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Désirs d'Avenir 76

Révolte aux Antilles: le PS hésite et se divise

17 Février 2009 Publié dans #Actualité

http://www.mediapart.fr/sites/all/themes/zen/mediapart/images/mediapart_head.png16 fév 2009 Par Stéphane Alliès

Le parti socialiste se félicitait d'avoir retrouvé sa place dans les manifestations. Avec la mobilisation dans les Antilles, il a remisé ses ambitions. Vendredi, dans une interview au Parisien, Martine Aubry est sortie de son mutisme sur le sujet: «Je crains effectivement que le sentiment de ras-le-bol des Guadeloupéens et des Martiniquais ne se diffuse ici. Notamment parce que le président de la République reste sourd aux attentes des Français. C’est ce décalage qui me fait craindre une propagation des événements qui agitent les Antilles. Il faut tout faire pour que cela n’arrive pas.»


Cette déclaration a créé un vif émoi chez certains socialistes, ne comprenant pas l'ambiguïté de cette position, quand le NPA fait ouvrir son congrès par un membre de la coordination LKP, ou appelle avec d'autres (Verts, Lutte ouvrière, Parti de gauche, La Fédération) à manifester leur soutien à Paris, et que son leader, Olivier Besancenot, s'y rendra vendredi.


Interrogé par Mediapart, l'ancien ministre des sports de François Mitterrand, le Guadeloupéen Roger Bambuck«Le PS est dans une posture d'évitement, quand les grévistes attendent de nous une prise de position politique très forte. Il faut admettre de ne pas être au gouvernement, et d'avoir un discours clair sur le passé esclavagiste, où la promotion des élites locales. On doit être dans le soutien, la compréhension et l'élaboration de proposition. Ça ne veut pas dire jouer les supplétifs de Sarkozy!» tempête:


Objet, entre autres, de l'ire de Bambuck: l'inconfort d'élus PS d'outre-mer, symbolisé par la récente proposition de Victorin Lurel et Jacques Gillot, présidents respectivement des conseils régional et général de Guadeloupe. Ceux-ci ont demandé un «apaisement de la situation» en échange d'une prime mensuelle de 100 euros pendant trois mois, pour tous les salariés touchant moins de 1,4 fois le Smic. «On confond les mesures à court terme avec l'ambition et l'orientation politique. On ne peut pas se permettre de jouer aux briseurs de grève, et on doit arrêter d'avoir une trouille monstre de la situation!» réplique l'ancien médaillé de bronze olympique.

Aussi à la traîne que le gouvernement, le PS tente depuis ce week-end de rattraper son retard dans le domaine, illustré notamment par ses atermoiements récents au sujet de la non-nomination de son délégué à l'outre-mer, en raison d'oppositions internes entre courants (le détail de l'imbroglio ici). Ségolène Royal avait même fait ses offres de service pour le poste il y a peu, maniant la dialectique de façon un peu plus habile, pour faire entendre un soutien surtout critique envers le gouvernement.

Deux délégations socialistes ont été missionnées samedi et dimanche dans les départements d'outre-mer, une visite d'ailleurs vivement dénoncée par le porte-parole de l'UMP, Dominique Paillé, dénonçant illico dans un communiqué «le comportement irresponsable du parti socialiste qui s'empresse d'envoyer des émissaires pour soutenir ceux qui appellent au blocage de l'Outre-mer»

«Obtenir des choses, pas faire la révolution»

Rencontres avec le patronat, les syndicats et les préfets étaient au programme, afin de mieux appréhender la réalité sociale. «C'est vrai que le collectif des grévistes nous a questionnés sur les propos de Martine», reconnaît David Lebon, directeur de cabinet adjoint d'Aubry et Réunionnais d'origine, qui a fait partie de l'une des deux délégations socialistes. «Nous leur avons répondu que nous craignions les débordements. L'objectif de la lutte actuelle, c'est de créer les conditions de la discussion. Pour obtenir des choses, et pas pour faire la révolution», explique-t-il.


Toutefois, il note que «les élus socialistes participent aux manifestations en Martinique et sont bien accueillis à la Réunion. Dans nos discussions, on note d'ailleurs que certaines des propositions de notre contre-plan de relance sont bien accueillies, notamment sur la relance par le pouvoir d'achat. Mais ce qui frappe le plus, c'est de voir combien les discours condescendants d'Yves Jégo mettent de l'huile sur le feu». En Guadeloupe, il admet quelques difficultés rencontrées par Victorin Lurel, comme étant «surtout le fait d'indépendantistes, dans un contexte historique complètement différent».


L'ancien secrétaire d'Etat à l'outre-mer de Lionel Jospin, Christian Paul, était lui de la délégation martiniquaise et guadeloupéenne. Encore sur place ce lundi, il note «la très forte détermination de la population et l'enlisement total en Guadeloupe». Selon lui, «la situation est prise en otage par les discours sur la contagion en métropole: comme si la demande sociale était une maladie!». Et de préciser la pensée de Martine Aubry: «Qu'il n'y ait pas de malentendus: ce que nous craignons, c'est la propagation des tensions face à la surdité du pouvoir. Actuellement, le gouvernement cherche à diaboliser la mobilisation, en Guadeloupe notamment. Mais la revendication principale est celle du pouvoir d'achat. Or, tout le monde ici a le sentiment d'un "deux poids, deux mesures": en métropole, Sarkozy nous dit que l'Etat doit être au centre. Mais dans les DOM-TOM, on abandonne la question aux acteurs sociaux.»

De retour de leur périple, les socialistes devront rendre compte de leurs rencontres auprès du bureau national du PS, prévu mardi soir. Et Martine Aubry a l'intention d'écrire une lettre à Nicolas Sarkozy, pour lui demander une rencontre avec tous les parlementaires ultra-marins.

Pas sûr que cela suffise à se remettre dans le bon tempo, car comme l'explique le politologue martiniquais Justin Daniel (lire son interview ici): «Pour le moment, nous sommes en présence de rapports de force symboliques qui pourraient du jour au lendemain se transformer en affrontements sur le terrain. Les hommes politiques l’ont bien compris, puisqu’ils ont multiplié des appels au compromis tout au long du week-end. Sans être entendus pour le moment, leur parole étant devenue parfaitement inaudible.»


Lire aussi:

- Neuf intellectuels antillais lancent un manifeste de la révolte

- Un entretien avec Justin Daniel, politologue martiniquais

- Après les Antilles, la contestation sociale s'étend à la Réunion

- En Martinique derrière le conflit social, le conflit racial

- En Guadeloupe, Elie Domota, leader du LKP accuse Yves Jégo de mentir


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