pouvoir d'achat: sur ce sujet, on sait qu'il y aura demain des réponses mais on ne sait toujours pas à quelle hauteur. Trois, l'emploi public et le dialogue social dans les fonctions publiques: et là, je crains qu'on ait quasiment une absence de mesures, le gouvernement a d'ores et déjà fait le choix de ne pas répondre. Donc, on voit bien que, demain, toutes nos demandes ne seront pas satisfaites. Nous avons une réunion le 23 février pour tirer les leçons de cette rencontre et adapter notre action syndicale le 19 mars en fonction des résultats. La logique intersyndicale continuera bien au-delà du 18 février, et même au-delà du 19 mars.

Partager cet article

Commenter cet article