"Ségolène Royal peut conduire la rénovation du PS"
Pendant la campagne ou après la défaite, Jean-Louis Bianco, député socialiste des
Alpes-de-Haute-Provence n'a jamais été très loin de Ségolène Royal. À ses côtés, il a participé au séminaire de bilan en juillet, analysant l'échec et les erreurs, elle l'a beaucoup consulté
durant l'été, il a beaucoup travaillé à la rénovation d'un parti aujourd'hui vacillant.
Alors que la candidate socialiste à la présidentielle fait aujourd'hui sa rentrée politique à la fête de la Rose de Melle, Jean-Louis Bianco parle de la "nouvelle" Ségolène Royal. Malgré les sondages et les prétendants, malgré les turbulences et les trahisons, elle reste pour lui la meilleure, un incontournable leader, et doit "tenir une place de premier choix".
Quel rôle peut jouer désormais Ségolène Royal dans la rénovation du PS ?
Jean-Louis Bianco : "Elle est armée pour jouer un rôle de tout premier plan. Pas exclusif, mais elle a deux atouts énormes:son charisme, intact, elle a rassemblé 17 millions d'électeurs, les gens continuent à lui dire merci, sa force attractive est impressionnante. Son deuxième atout, c'est son intuition. Elle bouscule les tabous, elle a eu ce courage là, et elle a surpris tout le monde. François Mitterrand disait : "Le socialisme n'est pas une momie entourée de bandelettes", Ségolène Royal va dans ce sens, elle le prouvera encore dans l'avenir. Mais je pense que la refondation du parti socialiste prendra au moins un an.
Elle reconnaît elle-même avoir fait des erreurs, mais ne dit pas lesquelles. Pour vous quelles sont ces erreurs?
J. L. B. : Dans le séminaire de bilan qu'elle a réuni en juillet, tous les avis ce sont exprimés et nous reconnaissons tous que la défaite venait de loin. Face à l'appareil UMP, ses slogans et son organisation, le PS est resté lui à mi-chemin de sa rénovation. Nicolas Sarkozy a bien capté le moment individualiste des Français, Ségolène Royal est arrivée avec des idées en décalage, sans avoir eu le temps de les adapter. Sur l'emploi et l'économie par exemple, nous avions de bien meilleures propositions mais nous avons été incapables de les identifier et de les expliquer aux Français.
Il y a eu aussi des erreurs dans le tempo de la campagne. Nous n'avons pas réagi au show de Versailles de Nicolas Sarkozy, nous devions expliquer alors le revers de sa méthode. On a continué sur la démocratie participative où il s'est passé des choses étonnantes, formidables, ce n'était pas du pipeau, mais nous n'avons pas su communiquer au bon moment.
Ségolène Royal fait sa rentrée face aux éléphants mais aussi face à une génération montante. Quels sont ses rapports avec eux?
J. L. B : La génération montante est très proche d'elle. J'ai des contacts amicaux et étroits avec certains comme Gaëtan Gorce, Vincent Peillon ou Manuel Valls qui ont beaucoup travaillé avec Ségolène Royal et je sais que sa priorité à elle c'est de travailler ensemble. Le danger c'est toujours que l'ambition personnelle prenne le dessus mais je suis confiant, il y a actuellement une bonne qualité de contacts, tout est ouvert. On a parlé ces jours-ci d'une "nouvelle" Ségolène Royal, c'est vrai, après une campagne épuisante, après la défaite, après l'auto-critique, elle revient sereine et calme, elle est en pleine forme.
Avez-vu lu ou contribué au livre qu'elle publie sur sa défaite?
J. L. B : Non, c'est un livre très personnel. Elle m'en a parlé il y a quelques jours, je crois qu'il était nécessaire pour elle de donner sa vision d'une défaite, de raconter comment les choses s'étaient réellement passées après tout ce qui avait été dit et écrit.
Quel est votre commentaire des cents premiers jours de Nicolas Sarkozy?
J. L. B: Je partage les propos de François Hollande lorsqu'il dit qu'après les annonces, les factures vont arriver. Mais ce qui me frappe c'est que nous sommes encore dans une phase d'adhésion des Français qui approuvent l'action de Nicolas Sarkozy, et lui font confiance. Il faudra du temps, peut-être un an pour qu'ils voient le chômage, les inégalités et qu'il comprennent que les avantages ne sont pas pour une majorité d'entre eux."
Comment analysez-vous le sondage LH2 qui place Dominique Strauss Kahn devant Ségolène Royal comme leader de la gauche ? J. L. B : C'est un sondage parmi d'autres qui, pour certains, le contredisent comme celui de la Sofres et la placent légèrement devant. Mais je ne suis pas surpris du résultat de LH2, Ségolène Royal s'est peu exprimée, elle a été sous-exposée médiatiquement alors que Dominique Strauss-Kahn a été lui surexposé, notamment par sa candidature au FMI.
J'observe en revanche que la défaite a plutôt été attribuée aux rivalités du PS qu'à Ségolène Royal elle-même. Les socialistes choisiront leur leader au congrès dans un an, mais la rénovation c'est maintenant et les sondages auprès des socialistes confirment que c'est elle, avec sa capacité d'apporter des idées nouvelles, qui peut conduire cette rénovation."
Par Catherine Estève ( cesteve@laprovence-presse.fr
par Yvon GRAIC
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