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Désirs d'Avenir 76

Ségolene Royal : Ce qu'elle n'avait jamais osé dire

29 Janvier 2009 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Ségolène ROYAL

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Ségolene Royal : Ce qu'elle n'avait jamais osé dire

C'est un livre surprise qui va encore étonner. Pendant un an, l'ex-candidate à la présidentielle a confié ses secrets, ses doutes, ses colères à notre consoeur de France-Inter Françoise Degois. Sur son échec au congrès du PS, sur la guerre que lui livrent les éléphants, sur la personnalité de Sarkozy... sur elle aussi, le parler-vrai de Ségolène décoiffe. Extraits

LE REGARD DES ELEPHANTS
«Cette femme est une sorcière»
Ils ne s'arrêteront jamais. Leur psychologie est très simple en fait. Elle est liée à la conception profonde qu'ils ont de la politique. Ils pensent très basiquement : je suis mâle, je suis dans le cursus, j'ai fait les bonnes études, j'ai tous les mérites, je suis l'homme qu'il faut. C'est une conception patrimoniale et possessive de la politique, comme le capitalisme des héritiers. [...] La primaire a été pour eux un rapt profond qu'ils ne surmonteront jamais. S'ils étaient vraiment sages, ils se diraient qu'ils ne sont, que nous ne sommes que des passagers de la politique et que, puisque j'ai été choisie par les militants, puis par le peuple, ils doivent me suivre. [...] La décomposition du PS, au fond, ils s'en moquent, ils pensent que de toute façon ils gagneront au prochain coup. Ils pensent que l'agonie sera tellement lente qu'ils ramasseront inévitablement la mise. [...] Moi, je suis très claire. S'il y en a un de meilleur que moi, qu'il y aille, je ferai même sa campagne en 2012. Mais pardon, pour le moment, je ne vois pas. J'aime cet argument stupide qui consiste à me dire : «Ségolène, protège-toi, le parti détruit toujours celui qui le dirige...» Eh bien soit, qu'il me détruise ! Puisque je suis nulle de chez nulle. Parce que c'est bien ça, non ? Je suis nulle de chez nulle. La bonne aubaine, le parti qui me détruit... mais non, évidemment, c'est un argument spécieux, abject. La vérité, c'est qu'on ne peut pas prendre le risque. On ne sait jamais... Si on prenait le risque que le parti ait 700 000 adhérents, qu'on ouvre les grilles de Solférino, qu'on fasse revenir les artistes et les intellectuels, qu'on se remette à réfléchir joyeusement à la politique. Mon Dieu, quelle horreur, cette femme est dangereuse, c'est une sorcière... Surtout pas elle... on ne sera plus chez nous. (Rires.) [...] Le poison est entré si violemment dans ce parti. Et, eurêka ! ils ont trouvé une femme pour battre une autre femme. Avec l'idée que nous nous battrons au sang et qu'eux pourront ramasser la mise en 2012. C'est de l'inconscience à l'état pur, c'est de l'irresponsabilité, c'est une forme de perversion absolue. [...] Et pendant ce temps les Français vont souffrir... Mais ils s'en foutent éperdu- ment, ils ne pensent qu'à eux, à ce processus de congrès stupide.

LA FETE DU ZENITH
«Forcément, ce que je fais est nul»
Grimper au rideau, hurler comme des vierges effarouchées et raconter n'importe quoi au fil des éditos parce que je me suis coiffée au Babyliss, que je portais une tunique bleue et un jean, vous parlez d'une transgression ! Si c'est ça transgresser, on est des millions à s'asseoir sur notre surmoi ! (Eclats de rire.) Je me demande bien ce que vous auriez raconté si Bertrand Delanoë avait fait ça. Vous vous seriez tous extasiés : «Mon Dieu, il est génial, quelle créativité, quel culot, quelle liberté de ton !» Et si ça avait été Martine, merveilleux, forcément merveilleux, avec une tunique africaine, quelle révolutionnaire, cette Martine ! Mais moi, non ! Forcément ce que je fais est nul, forcément moi c'est à quitte ou double ! Forcément je fais de la com ! [...] C'est moi, tout ce que j'aime dans la politique : le rassemblement, la joie, le discours, l'élan, une forme de transgression qui fait grincer les mutilés du coeur, mais je ne suis pas responsable de certains blocages. Faut-il être neu-neu pour hurler au sacrilège, à la secte, alors qu'on ne dit jamais rien à Marie-George pour sa Fête de l'Huma, qu'en Italie la Fête de l'Unità passe comme une lettre à la poste et que tout le monde s'extasie devant la campagne d'Obama ! [...] Personne ne saura à quel point j'ai travaillé ce texte sur cette journée pour que tout se passe bien, que ce soit du bonheur. A quel point je me suis arrachée de moi-même pour me dépasser, et tout le reste m'importe peu. [...] Et en plus ils me copieront. C'est certain. Tous ceux qui me critiquent feront pareil dans quelques années, vous verrez. Aujourd'hui, pas un ne peut attirer 4 000 personnes sur son nom, à part Sarko bien sûr, mais vous verrez. De toute façon, la vérité est ailleurs. Ce qui les a fait se déchaîner, en in ou en off, c'est la phrase : «Rien ne me fera reculer !» Ca, pour eux, c'est terrible. Ils se disaient au fond : «Bon, on va laisser Ségolène faire son Zénith et comme ça, après, elle ne nous emmerdera plus.» Il y avait de ça dans les commentaires. Raté.

