Edito
On cogne d'abord et on réfléchit après. Si nécessaire, on cogne à nouveau et on compte les morts ensuite. Ainsi pourrait-on résumer la méthode adoptée par Nicolas Sarkozy pour traiter la question de l'avenir de la télévision publique en France. Caricature ? Malheureusement pas !
Le 8 janvier, le président de la République annonce son intention de supprimer la publicité sur les chaînes publiques, sans prévenir la ministre concernée (Christine Albanel), et encore moins le principal intéressé (Patrick de Carolis, patron de France Télévisions). La décision est audacieuse - la gauche en avait rêvé et s'était "dégonflée". Mais elle est tellement improvisée qu'elle déclenche panique et tollé.
Le chef de l'Etat confie donc en février à Jean-François Copé, le turbulent président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, la présidence d'une commission chargée de proposer une stratégie économique et éditoriale pour la "nouvelle télévision publique". Après deux mois de travail sérieux, cette commission esquisse prudemment, parmi d'autres solutions de financement, une augmentation de la redevance, beaucoup plus faible en France que chez nos voisins européens. Hors de question !, vient de répliquer Nicolas Sarkozy en invoquant la promesse faite pendant la campagne de 2007 de ne pas toucher à la redevance et en coupant l'herbe sous les pieds à la commission Copé.
On reste médusé par cette inconséquence. France Télévisions n'est certes pas une vache sacrée. Elle n'est pas un modèle de bonne organisation, tant ses structures sont empilées et stratifiées. Pas davantage un modèle de bonne gestion, avec ses 11 000 salariés et son dédale de statuts et de "placards". Beaucoup s'accordent sur la nécessité d'une profonde modernisation.
Est-ce une raison suffisante pour déstabiliser en profondeur l'ensemble des chaînes publiques ? Pour ignorer avec une telle désinvolture la qualité indéniable de ses productions, comparées à celles des télévisions privées ? Pour lui demander froidement de faire encore mieux en la privant de centaines de millions d'euros de recettes ? Bref, pour la tuer avant de l'avoir guérie ? La réponse est non. Sauf à admettre le fait du prince.
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