"Quelque chose s'est levé qui ne s'arrêtera pas,
ce que nous avons commencé ensemble,
nous allons le continuer ensemble"
"Combattre et proposer"
vous trouverez ici la contribution que nous déposons au Parti socialiste le 2 juillet. Elle est le résultat d’un long travail collectif, d’une large participation de militants, de chercheurs et de femmes et d’hommes politiques.
Vous pouvez y apporter votre signature en cliquant sur le lien prévu à cet effet. Soyons nombreux à porter le changement avec nous. »
Ségolène Royal
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L’affaire captive d’abord parce qu’on peine à y distinguer les bons des méchants. Habituellement, dans les séries patinées par des décennies de diffusion régulière au 20 heures, les rôles sont distribués de manière lisible et non perturbante pour le public. Méchants grévistes contre infortunés usagers, inquiétants «jeunes de banlieue» contre habitants, compagnies pétrolières spéculatrices contre automobilistes piégés à la pompe, dictateurs contre bonzes, tsunami contre vacanciers, chiens méchants contre bébés, gentil gouvernement qui multiplie les plans pour sauver la planète contre le reste du monde (ou l’inverse : inhumaine administration contre infortunés citoyens persécutés). Et tout à coup voilà que les signes se bousculent, deviennent indéchiffrables.
Des parents viennent attendre les enfants à l’aéroport, avec banderoles et petits gâteaux : dans l’imagerie du JT, ce sont forcément les gentils. Mais surprise : le gouvernement les accable. Quant au capitaine de l’Arche, il multiplie les signes du héros positif : non seulement c’est un pompier volontaire, mais voilà deux ans il est parti en Asie lointaine se battre contre le tsunami. Et voilà que l’Etat, ce monstre froid, le traite comme Bob Denard : un pestiféré contre lequel on a tout fait pour le dissuader de se lancer dans l’aventure. De l’autre côté, voilà un gouvernement en saharienne d’anciens guérilleros des sables, des procureurs africains sans cravate, qui demandent sur un ton rude des comptes à la France : nous sommes préparés à voir en eux toute l’arrogance naïve et insupportable des «rois nègres».
Mais resurprise : le gouvernement, le nôtre, notre fier gouvernement, semble se soumettre à l’engueulade. On n’y comprend plus rien. Le gouvernement contre des parents ! Le gouvernement filant doux devant un potentat du désert ! Il est vrai que planent sur l’Arche de terribles accusations : trafic d’organes et connexion avec des réseaux pédophiles. On croit que notre gouvernement, une fois encore, va laver immédiatement nos ressortissants de ces accusations boursouflées. Pas du tout. Aucune réaction. Là encore, le président-orateur, qui naguère s’y entendait si bien en grands discours lyriques sur «l’homme africain», qui montrait le chemin aux grands enfants du continent noir, file doux et garde un incompréhensible silence. Ce qui dérègle toutes les boussoles du JT et rend le récit illisible, on le voit, c’est l’étrange réaction du gouvernement français. Eût-il vitupéré le gouvernement tchadien, exigé à grands cris la libération de nos ressortissants, envoyé les paras, interpellé l’ONU, les choses auraient été claires. Mais voilà. Les lâchant bruyamment, semblant se ranger derrière Idriss Déby, il perturbe tout. En lisant les plus fines analyses de la presse écrite, on croit comprendre les raisons qui poussent à ce comportement apparemment incompréhensible. Peut-être les autorités françaises se sentent-elles coupables de n’avoir pas tout entrepris pour empêcher l’équipée baroque ; peut-être sentent-elles que la promotion du droit-de-l’hommisme kouchnérien au Quai d’Orsay pourrait avoir créé un climat intellectuel favorable à cette grande première d’«ingérence adoptive».
Donc, se sentant confusément responsable, craignant les reproches, un embrasement africain, une récupération par Ben Laden, le gouvernement surréagit et en rajoute dans la bruyante dénonciation. C’est classique. Et c’est ainsi que se brouille l’histoire. Mais cette histoire, au fond, quelle est-elle ? Derrière les tentatives désordonnées – et comme vouées d’avance à l’échec – de récit journalistique, on entend d’abord une histoire humaine, c’est-à-dire totalement irrationnelle. On entend d’abord souffler ce désir d’enfant qui emporte toutes les digues et fait courir tous les risques. Du côté des Africains offensés, on entend le souffle, pas moins puissant, de la peur des enlèvements d’enfants, et on entrevoit le grand fantôme de la traite. C’est une histoire davantage taillée pour le roman ou pour le cinéma que pour le pauvre JT, qui n’y comprendra jamais rien et dont ce n’est pas le métier.
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