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Désirs d'Avenir 76

«Sarkozy se fiche de l’Outre-Mer»

15 Février 2009 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Actualité

http://l.liberation.fr/img/content/lg_libe.gif

http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/matins/photos/405120539-photo.jpgAxel Urgin, ancien secrétaire national du PS à l’Outre-Mer, part samedi pour la Guadeloupe en compagnie des députés socialistes Christian Paul et François Lamy, avant de se rendre, dimanche, en Martinique. Il décrypte les ressorts de la crise antillaise.

La grève en Guadeloupe est-elle réductible à la question du pouvoir d’achat ?

En Guadeloupe, comme dans les trois autres DOM, les revenus sont de 30 % inférieurs à ceux de la métropole, alors que le panier de la ménagère y est 40 % plus cher. En termes de pouvoir d’achat, ce n’est pas tenable. D’où un fort consensus dans toutes les catégories sociales, y compris les fonctionnaires. Il faut rajouter à cela la spécificité du monopole de l’essence, avec un prix administré, à propos duquel le ministre a lui-même parlé d’enrichissement sans cause et de graves irrégularités…

D’où le combat contre la «pwofitasyon» ?

Là-bas, dans de petites villes, la «pwofitasyon», c’est-à-dire l’exploitation outrancière en créole, saute aux yeux. Le patronat et les monopoles économiques sont connus, incapables de passer des accords d’intéressement ou des conventions salariales annuelles, et ne comprennent que le rapport de force. D’où le renforcement de syndicats musclés, par rapport aux organisations réformistes qui n’ont pas de grain à moudre.

Comment expliquer la rupture des négociations par le collectif ?

Yves Jégo a assumé son rôle de secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer en expliquant que l’Etat allait prendre en charge, pour les PME, une partie du coût du travail. Donc quand il a été rappelé à Paris, et bêtement désavoué par le Premier ministre, avant de revenir en disant que c’était aux patrons et aux syndicats de jouer, ça a été très mal vécu. Frédéric Lefebvre [porte-parole de l’UMP, ndlr], pour expliquer cela, a osé dire qu’il ne pouvait y avoir deux lois dans la République. Mais c’est justement ce qui s’est passé depuis 1948 : il y a eu deux lois, dont une moins favorable à l’Outre-Mer.

En quoi l’histoire de ces territoires explique-t-elle ce mouvement ?

Le problème actuel s’inscrit dans un panorama historique : le sentiment structurel des Français des DOM est de ne pas être traités comme les autres. C’est la phrase de Césaire : «Ils se sentent Français entièrement à part, et pas Français à part entière.»

Quel regard portez-vous sur la politique gouvernementale de l’Outre-Mer ?

Alors que, face à un capitalisme débridé, le rôle de l’Etat devrait être plus que jamais de réguler, il est totalement défaillant. Quant au projet de loi pour le développement économique de l’Outre-Mer, adopté en juillet 2008 par le Conseil des ministres, il n’est toujours pas passé au Parlement ! On pouvait critiquer la relation paternaliste, clientéliste de Jacques Chirac avec les Antilles. Mais ça l’intéressait. Alors que Nicolas Sarkozy se fiche complètement de l’Outre-Mer.

Comment expliquer l’extension du mouvement à La Réunion ?

Là aussi, il y a des monopoles dans la grande distribution, l’import-export, le pétrole. Et la crise du logement social y est encore plus forte qu’en Guadeloupe, alors que le niveau de vie est plus faible. C’est donc non seulement une solidarité politique, mais aussi une solidarité de situation.

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