Par laurent joffrin
QUOTIDIEN : samedi 13 octobre 2007
A l’appel de Charlie, de SOS Racisme et de Libération, réunis dès
l’origine dans la protestation, le Zénith de Paris accueillera dimanche à 18 heures la grande foule des «anti-ADN». Autrement dit, tous ceux qui ne veulent pas voir la République prendre le
risque de banaliser les tests ADN et encore moins voir les étrangers servir de cobayes pour cette expérience.
Opposition systématique, militantisme mécanique ? En aucune manière. La résistance, démarrée à gauche, a été relayée très vite par les autorités
spirituelles, les scientifiques de «Sauvons la recherche» et une bonne partie de la droite démocrate-chrétienne, gaulliste ou simplement républicaine. Le gouvernement a tenté de biaiser en ôtant
au projet une bonne partie de son efficacité pratique et en concédant des garanties juridiques et matérielles. Il était trop tard. Quelques heures après cette annonce, le Comité d’éthique donnait
le coup de grâce moral au projet en rappelant qu’il contredisait tous les efforts déployés depuis des années pour encadrer l’usage des tests ADN dans la société. Peu après, le Premier ministre
qualifiait de «ridicules» ceux qui continuaient la controverse, c’est-à-dire une bonne partie de sa majorité, plusieurs de ses ministres et l’ensemble des autorités morales justement
mobilisées. François Fillon, qui peine à trouver sa place dans l’action gouvernementale, a décidément choisi de prouver son existence par la gaffe…
L’enjeu est d’importance, parce qu’il dépasse de loin la question des tests ADN. Au lieu de stabiliser le dispositif légal qui organise l’immigration
- attitude minimale et civique -, le gouvernement ne cesse de le renforcer pour complaire à la partie la plus anxieuse, ou intolérante, de son électorat. Manœuvre politique peu glorieuse qu’une
réunion à la fois festive et déterminée contribuera à déjouer. Au Zénith doit commencer une reconquête. A dimanche…