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Vendredi 19 mai 2006
Pierre Rosanvallon
est historien, professeur au Collège de France, et il préside le cercle de réflexion "La République des idées".

Quel enseignement principal tirez-vous du forum de Grenoble ?

Ce qui a caractérisé ce forum, c'est une formidable demande citoyenne. Pas simplement une demande de débat, mais une demande de réflexion, d'analyse et d'implication. Les 8 000 personnes qui ont suivi les différentes tables rondes n'étaient pas des spectateurs passifs. Ils exprimaient une volonté de faire de la politique autrement, en articulant information, formation et projet. Cette dimension d'éducation populaire était très sensible.

Comment définiriez-vous cette "demande citoyenne" ?

Par la conviction que pour sortir d'une forme d'impuissance publique, il ne sert à rien de se réfugier dans l'incantation, mais qu'il faut véritablement construire une compréhension critique, nourrie à la fois du travail des intellectuels et des acteurs de terrain, de ceux qui essaient de renouveler les analyses et de ceux qui s'efforcent de débloquer des pratiques.

Ce qui m'a frappé à Grenoble, c'est cette aspiration très forte à trouver une forme d'intervention citoyenne qui aille plus loin que la simple expression électorale et même plus loin que la démocratie de participation. C'est ce nouveau type de citoyenneté active que nous avons la responsabilité de définir et de promouvoir.

Comment donner un sens politique à cette aspiration ?

Il est manifeste que l'écart est très grand entre, d'un côté, cette vitalité du débat et de la critique sociale et, de l'autre, l'inquiétude ou la déprime devant la surdité des responsables politiques. A Grenoble, il m'a paru rassurant que cette inquiétude ne débouche pas sur la sempiternelle condamnation en bloc du politique et sur un rejet de nature populiste. Longtemps, la perspective révolutionnaire a séparé les formes de compréhension et les perspectives concrètes d'action. La critique sociale ne nourrissait pas la capacité immédiate de changement et alimentait de ce fait le désenchantement, voire le désespoir.

Pour conjurer cette impuissance, il faut développer une forme d'intelligence politique qui redonne, à la fois, des instruments de compréhension et des outils d'intervention.......

Texte intégral    Le Monde

par Ségolène for ever publié dans : Dans la presse
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