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Désirs d'Avenir 76

Martine Aubry prend la tête d'un parti fragmenté

26 Novembre 2008 , Rédigé par Yvon GRAIC Publié dans #Dans la presse

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Après quatre jours de crise et de batailles de chiffres entre les partisans de Ségolène Royal et ceux de Martine Aubry, les dirigeants socialistes s'étaient mis d'accord pour que le conseil national ne dure qu'une heure. Et que la joie des uns et la déception des autres ne soient pas trop démonstratives. L'ambiance, d'abord pesante - solennel, François Hollande avait appelé à " un sursaut collectif et individuel " - s'est détendue après l'intervention de la nouvelle première secrétaire, dont l'élection a été confirmée par une instance où les partisans de la maire de Lille sont majoritaires. Réuni mardi 25 novembre à la Mutualité, le parlement du parti a désigné Mme Aubry vainqueur du scrutin du 21 novembre à l'issue d'un vote à main levée : 159 voix pour, 76 contre et 2 abstentions. L'écart finalement retenu n'est pas de 42 voix mais de 102 voix.

Dès le début de son intervention, Mme Aubry s'est adressée à sa rivale. La " première femme " élue à la tête du PS a rendu hommage à ses prédécesseurs mais aussi à " la première femme " candidate à l'élection présidentielle. " Ségolène, nous allons gagner pour les Français ", a-t-elle lancé.

Le vote qui a confirmé l'élection de la maire de Lille à la tête du PS a délimité de facto une majorité et une opposition. En dépit de la main qui lui a été tendue, Mme Royal n'est guère disposée à rallier l'équipe de Mme Aubry. Les partisans de Mme Aubry devront quant à eux apporter la preuve que leur projet dépasse le seul " tout sauf Ségolène ".

Restée volontairement à l'écart, depuis plusieurs années, des enjeux de pouvoir de la rue de Solferino, où elle ne disposait pas d'un courant qui lui soit acquis, la nouvelle première secrétaire est parvenue à ses fins en procédant par cercles concentriques. Elle a d'abord pris la tête des " Reconstructeurs ", regroupement des fabiusiens - classés à la gauche du PS depuis la campagne pour le référendum de 2005 sur le projet de Constitution européenne - et des strauss-kahniens, qui représentent l'aile sociale-démocrate du PS. A ce groupe s'est agrégée l'aile gauche du parti, qui s'était rassemblée derrière Benoît Hamon. Le soutien des jospinistes, qui ont entraîné dans leur sillage les proches de François Hollande, a permis à Mme Aubry de composer une majorité.

Décidée à constituer une direction " profondément renouvelée " et rajeunie, Mme Aubry veut imposer une stricte parité dans toutes les instances. Elle devra aussi satisfaire ses multiples alliés. Cette opération délicate réclame du temps. C'est sans doute la raison pour laquelle le prochain conseil national chargé d'introniser la nouvelle direction a été retardé d'une semaine. Il se tiendra le 6 décembre. La future équipe dirigeante devrait comporter, derrière Mme Aubry, un " collectif " composé de personnalités dotées de responsabilités précises.Pourraient y figurer le fabiusien Claude Bartolone et le strauss-kahnien Jean-Christophe Cambadélis, mais aussi Benoît Hamon ainsi que le jospiniste Harlem Désir.

Cette majorité " ancrée à gauche mais profondément réformiste et européenne ", comme l'a définie la nouvelle première secrétaire, ne tardera pas à être mise à l'épreuve. La définition du programme du PS et la composition des listes pour les élections européennes de juin 2009, qui s'annoncent très difficiles pour le PS, constitueront un premier test. La question des alliances avec le MoDem - qui a servi d'argument " anti-Royal " mais divise, en réalité, la nouvelle majorité - pourrait bien ressurgir lors des élections régionales de 2010. Enfin, l'ancienne candidate à l'élection présidentielle ne manquera pas d'interpeller la nouvelle direction sur la question de " l'ouverture du PS ". Et de réclamer que les militants soient plus souvent consultés.

Jean-Michel Normand

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