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Désirs d'Avenir 76

Parti socialiste, tendance brasero

12 Décembre 2008 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Débat

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François Hollande écumait les fêtes de la rose ; sa remplaçante va-t-elle courir les usines en grève ? Depuis l’arrivée de Martine Aubry au poste de premier secrétaire, la tendance au PS est au brasero. La visite « sur le terrain » aux entreprises menacées de fermeture ou confrontées à un plan social est devenue une consigne officielle. La nouvelle numéro-un compte se l’appliquer à elle-même, convaincue de la nécessité de « se trouver aux côtés des Français » frappés par la crise comme elle l’a rappelé dans son discours devant le dernier  conseil national. La campagne du congrès avait déjà été rythmée par les visites d’usines des unes et des autres

 Mme Aubry a enjoint les responsables fédéraux de coller au terrain et annoncé la création d’une « cellule  licenciements » rue de Solferino pour aider élus locaux mais aussi les syndicalistes (comme si ces derniers ne connaissent pas fort bien le droit social et ne disposaient pas, auprès de leurs fédérations, de spécialistes pointus…). 

Etant donné la succession de plans sociaux, de délocalisations et de mesures de chômage partiel, les socialistes n’ont, hélas, que l’embarras du choix. Les nouveaux dirigeants ne tiennent pas en place. Pas question d’abandonner le « terrain des luttes » à Ségolène Royal, habituée des piquets de grève et qui se trouvait la semaine dernière à Gandrange, ou à Olivier Besancenot, autre spécialiste de la visite de courtoisie à l’usine en grève. Notons que si ces rituels sont relativement nouveaux à la direction du PS – ces derniers temps, les leaders socialistes n’ont jamais témoigné d’un enthousiasme extrême à l’égard des mouvements sociaux et des manifs - ceux-ci sont révèlateurs.
     

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 D’abord, d’une forme de culpabilité. Depuis le cuisant épisode de 2002, le PS n’a pas réellement renoué avec les catégories populaires, malgré le redressement enregistré à la présidentielle de 2007 comme aux municipales de 2008.
   

 Ensuite, d’une prise de conscience à géométrie multiple. Le PS est en train de réaliser que la situation économique et sociale risque de devenir dramatique – « ce qui va arriver va faire très mal ; ce sera beaucoup plus grave que ce que nous pouvons imaginer » a lancé Henri Emmanuelli devant le conseil national – et que la concurrence du futur NPA d’Olivier Besancenot voire du Parti de la Gauche de Jean-Luc Mélenchon pourrait bien devenir gênante.
     

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   Pour autant, cette présence affichée autour des braseros impose quelques obligations.

    A force de d’afficher – en convoquant les caméras – leur intérêt pour les salariés confrontés aux plans sociaux, les socialistes s’exposent à des retours de manivelle. En témoigne la décision, le 8 décembre, de salariés des usines Renault de Cléon et de Sandouville d’interrompre la séance du conseil régional de Haute-Normandie, convaincus que les élus pouvaient faire pression sur Renault afin que le chômage partiel soit intégralement indemnisé. Cette action a suscité une vive réaction du président socialiste du conseil régional Alain Le Vern. “Ni le désespoir ni la colère ne justifie ce genre de manifestation” a-t-il déclaré en invitant les syndicalistes à s’adresser aux députés de droite plutôt qu’aux conseillers régionaux de gauche. Guillaume Bachelay, élu de Seine-Maritime et nouveau secrétaire national du PS à l’industrie veut relativiser l’incident. Selon lui « les décideurs économiques, à commencer par les patrons, sont invisibles, l’Etat reste complètement sourd ; restent les élus locaux ». Qui risquent de jouer le rôle de bouc-émissaire.

   Outre que le monde salarié en souffrance ne se réduit pas aux ouvriers de la métallurgie  ou de la sidérurgie (quid des caissières d’hypermarché ou des salariés contraints de travailler le dimanche ; la classe ouvrière du secteur tertiaire serait-elle moins noble ?), le PS ne peut se contenter de dénoncer. Il va devoir aussi proposer. Et là, le bât blesse. Dans les prochains mois, il faudra sortir de la besace socialiste autre chose que la « feuille de route » du conseil national, qui semble avoir été extraite non pas du Frigidaire mais du congélateur. Ou une autorisation administrative de licenciement (qui, par parenthèse, n’a jamais empêché les patrons de licencier avant sa suppression, en 1987), même relookée. Le grand brain-storming « sur les réponses à apporter à la crise » prévu le 31 février avec les secrétaires de section ne sera pas de trop.

Jean-Michel Normand 

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