Ségolène Royal est un phénomène politique nouveau
L’OBS VOTE-T-IL SEGOLENE ? Non. Il s’y intéresse : c’est très différent.
Dans cette présidentielle, le Nouvel Observateur se prononcera en temps et heure, quelques jours avant le scrutin, comme il est habituel pour les grands journaux. Il choisira, selon toutes probabilités, le candidat progressiste. Mais bien malin qui pourrait dire qui il – ou elle – sera. En attendant, la compétition interne à la gauche socialiste se sera déroulée : dans cette lutte qui concerne le PS, nous nous garderons bien de nous prononcer pour telle ou telle candidature. Nous discuterons des idées : c’est notre rôle.
Alors, Ségolène ? Eh bien, c’est tout simple : Ségolène Royal est un phénomène politique nouveau. Tout est là. Il ne s’agit pas seulement de sondages, même si la convergence des enquêtes montre que l’opinion attendait quelque chose ou quelqu’un. Non, le « pouvoir Royal » s’exerce aussi, comme le montre François Bazin, sur les militants, sur des responsables, sur des citoyens engagés, sur une troupe nombreuse d’internautes fort actifs. A en juger par la mine de ses concurrents, l’affaire Ségolène commence à être prise au sérieux.
Pour les uns, elle est comme Uma Thurman dans « Kill Bill », qui coupe en morceaux ses adversaires à grands coups de sabre médiatique. Pour les autres, c’est une sorte de Sainte Thérèse de Lisieux qui suscite une dévotion irrationnelle. En un mot, Ségolène Royal a créé une situation nouvelle à gauche, même si celle-ci reste encore fragile. Voilà le sujet qui nous motive.
Pour la première, fois, une femme se place en tête du peloton des présidentiables socialistes. Cela tient d’abord à un intense besoin de renouveau. On pensait jusqu’ici qu’il fallait, pour accéder à l’Elysée, un parcours long et semé d’épreuves, une expérience ministérielle de premier plan, toute une vie, au fond, dédiée à la conquête du pouvoir. Et si les Français, sur ce point comme sur d’autres, avaient changé ? Et si les autres prétendants, quelle que soit leur qualité, qui est grande, pâtissaient justement de leur permanence au premier rang de la classe politique ? Ségolène Royal, quoique placée depuis plus de vingt ans au cœur du dispositif de la gauche, exprime ce besoin de renouveau.
Il s’agit ensuite de son discours.
Un verbe précis, décidé, concret, qui joue sur la compréhension personnelle des électeurs, leurs soucis quotidiens et leurs angoisses. Mais aussi un langage plus général, qui se fonde sur des valeurs et non sur un programme, valeurs dont la gauche elle aussi a la nostalgie, après de longues années de gouvernement, c’est-à-dire de concessions et de pragmatisme. Ségolène Royal tient un discours moral autant que politique. Les Français en mal de repères y sont sensibles...../
.... Au moment où le CPE, projet tombé d’en haut qui se fracasse sur la mobilisation sociale, démontre la désuétude d’une méthode de gouvernement par trop centralisée et hautaine, Ségolène Royal affirme une méthode symétriquement inverse : écouter avant de parler, débattre avant de trancher, consulter avant d’agir.
Certains, comme les intellectuels que nous avons invités à l’interroger - et qui ne sont pas forcément ses amis politiques - peuvent tenir cette tactique pour une esquive.
Son programme, plaide-t-elle, est en devenir. Il naîtra de la confrontation avec les électeurs, dans un processus « participatif ». Une candidature interactive, en quelque sorte, aux antipodes, en tout cas, des traditions de la Ve république. Le tout pour une orientation, entre blairisme et tradition socialiste, qui sort pour la première fois de la pénombre. Laurent Joffrin
NOUVELOBS.COM 05.04.06
L’OBS VOTE-T-IL SEGOLENE ? Non. Il s’y intéresse : c’est très différent. Dans cette présidentielle, le Nouvel Observateur se prononcera en temps et heure, quelques jours avant le scrutin, comme il est habituel pour les grands journaux. Il choisira, selon toutes probabilités, le candidat progressiste. Mais bien malin qui pourrait dire qui il – ou elle – sera. En attendant, la compétition interne à la gauche socialiste se sera déroulée : dans cette lutte qui concerne le PS, nous nous garderons bien de nous prononcer pour telle ou telle candidature. Nous discuterons des idées : c’est notre rôle.
Alors, Ségolène ? Eh bien, c’est tout simple : Ségolène Royal est un phénomène politique nouveau. Tout est là. Il ne s’agit pas seulement de sondages, même si la convergence des enquêtes montre que l’opinion attendait quelque chose ou quelqu’un. Non, le « pouvoir Royal » s’exerce aussi, comme le montre François Bazin, sur les militants, sur des responsables, sur des citoyens engagés, sur une troupe nombreuse d’internautes fort actifs. A en juger par la mine de ses concurrents, l’affaire Ségolène commence à être prise au sérieux.
Pour les uns, elle est comme Uma Thurman dans « Kill Bill », qui coupe en morceaux ses adversaires à grands coups de sabre médiatique. Pour les autres, c’est une sorte de Sainte Thérèse de Lisieux qui suscite une dévotion irrationnelle. En un mot, Ségolène Royal a créé une situation nouvelle à gauche, même si celle-ci reste encore fragile. Voilà le sujet qui nous motive.
Pour la première, fois, une femme se place en tête du peloton des présidentiables socialistes. Cela tient d’abord à un intense besoin de renouveau. On pensait jusqu’ici qu’il fallait, pour accéder à l’Elysée, un parcours long et semé d’épreuves, une expérience ministérielle de premier plan, toute une vie, au fond, dédiée à la conquête du pouvoir. Et si les Français, sur ce point comme sur d’autres, avaient changé ? Et si les autres prétendants, quelle que soit leur qualité, qui est grande, pâtissaient justement de leur permanence au premier rang de la classe politique ? Ségolène Royal, quoique placée depuis plus de vingt ans au cœur du dispositif de la gauche, exprime ce besoin de renouveau.
Il s’agit ensuite de son discours.
Un verbe précis, décidé, concret, qui joue sur la compréhension personnelle des électeurs, leurs soucis quotidiens et leurs angoisses. Mais aussi un langage plus général, qui se fonde sur des valeurs et non sur un programme, valeurs dont la gauche elle aussi a la nostalgie, après de longues années de gouvernement, c’est-à-dire de concessions et de pragmatisme. Ségolène Royal tient un discours moral autant que politique. Les Français en mal de repères y sont sensibles...../
.... Au moment où le CPE, projet tombé d’en haut qui se fracasse sur la mobilisation sociale, démontre la désuétude d’une méthode de gouvernement par trop centralisée et hautaine, Ségolène Royal affirme une méthode symétriquement inverse : écouter avant de parler, débattre avant de trancher, consulter avant d’agir.
Certains, comme les intellectuels que nous avons invités à l’interroger - et qui ne sont pas forcément ses amis politiques - peuvent tenir cette tactique pour une esquive.
Son programme, plaide-t-elle, est en devenir. Il naîtra de la confrontation avec les électeurs, dans un processus « participatif ». Une candidature interactive, en quelque sorte, aux antipodes, en tout cas, des traditions de la Ve république. Le tout pour une orientation, entre blairisme et tradition socialiste, qui sort pour la première fois de la pénombre. Laurent Joffrin
NOUVELOBS.COM 05.04.06
par Ségolène for ever
publié dans :
Dans la presse


