N'ayez pas peur, leur disait-il. C'est excellent de gagner de l'argent. C'est mieux encore de faire
fortune. Sortez vos Rolex, vous les avez bien méritées ! Que ceux qui ont un yacht lèvent le doigt !
Il les a mariés par fournées entières quand il était maire de Neuilly. Il n'est pas question qu'il les renie aujourd'hui. Il avait des formules qui leur allaient droit au coeur. "La pénalisation de notre droit des affaires est une grave erreur : je veux y mettre un terme", disait-il, follement applaudi. L'assistance avait une pensée émue pour tous ces malheureux, issus de ses rangs, qui ont été mis en garde à vue pour une vétille, une broutille, un chiffre pris à la place d'un autre, quand ce n'est pas à la suite d'une dénonciation anonyme. Quelqu'un, enfin, les comprenait ! Il faisait beau. On croyait apercevoir, flottant dans l'air léger, le chapeau légendaire d'Antoine Pinay. Que c'était bon d'entendre ces paroles douces aux oreilles des riches ! Laurence Parisot, la fée clochette du patronat, ne quittait pas l'orateur des yeux. Quel talent ! Et drôle, avec ça ! "Au fond, je suis celui qui sait le mieux exploiter les richesses humaines du Parti socialiste. Dans une autre vie, je pourrai peut-être faire directeur des ressources humaines", disait Nicolas Sarkozy. Il avait installé le matin même à l'Elysée la commission, présidée par Jacques Attali, chargée de faire sauter les verrous qui bloquent la croissance. La péroraison accentuait cette veine comique devant les patrons ravis. Ce n'est pas la première fois que l'intéressé à recours à ce procédé au cours duquel il mime, en faisant la moue, des interlocuteurs imaginaires qui s'inquiètent de son hyperactivité. "Il en fait trop ? Je pense tellement que je n'en fais pas assez. Il décide de tout ? Quand même, j'ai été élu pour décider. Il est très présent ? Si vous voulez que je parte, il ne fallait pas voter pour moi." Le succès était garanti. Ils étaient tous prêts à voter de nouveau pour lui, et des deux mains encore.


