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L’animal politique se jauge au Salon de l’agriculture par Robert Schneider
Politique - La foire agricole vaut toujours test de popularité. Un an avant la présidentielle, la grande gagnante de l’exercice 2006 est Ségolène Royal.
Challenges.fr | 09.03.2006
Pas question pour un animal politique de rater le Salon de l’agriculture. C’est un rendez-vous obligé. D’autant plus incontournable cette année qu’on approche de la présidentielle. Tous les candidats à la candidature ou presque y sont allés faire leur marché électoral. A chacun son style et ses objectifs. Depuis quarante ans, Jacques Chirac est le champion hors catégorie de ce concours politico-agricole. Il n’a pas son pareil pour caresser le cul des vaches, tâter les pis, s’extasier, à chaque stand, sur la qualité des produits du terroir. Ici, il n’aura jamais de rival à sa mesure. Cette année, le Président a surtout cherché à rassurer. Sur son état de santé d’abord : pendant quatre heures, il a parcouru les allées de « la première ferme de France », beaucoup embrassé, beaucoup serré de mains, beaucoup dégusté et beaucoup bu. Sur les dangers de la grippe aviaire ensuite : « La panique est injustifiée », a-t-il déclaré, avalant plusieurs morceaux de poulet de Bresse. Bref, au milieu de ses chers agriculteurs, Chirac est dans son meilleur rôle. S’il reste le roi du salon, Ségolène Royal en est devenue la reine. C’est elle qui a fait l’événement, et ce n’était pas acquis d’avance. On se souvient encore de la manière dont le monde paysan avait accueilli naguère Edith
Cresson. Une femme et une socialiste à l’Agriculture, c’était trop ! Les temps ont-ils changé ou bien est-ce Ségolène qui en impose ? Rien n’a perturbé sa marche, pas même l’œuf lancé par une main hostile et détourné par l’un des micros qui la cernaient. Elégante, très à l’aise, madame la présidente… du Poitou-Charentes a fait une entrée de star. Son but à elle était de montrer que sa popularité est bien réelle. Mais la belle ne s’est pas contentée d’admirer les bêtes. Elle tenait plus encore à prouver qu’elle est un vrai animal politique qui ne craint pas l’affrontement. Sur le stand de la FNSEA, le puissant syndicat agricole très proche de Chirac, elle a apostrophé son président : « C’est bien beau de manger du poulet [comme l’ont fait Chirac et Villepin, mais pas elle], encore faut-il que les aides promises aux exploitations avicoles arrivent. Mettez-vous en colère ! » Jean-Michel Lemétayer mettra quarante-huit heures à réagir : « Ségolène Royal est atteinte du virus de la démagogie. » Une polémique qui renforce son image d’opposante de gauche. Eléphants invisibles Après la tornade Ségolène, les éléphants socialistes ont eu du mal à exister. La visite de Laurent Fabius et ses efforts pour se démarquer de la coqueluche des sondages sont passés
presque inaperçus. François Hollande, le patron du PS, n’a pu que répéter les critiques formulées vingt-quatre heures plus tôt par sa compagne. Jack Lang reste populaire, même au Salon, mais il a perdu son statut de star numéro un du PS. Quant au maire de Paris, Bertrand Delanoë, très à l’aise et bien accueilli par les agriculteurs, qui ne sont pas ses électeurs, il a lui aussi admiré les bestiaux qui deviennent parfois objets d’art. L’exercice est apparu plus compliqué encore pour les présidentiables de droite. Un béret gascon sur la tête puis un chevreau autour du cou, Dominique de Villepin a joué l’héritier naturel de Chirac, mais il était trop à contre-emploi. Michèle Alliot-Marie, trop guindée, l’était plus encore. Nicolas Sarkozy s’en est le mieux tiré parce qu’il a fait du Sarkozy. Avec son énergie, son contact facile, il leur rappelle un peu le Grand Jacques. Lui aussi les caresse dans le sens du poil : « L’agriculture, c’est un élément de la force de l’économie française. » Lui aussi se veut leur défenseur : « Moi, je suis plutôt du côté des bâtisseurs que des démolisseurs. » (Entendez Ségolène.) Lorsqu’on lui dit qu’il « fait le Salon comme Chirac », il sourit : « C’est flatteur ! » Une réponse qui partout ailleurs sonnerait faux, mais ici ça l’est, en effet.
Pas question pour un animal politique de rater le Salon de l’agriculture. C’est un rendez-vous obligé. D’autant plus incontournable cette année qu’on approche de la présidentielle. Tous les candidats à la candidature ou presque y sont allés faire leur marché électoral. A chacun son style et ses objectifs. Depuis quarante ans, Jacques Chirac est le champion hors catégorie de ce concours politico-agricole. Il n’a pas son pareil pour caresser le cul des vaches, tâter les pis, s’extasier, à chaque stand, sur la qualité des produits du terroir. Ici, il n’aura jamais de rival à sa mesure. Cette année, le Président a surtout cherché à rassurer. Sur son état de santé d’abord : pendant quatre heures, il a parcouru les allées de « la première ferme de France », beaucoup embrassé, beaucoup serré de mains, beaucoup dégusté et beaucoup bu. Sur les dangers de la grippe aviaire ensuite : « La panique est injustifiée », a-t-il déclaré, avalant plusieurs morceaux de poulet de Bresse.
Bref, au milieu de ses chers agriculteurs, Chirac est dans son meilleur rôle. S’il reste le roi du salon, Ségolène Royal en est devenue la reine. C’est elle qui a fait l’événement......la suite en ligne