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Mardi 29 janvier 2008

undefinedTout indique hélas que Sarkozy ne fera que picorer parmi les mesures proposées sans en épouser l'exigence

Le moyen de passer au travers du rapport Attali sans y rien comprendre ? Le réduire à des critères politiques, le juger avec des lunettes teintées à l'idéologie. D'évidence, le rapport est d'inspiration libérale mais c'était sans doute inévitable. Il y avait peu de chances que, pour «libérer h croissance», on emmaillotât encore un peu plus les acteurs. «Libéral» ne s'oppose pas ici à «social», voire à socialisme, mais à dirigiste et même étatique. La conviction des membres de la commission, toutes opinions confondues, est en effet que la conception d'une société réglementée, qui continue de prévaloir en France, la rend incapable d'affronter les défis de la mondialisation et explique en grande partie son déclin, au moins relatif, dont aucun en vérité ne doutait. Pendant plus d'un quart de siècle, la réglementation a eu sa chance : elle n'a su ni relancer l'économie ni réduire le chômage. Il est grand temps d'essayer autre chose.

Trois cent quatorze mesures : c'est beaucoup trop. Cela tourne à l'inventaire de Prévert ou à la boîte à idées sur le comptoir de l'accueil. Mais qu'importe. Le Parisien, qu'il soit de droite ou de gauche, sait bien que, s'il ne trouve plus jamais de taxi quand il en a besoin, c'est que le rationnement en a été soigneusement organisé. Chacun sait aussi que la carte scolaire, loin d'avoir instauré l'égalité, a au contraire cantonné les plus modestes dans de véritables ghettos éducatifs. La commission a raison de vouloir abolir les privilèges et les niches de toutes sortes. Je serais en revanche plus réservé sur la libéralisation totale des grandes surfaces : l'existence de commerces de proximité ne participe-t-elle pas à la création d'un Bonheur national brut, que Nicolas Sarkozy a chargé de grands économistes comme Stiglitz et Sen de redéfinir ?

La logique du libéralisme et de la concurrence, c'est aussi l'évaluation. Alors que, dans toute la société, la notation règne en permanence, pour le médecin, le commerçant, l'artiste, le sportif, et maintenant le ministre, tous confrontés de facto aux performances de leurs concurrents, il est anormal que le fonctionnaire, supposé incarnation parfaite de l'Etat hégélien, échappe, à toute comparaison, à toute remise en cause. Redresser l'université française, c'est aussi y encourager la formation de pôles d'excellence. La commission a raison : la non-sélection à l'entrée de l'université a pour contrepartie nécessaire la diversification des filières et des diplômes. Voilà qui ne plaira guère aux étudiants, devenus au fil des ans les partisans les plus conservateurs de l'université napoléonienne. On pourrait multiplier les exemples. Compte-tenu des ambitions du rapport, il y faudrait d'interminables pages. Il arrive pourtant que les remèdes soient contestables. Ouvrir largement les portes à une immigration de travailleurs, n'est-ce pas passer par profits et pertes les 2 millions de chômeurs qui existent en France et renoncer à leur donner la formation nécessaire à leur entrée sur le marché du travail ?

Reste le fond du diagnostic : la France va mal et, dans tous les domaines, elle a besoin de remèdes de cheval. Soit. Mais il va falloir en convaincre les Français, et d'abord Nicolas Sarkozy lui-même qui, dès son arrivée en fonction, a tourné le dos à cette façon de voir. Au lieu du discours churchillien qui s'imposait, il a commencé à distribuer de l'argent à ceux qui n'en avaient pas besoin et s'est assis sur sa promesse de réduire la dette. Tout en développant un discours cosmétique teinté de grandes ambitions (la «politique de civilisation») , il se chiraquise à toute allure, traitant au cas par cas les affaires courantes pour ne contrarier personne : interdiction des OGM, c'est-à-dire concession énorme à l'écologie du sous-développement; mais aussi remise en cause des quotas de pêche, c'est-à-dire acceptation pure et simple de la course à l'épuisement de la planète. Tout cela manque terriblement de cohérence et surtout de courage.

On le voit mal, dans ces conditions, épouser la logique d'un rapport fondé sur le pessimisme de l'analyse et l'optimisme de la volonté. Tout indique qu'il picorera à l'intérieur, comme il est en train de le faire à propos du rapport Balladur sur les institutions. Mais sans en épouser l'exigence. L'écart entre le Verbe et l'Action est devenu tel à la tête de l'Etat que les Français sont en train de détaler à toutes jambes.
Jacques Julliard  Le Nouvel Observateur
 

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citation

"Plus les hommes seront éclairés plus ils seront libres." Voltaire


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