LE CONGRES DE REIMS
«C'est terrible, un tel aveuglement»
Je continue à penser que je suis majoritaire. Beaucoup de gens inscrits sur les listes n'ont pas pu aller voter. Quelles que soient les circonstances de la désignation de Martine, je reste persuadée que j'avais la victoire au début de la nuit et qu'elle s'est volatilisée au petit matin. Mais les faits sont là : Martine est premier secrétaire et pas moi. Ca fait une grande différence. Ce qui fait encore plus de différence, c'est le sectarisme avec lequel nous avons été traités, mes amis et moi. C'est terrible, un tel aveuglement. Comment refuser la main de 50% des militants, voire un peu plus ? Pourquoi ? Au nom de quelle logique politique ? Il n'y en a aucune. A dire vrai, je ne comprends pas cette stratégie, si ce n'est qu'elle est motivée par mon élimination. Faire tourner la vie du plus grand parti d opposition autour de la seule question : «comment éliminer Ségolène ?», c'est à la limite de la monomanie. [...]
Avec moi, la rénovation était immédiate. Je lançais dans les cent jours une vaste campagne d'adhésion, tout le monde sur le pont à 20 euros. Et je déménageais. Dans un lieu vaste, clair, pas tarabiscoté comme Solférino, avec ses couloirs, ses escaliers. Non, un lieu moderne, sur deux plateaux, deux étages, très lumineux. Ah, c'est certain, ça aurait grincé, chouiné, tapé du pied, mais on déménageait. [...] J'aurais appliqué illico presto la démocratie participative, j'aurais créé une université populaire, on aurait fait revenir les jeunes des banlieues, ils seraient venus militer. C'est certain. Bref, il se serait passé quelque chose, un souffle, qui ne peut pas se passer de la même manière maintenant. Ce souffle de la présidentielle qu'ils cherchent absolument à éteindre, coûte que coûte, et que j'aurais su rallumer. [...]

LE SOIR DU VOTE
«Avec Martine, on aurait causé, comme on dit chez moi»
Je ne pensais pas que François Hollande changerait la règle du jeu en cours de route. Je pensais qu'il réagirait face à l'irrégularité des votes. Qu'il saisirait la proposition de Robert Badinter de faire revoter dans les sections litigieuses. Comme beaucoup de militants, j'ai été stupéfaite. Mais vous savez, j'ai revu il y a quelques jours le film «Gandhi» de Richard Attenborough. Une phrase y revient sans cesse : «oeil pour oeil, et le monde serait aveugle.» oeil pour oeil, c'est toujours tentant, c'est facile, mais c'est une mécanique dont il faut sortir. [...] - On n'a pas vraiment compris ce qui s'est passé la nuit du vote. [...] Comment avez-vous passé cette soirée ?
Chez moi, à Boulogne, entourée de quelques amis. En fait, François Hollande ne m'a pas contactée directement. Il a contacté mon attachée de presse en disant que la victoire était nette et incontestable. Il souhaitait me parler rapidement. J'étais en train de rédiger mon discours de victoire justement quand tout a commencé à changer. Je crois que c'est l'inversion des résultats, telle qu'elle s'est déroulée, qui a été le plus dur à vivre. C'est assez violent. Depuis la veille, je sentais que ça allait passer mais tout en restant prudente. Je sentais que tout pouvait arriver. J'avais du pif, remarquez ! [...] Contrairement à ce que racontent certains journalistes, non, je n'ai pas fait demi-tour, rebroussé chemin. Ca n'est pas mon genre. Si j'avais quitté Boulogne pour rencontrer la presse, je peux vous dire que j'y serais allée, à la Maison des Polytechniciens, et même à la questure, où était Martine, et qu'on aurait causé, comme on dit chez moi. (Sourire.) Mais à bien y réfléchir, je crois que ni elle ni moi n'étions en état de parler. D'ailleurs, les coups de fil échangés dans la nuit en disent long. Dans ces moments-là, en fait, il est inutile de parler. Voilà, tout était dit. [...]
- Il y aura une prochaine fois ?
Sans doute... Ca n'est pas impossible. Mais tout dépendra de ma capacité et de celle de mon équipe à nous y préparer. Avec un parti profondément transformé, ç'aurait été plus facile, mais je serai mieux préparée qu'en 2007. Mieux entraînée aussi. Parce que j'ai été la chercher au plus profond de moi-même, cette décision. Elle vient de très loin... de très loin vraiment. Du plus profond de l'élan populaire, qui ne se dément pas ! Qui est toujours là ! Comme une évidence ! Il y a quelque chose en moi qui appartient désormais aux autres. C'est-à-dire à tous les gens qui veulent que j'avance avec eux et pour eux. Personne ne sait mieux que moi jusqu'où je suis allée chercher cette décision... Cette décision d'avancer. Parce que parfois j'ai eu le sentiment de ramper dans la cendre. Parce que j'aurais pu mourir. Oui... mourir intérieurement... (Elle réfléchit.) Et puis voilà, je me suis remise debout.
- Même pas morte ?
Non ! Je dois avoir un ange gardien.

(C) Denoël

«Femme debout», par Ségolène Royal. Entretiens avec Françoise Degois, Denoël, 88 p., 19 euros. A paraître le 5 février.

 



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frederic crochet 29/01/2009 23:42

Tout cela est fort juste!(Seul bémol: 88 pages pour 19 €uros! c'est pas donné!)