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Désirs d'Avenir 76

Claude Bartolone, le porte-flingue se rebiffe

10 Février 2009 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Actualité

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«Comme on dit, ça été viril ». Viril, mais correct ? « Viril, mais correct, oui ». Claude Bartolone relate sans fard « l’explication de texte » qu’il a eu, voici quelques jours, avec Laurent Fabius. Visiblement, l’ancien premier ministre avait beaucoup de reproches à formuler à celui que l’on a toujours présenté comme son bras-droit. Pèle-mèle: ne pas être en mesure d’empêcher que Martine Aubry puisse ouvrir la direction aux proches de Ségolène Royal, ne pas avoir obtenu le poste de trésorier pour un fabiusien, jouer trop « perso ». Bref, avoir de facto rallié la cause de la maire de Lille.

Des remontrances assez sévères lorsque l’on se souvient de l’isolement dans lequel se trouvait le courant fabiusien avant le congrès de Reims. Une situation dont il a pu s’extraire grâce à l’alliance des Reconstructeurs conçue conjointement par « Barto » et le strauss-kahnien Jean-Christophe Cambadélis, anciens adversaires devenus complices. En charge, notamment, des relations extérieures, de l’organisation, de l’environnement et de l’industrie, les amis de Laurent sont d’ailleurs plutôt bien représentés au sein du secrétariat national.

La réaction de Laurent Fabius reflète sans doute une réaction d’ego. C’est à son lieutenant et pas à lui que, logiquement, le mérite du retour en grâce de la fabiusie a été attribué. De même, ces remontrances témoignent du raidissement – à moins qu’il s’agisse d’esprit de famille - du courant Fabius face à la prise d’autonomie de l’un des siens. D’autant que le « patron », d’une parfaite discrétion lors de la préparation du congrès de Reims, semble retrouver goût aux enjeux de pouvoir. Le démenti du « sage actif » aux rumeurs de candidature à la présidence du groupe socialiste à l’Assemblée nationale n’ont pas convaincu ses concurrents.

A vrai dire, la prise de distance de Claude Bartolone, 57 ans, s’inscrit dans une trajectoire très lisible. En 2007, il avait été le seul fabiusien à intégrer l’état-major de Ségolène Royal pour l’élection présidentielle. Un moment séduit par le contraste entre la stricte férule fabiusienne et la joyeuse improvisation ségolénienne – « je suis passé de Dark Vador à la Petite maison dans la prairie »: sa phrase est restée fameuse – « Barto », ancien ministre délégué à la ville du gouvernement Jospin, était rapidement revenu au bercail. Son livre, publié dés juin 2007, Une élection imperdable (Ed de L’Archipel) avait marqué sa déception.

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« Je fais partie des socialistes qui n’ont pas abandonné l’idée de revenir au gouvernement » disait-il quelques mois plus tard. Traduction : « pour moi, ce sera 2012 ou jamais ». Sa conquête, réussie, de la présidence du conseil général de Seine-Saint-Denis en mars 2008 participait du même désir d’émancipation. Plus encore, l’opération Reconstructeurs qui a permis de porter Martine Aubry au poste de première secrétaire, aura été pour Bartolone l’occasion de se débarrasser de son statut de porte-flingue….mais pas de sa réputation de tonton flingueur.

« Barto » l’affranchi, coupable d’avoir évoqué les qualités de présidentiable de la première secrétaire – arguant du fait qu’en cas de succès à la tête du PS, elle serait forcément dans la course – met aussi en évidence la perplexité croissante qui entoure les ambitions élyséennes de Laurent Fabius. Et, accessoirement, la difficulté grandissante de répondre à la question suivante ; la hache de guerre européenne enterrée, qu’est ce qui, hormis des intérêts de courant et la fidélité à l’égard d’une brillante personnalité, constitue la substantifique moelle du courant Fabius ?

Jean-Michel Normand

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